1 Max Weber, la domination, La découverte

by Olivier Avenel | juin 7, 2014 12:29

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<Abstract>

Près d'un siècle après sa publication en allemand, La Domination est enfin disponible en traduction française, sur la base de l'édition critique de référence. Il s'agit d'un pièce fondamentale de la sociologie politique de Max Weber. Ces manuscrits, rédigé avant la Première Guerre mondiale, sont fascinants par leur érudition et leur inventivité conceptuelle. C'est en les rédigeant que Weber forge des notions qui restent aujourd'hui encore des références incontournables pour toute sociologie politique: les trois modes de domination légitime, le passage de la domination des notables à la domination des partis de masse, l'opposition groupe de status (Stand)/ classe (Klasse), le patrimonialisme, la hiérocratie, la domination charismatique et le charisme de fonction n'en sont que les exemples les plus célèbres.

</Abstract>

<Sommaire>

<Partie 1>Sur la domination</Partie 1>

<Partie 2>La domination bureaucratique</Partie 2>

<Partie 3>La domination patrimoniale</Partie 3>

<Partie 4>La domination féodale</Partie 4>

<Partie 5>La domination charismatique</Partie 5>

</Sommaire>

</Abstract>

<Auteur>

Max Weber

Max Weber est considéré comme le fondateur de la sociologie compréhensive. La sociologie compréhensive est une approche sociologique qui fait du sens subjectif des conduites des acteurs le fondement de l' action sociale. Ce modèle d'analyse du social - centré sur les individus et leurs motivations à agir - est notamment explicité dans son ouvrage L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, publié sous forme de deux articles en 1904 et 1905 . Celui-ci est une analyse des facteurs religieux dans le processus de rationalisation, à savoir les effets de la réforme protestante sur l'activité économique capitaliste. L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme est un classique de la sociologie, sur laquelle il a exercé une influence considérable.

Wikipedia FR: http://fr.wikipedia.org/wiki/Max_Weber

</Auteur>

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7 Comments
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1.1 Introduction

commentaire général

La première partie de l'introduction décrit la démarche sociologique de Weber, caractérisant son approche par une démarche transdisciplinaire et déductive (probabiliste). Le point nous intéresse, nous l'avons déjà explicité dans un commentaire de Philippe Riutort, Sociologie de la communication politique, Collection Repères, pour caractériser notre propre démarche et notre conception personnelle de l'économie et de la sociologie économique. Nous avons une approche technique de l'économie, dans le cadre de la mise en place de l'organisation industrielle, en d'autres mots de la logistique. Cette approche technique se poursuit par une approche de la sociologie économique à la lecture de l'oeuvre de Weber qui a façonné notre conception du monde sur l'économie et la religion. Les traducteurs le remarquent, l'oeuvre de Weber est proche d'une modélisation mathématique de la société à la différence d'une approche quantitative s'appuyant sur des statistiques. Aujourd'hui nous revenons sur ce point pour préciser que la conception de l'économie par Weber est une conception qui marque un degré de performance économique au niveau d'une nation. La lucidité de la description des mécanismes économiques par Weber est un avantage concurrentiel au niveau des décideurs politiques, ce qui nous fera suggérer que c'est la raison pour laquelle la société allemande a moins souffert de la crise économique de 2009 par comparaison aux autres pays de la zone euro. Cela nous fera également suggérer que la lucidité de Weber dans la description des mécanismes économiques est propice à une compréhension holistique (transdisciplinaire) favorable à l'informatisation de l'économie.

Dans la suite de l'introduction les traducteurs évoquent la distinction entre la domination en vertu d'une configuration d'intérêts et la domination en vertu d'une autorité. C'est précisément l'identification de la nature de la domination qui caractérise la performance économique d'une intelligence collective dans le cadre d'un protocole de négociation. Nous reviendrons sur ce point lors de l'analyse des autres chapitres de l'ouvrage, en essayant de développer en quoi les mécanismes de gestion de la domination s'élaborent de façon incrémentale et participent à l'amélioration de la performance économique en inhibant les problèmes de dignité et de souffrance liés à la domination en vertu d'une autorité. La domination en vertu d'une autorité est une constante dans la naissance des civilisations, elle possède un caractère structurant qui nous fait suggérer qu'elle provient d'une caractéristique biologique de l'espèce humaine. Ce dernier point devra d'ailleurs se discuter en fonction de la distinction entre l'inné et l'acquis.

Les traducteurs développent ensuite la notion de légitimité de la domination permettant son acceptation par les partis en présence. Cette démarche théorisée en théorie des jeux est ce qui permet d'instaurer un équilibre coopératif favorisant ou entretenant une démarche de coopération, d'intelligence collective. Les auteurs situent la démarche de Weber visant à promouvoir le concept de domination légitime en 1911 peu avant la première guerre mondiale.

On remarquera que selon les traducteurs le terme "Herrschaft" peut avoir plusieurs acceptations "domination", mais aussi "règne", "souveraineté", voire "autorité" - ou encore traduit en anglais "rule".

Le positionnement des traducteurs amène ensuite l'interrogation sur la société contemporaine, précisant que "à l'heure où les partis de masse ont quasiment disparu et où les partis politiques sont de moins en moins en mesure d'organiser autour d'eux la société" les analyses de Weber restent d'une actualité étonnante.

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1.2 Sur la domination

Commentaire général

Dans cette première partie les traducteurs analysent la définition restrictive de la domination, dans le sens où elle implique soumission et obéissance unilatérale, en procédant d'une analyse comparative de notre société contemporaine. Il s'avère en effet que la société occidentale présente par sa complexité technologique une réelle opposition à la domination unilatérale. Des exemples cités par les traducteurs illustrent fort bien la réciprocité des engagements et des contraintes, c'est pourquoi notre démarche de recherche s'appuyant sur l'analyse de l'interaction des technologies de l'information avec la société, est consacrée à la coopération et plus particulièrement aux équilibres coopératifs. Il faut remarquer que l'évolution des équilibres coopératifs dont les droits de l'homme, l'émancipation féministe, la liberté d'expression, ... sont les précurseurs, a pris un virage historique à l'apparition d'Internet. La dématérialisation des échanges a permis la mondialisation économique en permettant l'essor de nouvelles formes de collaborations et de coopérations. La technologie numérique, en apportant une information hautement agrégée aux décideurs politiques et économiques a bouleversé les paysages économiques mondiaux. Les formes de domination anciennes s'appuyant sur une forme d'intelligence collective séculaire et partagée par les valeurs de la société traditionnelle se sont heurtées à des formes d'intelligence collective plus performantes issues de l'utilisation d'Internet. L'architecture des logiciels à grande audience que nous connaissons en 2015 en Europe est le fruit de cette compréhension ou incompréhension d'Internet par les sociétés traditionnelles. L'incompréhension d'Internet par la société traditionnelle européenne a eu pour résultat la crise économique de 2009 et a pour conséquence en France, un déficit commercial accompagné d'une croissance très faible.

Notre propre démarche de recherche nous a permis d'analyser la coopération sous différents angles (sociologiques, mathématiques, économiques, ...) en postulant l'existence d'équilibres coopératifs moteurs et d'équilibre compétitifs attracteurs. La particularité des technologies de l'information est qu'elle favorise, elle démultiplie les effets de la coopération ou de la domination. Les traducteurs font remarquer que la domination au sens stricte est un cas particulier de l'exercice du pouvoir et, il s'avère en effet qu'elle est le reflet de la psychologie et plus particulièrement de l'état de santé physique et psychologique du décideur. Notre propre analyse repose sur la nature de la compréhension de la compétition et plus particulièrement de l'attraction de la compétition par les parties en présence. L'attraction de la compétition est ce qui engendre la violence, c'est pourquoi nous suggérons qu'utiliser la sémantique de domination qui est un idéal de compétition est inappropriée pour atteindre la performance industrielle qui a, par exemple, permis de construire et de déployer Internet. Nous le rappelons ici la domination, le fait de gagner la compétition, possède une nature addictive qui, pour employer une métaphore, est similaire à l'addiction à la nourriture engendrant des troubles du comportement d'anorexie, de boulimie ou d'obésité, venant de notre passé où ont existé famine et vie nomade.
Pour résumer, on suggère qu'aujourd'hui un comportement de domination est sous optimal et ce en grande partie grâce à l'apparition d'Internet. Il convient néanmoins de rester très prudent face aux réactions des sociétés traditionnelles qui ne comprennent pas d'autres moyens d'exploitation économique ou politique que la domination.

La suite du chapitre évoque la domination par la bureaucratie, la domination par l'organisation, qui sont encore des concepts très actuels en sciences des organisations et du management. Nous ferons cependant une distinction entre la domination bureaucratique et la notion de système d'exploitation économique, voir de logiciel économique. Cette distinction vient de la différence entre la stratégie industrielle qui procède d'une rationalité technique et économique avec la stratégie morale du dirigeant (la religion, l'orientation politique, ...) qui quand elle atteint des extrêmes influence l'exploitation économique pour réaliser des objectifs échappant à la rationalité économique, voir aux lois en vigueur dans le pays d'exploitation. Il convient alors ici de parler de domination et non d'exploitation ou d'opération. On remarquera que le système d'exploitation se traduit par système opérant en anglais (operating system).

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1.3 La domination bureaucratique

Commentaire général

Le début du chapitre illustre les mécanismes de gestion de la domination en oeuvre dans l'organisation bureaucratique. Les traducteurs évoquent le principe de substitution de la règle personnelle avec la règle générale, signifiant ici l'abolition de la contrainte sur la personne identifiée, par la substitution avec une contrainte standardisée et rationnellement définie.
Dans la suite de l'analyse les traducteurs évoquent sous le terme de domination les relations de pouvoirs mises en oeuvre dans la bureaucratie en précisant un phénomène très répandu, l'usurpation du pouvoir par la domination du génie personnel (le chef) sans rapport avec ses réelles compétences d'administration.
Ces éléments nous intéressent car ils font appel à ce que nous appelons la cognition orientée individu. La cognition orientée individu est une manière naturelle de percevoir le monde, elle s'appuie sur l'intelligence émotionnelle à la différence de l'intelligence rationnelle qui s'appuie sur une architecture cérébrale de connaissance. Nous avons déjà évoqué la cognition orientée individu dans un commentaire de Max Weber, La ville, Les belles lettres, elle consiste à concevoir le monde au travers de l'anthropomorphisme, en apposant un modèle d'individu issue de la mémoire de l'expérience vécue dans la relation sociale avec la société et particulièrement avec le dominant. L'usage de la figure du chef charismatique dans la communication politique est un indicateur du degré d'intelligence collective substituant le raisonnement à base de connaissances avec le raisonnement à partir des émotions sur la figure et le corps du chef. L'usage de la domination par le génie personnel est un sujet que l'on rapprochera du mécanisme de l'adoration dans une démarche de méditation.
On précisera également que l'identité joue un rôle central dans le cadre des deux exemples cités précédemment. La substitution de la règle personnelle par la règle générale est un exemple de séparation entre l'identité et l'activité. La notion de génie personnel repose également sur une identité attractive, permettant l'identification ou l'imitation.

Les traducteurs développent ensuite une analyse historique mettant en évidence l'intérêt de la bureaucratie dans la cohésion territoriale de la nation. L'analyse économique et politique se poursuit par une analyse contemporaine sur la réactivité de la bureaucratie de nature étatique face à l'afflux des situations de crises économiques ou politiques suivies en temps réel par la couverture médiatique. On évoque ici la notion de bureaucratie étatique par opposition à la notion de bureaucratie des entreprises multinationales. C'est en effet la performance à rationaliser le territoire économique qui caractérise les technologies de l'information et de la communication, performance qui entre en compétition avec celle de la bureaucratie étatique, mettant ainsi directement en danger la souveraineté territoriale. On illustrera par l'affaire Alstom -General Electric, qui a vu s'opposer des intervenants et des démarches de communications en provenance du monde entier pour faire fléchir la volonté de conserver la propriété industrielle au plus haut niveau du gouvernement.
La suite de l'analyse développe l'intérêt de la bureaucratie comme genèse de la gestion de la domination. On remarque particulièrement l'opposition entre le savoir faire administratif élevé au rang de la virtuosité dans la bureaucratie, s'opposant à la volonté unilatérale du monarque qualifié de dilettante. Notre analyse personnelle issue de l'observation de la crise économique de 2009, avait remarqué l'érosion de la bureaucratie de nature étatique avec des éléments comme la disparition du commissariat au plan, la réduction des effectifs dans toutes les administrations (armée, justice, police, ...), érosion qui débute sous le premier septennat de Jacques Chirac.
La notion d'examen, soulevée à la fin du chapitre, généralisée dans l'accès à la promotion par la bureaucratie est décrite comme une opposition à l'érudition, à l'apprentissage tout au long de la vie. La réussite de l'examen conditionnant l'accès au pouvoir administratif pour de nombreuses années, ne développe pas d'incitation à poursuivre une voie intellectuelle de développement. Nous analyserons le propos d'une manière différente, en soulevant le problème de l'exploitation de l'examen par des minorités politiques, qui, de fait, ne sélectionne plus les meilleurs, mais plutôt les identiques. L'approche anglo-saxonne et germanique sur le sujet a mis en place un mode de sélection par le doctorat.

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1.4 La domination patrimoniale

Commentaire général

L'analyse historique de l'organisation militaire présentant l'armée patrimoniale comme rattachée à un Prince, les méthodes de cohésion, de recrutement, de promotion, illustrent l'omniprésence de la cognition orientée individu ainsi que d'une forme naturelle d'intelligence collective, la horde ou le groupe. Ainsi malgré l'apparente complexité de l'organisation militaire, associée à un nombre important d'individus, qui est décrite dans l'analyse historique, on s'aperçoit que l'élément de cohésion repose sur une forme de cognition structurant naturellement le groupe. C'est la façon de percevoir la société, et plus particulièrement les autres, à une époque où le niveau d'éducation moyen est dépourvu de technologie mathématique qui structure naturellement l'organisation (militaire) pour aboutir à une forme monarchique, impériale autour d'un chef, autour d'un Père. Cette forme naturelle de cohésion est en opposition avec une organisation militaire défendant un équilibre coopératif humaniste comme les droits de l'homme, et plus généralement la démocratie. C'est précisément le retour ou l'abandon d'une forme naturelle d'organisation qui caractérise l'évolution de toutes les intelligences collectives. Cette forme naturelle d'organisation se conçoit assez aisément comme la horde, le clan, la famille. On pourrait confirmer dans ce sens le mécanisme de l'adoration envers le monarque, le prince ou le chef.
La suite du chapitre présente la construction incrémentale des mécanismes de gestion de la domination. On s'aperçoit que c'est l'exercice du monopole qui est l'élément fondateur de la négociation politique entre les corporations, les classes et les fonctionnaires. L'exercice du monopole possède la particularité de permettre à ceux qui le détiennent d'imposer des objectifs stratégiques personnels, liés à la naissance d'un pouvoir de décision, divergents de la conduite des affaires en loyauté envers le souverain, dans l'antiquité, ou le bien être commun de nos jours. Il est important de remarquer que le monopole économique est toujours un levier pour faire passer des objectifs stratégiques propres au détenteur du pouvoir de monopole.
L'analyse historique de Weber sur la domination patrimoniale illustre une très grande connaissance de l'histoire. Les éléments historiques sont très précis, néanmoins un élément central de compréhension reposant sur l'étude de la gestion des ressources humaines, souvent par le fait du souverain, donne le sentiment d'un problème de perception de la société, on peut même dire de la communauté par elle même. On peut citer en exemple certains éléments historiques comme le recours à la main d'oeuvre étrangère pour des postes de décision en rapport avec l'autorité souveraine. Ces éléments précisent la difficulté de vivre ensemble à des époques d'analyse très différentes. Le récit historique de l'auteur, par la manière dont il est rapporté et par les détails mis en évidence, cautionne également une omniprésence, voire une surabondance, des conflits liés à l'identité, à la nature des individus.
La suite du chapitre parcourt l'histoire du bassin méditerranéen et celle de l'Europe. On s'aperçoit dans la narration de l'auteur que notre analyse sur l'évolution incrémentale du système juridique s'appuyant sur le territoire et le partage de sa valeur (Max Weber, La ville, Les belles lettres), se trouve confortée par des détails historiques d'économie des organisations et de négociations politiques. Une remarque surgit à nos yeux sur un sujet existant toujours de nos jours, la négociation territoriale entre le régionalisme et la centralisation. Cette négociation se caractérise par une confrontation de volontés autour de la gestion, plus tard du pouvoir de décision, concernant une parcelle de territoire. Nous mettons en évidence la notion de volonté associée à l'autodétermination d'un territoire, car aujourd'hui de nouveaux territoires (économique, cybernétique, sous marins, spatiaux, ...) apparaissent et c'est précisément le manque de volonté de développer, d'accroître le patrimoine qui caractérise la situation de la France et de certains pays européens pendant la crise économique de 2009.

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1.5 La domination féodale

Commentaire général
L'auteur présente le système de domination féodal comme une alternative plus efficace pour l'exercice de la domination que le système de domination patrimonial. Une remarque de l'auteur attire notre attention sur le caractère instable de la domination féodale. L'auteur précise qu'un système féodal à son apogée est une forme des plus abouties de décentralisation de la domination. Le caractère naturel de la formation de la féodalité, son mécanisme de sélection et de reproduction met en évidence son efficacité à naître et à renaître. C'est un système de domination qui s'instaure naturellement par la mise en place d'une asymétrie de l'information, souvent associé à un faible développement intellectuel de la population. C'est précisément la persistance de son caractère naturel, sans recours à la technologie mathématique permettant l'administration de larges territoires et à la transition vers la domination patrimoniale qui provoque l'effondrement du système féodal, victime de ce que nous appelons l'équilibre attracteur de la compétition. Le système de domination féodal s'appuie sur le recours à la force et la contrainte physique, en d'autres termes c'est la loi du plus fort qui prédomine. La loi du plus fort caractérise assez bien l'équilibre attracteur de la compétition dans la mesure où la domination du plus fort est une apologie de la compétition, une apologie de la guerre. C'est pourquoi de nos jours, le terme de domination n'est pas approprié pour parler du système d'exploitation économique. Une autre caractéristique du système féodal est qu'il ne subsiste qu'à partir du génie personnel d'une poignée d'individus. Le système de domination féodal s'appuie véritablement sur l'incarnation du système de décision, le potentiel manuel et intellectuel des dominants. C'est en quelque sorte un système de domination artisanal, qui repose en partie sur la caractéristique psychologique des dominants à recourir à la force et à la régulation par la violence.
La suite du chapitre confirme le caractère d'instabilité d'une féodalité dépourvu de bureaucratie. L'évolution des techniques dans l'administration donnant un avantage concurrentiel, c'est l'apparition d'une élite intellectuelle dans la bureaucratie qui caractérise le passage à la stabilité des royaumes. On remarquera que de façon analogue la guerre froide URSS-USA a vu l'effondrement de l'URSS peu de temps avant l'arrivée d'Internet et du Personal Computer qui ont révolutionné l'administration gouvernementale de façon irréversible. C'est précisément l'avantage concurrentiel donné à une intelligence collective, la bureaucratie, par les technologies de l'information qui a permis aux USA de devenir le leader mondial et de se constituer de fait, un empire politique et économique.

Dans la suite du chapitre, l'analyse du développement de la bureaucratie dans la façon d'élever le niveau intellectuel nécessaire, met en évidence la genèse du système de décision qui ne peut plus être porté par le seul génie personnel du chef. L'auteur explique également les initiatives du développement intellectuel par des théocraties de chevaliers. Le développement intellectuel, assimilé à la tradition chevaleresque, caractérise le développement des arts et des sciences ayant pour objectif l'atteinte de la performance.

C'est l'opposition entre le génie personnel du chef et le progrès des arts et des sciences qui donne naissance à la négociation politique sur fond de revendication patrimoniale. L'auteur le précise le pouvoir du souverain s'appuie sur la tradition et la naissance du capitalisme, ses ruptures de paradigmes issues de l'innovation, mettent ce dernier en concurrence avec de nouvelles formes d'intelligences collectives et de contre-pouvoirs.
La critique de l'auteur, peut être est-ce le fait des traducteurs, semble étonnamment contemporaine.

L'auteur, procède d'une analyse du capitalisme dans la façon dont il apporte le pouvoir de négociation commercial à la population, le pouvoir d'achat de masse et l'opposition du souverain, qui tente par la réglementation et l'interdiction d'éviter l'érosion de son pouvoir politique et économique de type monopolistique. Plusieurs éléments nous font nous interroger sur le sujet. D'une part la sémantique utilisée en employant le mot capitalisme n'est pas complète, le capitalisme étant une enveloppe d'un facteur plus restrictif qui concerne l'accès à l'acte commercial et à la négociation économique pour le plus grand nombre. Le capitalisme, le libre échange favorise l'accès à l'acte commercial, mais les deux termes ne sont pas exactement équivalents. Dans un cas l'accès à l'acte commercial est synonyme de liberté ou de droit fondamental, dans l'autre il s'agit d'une évolution du système d'exploitation économique, voire d'une mode destinée à obfusquer le retour à une économie s'appuyant sur une féodalité, comme ce fut le cas en France depuis le deuxième septennat de François Mitterrand. D'autre part la réaction du souverain, face à la perte du monopole, mise en évidence par l'auteur, contribue à une image presque caricaturale, du moins profondément égoïste et dépourvue de capacité à coopérer de l'exercice du pouvoir.

L'auteur conclut le chapitre par les similitudes entre le patrimonialisme patriarcal, la domination des masses par un seul et le féodalisme, l'exercice du pouvoir par un petit nombre en état de porter des armes. Il est toujours question du monopole de l'activité économique ou politique. Ces formes de domination conduisant au sacre d'un chef ou d'un petit nombre sont aujourd'hui en opposition avec le niveau intellectuel qui est nécessaire pour évoluer dans la société occidentale du début du XXIième siècle. Le savoir faire caractéristique de cette époque est une forme d'aggrégation de connaissance qui mettent les idéologies à rude épreuve. Ainsi l'idéologie du libéralisme se traduit par une toute puissance américaine en occident avec une dépression économique et industrielle en Europe, alors que précisément les élites européennes des années 2000 ont appelé de leurs voeux et de leurs communications politiques cette idéologie, appelée libéralisme, mondialisation, ...
Le retour à la domination par un seul est caractéristique de la cognition orientée individu qui reste le seul repère valable pour les parties de la population qui se trouvent défavorisée par le changement de paradigme causé par Internet. Nous nous interrogeons sur l'aspect pathologique, lié à une psychologie de type innée ou acquise, du recours à la domination par un seul. L'auteur conclut le chapitre en évoquant la jalousie liée à la détention du pouvoir. Nous nous interrogeons précisément sur les causes de la surabondance de conflits dans l'exploitation économique et sur ses effets sur le système de décision et la psychologie des décideurs.

admin dit :

1.6 La domination charismatique

L'auteur évoque dans cette partie le charisme comme mode de domination politique en soulignant la justice qui découle de la représentation charismatique du dirigeant dans les yeux du peuples. L'auteur de remarquer quelques paragraphes plus tard que le charisme du dirigeant est associé à la guerre ou à la chasse aux grands animaux, réduisant ainsi la notion de charisme à un acte de consommation au sens propre ou au sens figuré.
La mise en opposition entre la vie quotidienne avec ses aléas économiques et l'éveil du charisme confirme ici le caractère naturel de la naissance de la caste reposant sur les notions d'identité et de réputation. C'est précisément l'obtention du charisme, aujourd'hui de la réputation sur internet, qui pose un problème de positionnement du regard sur les autres. La contemplation de l'identité est le mécanisme intellectuel qui permet à la domination charismatique d'exister, c'est également ce qui est à l'origine de l'esclavage ou de la ségrégation et plus généralement de la compétition intracommunautaire.
La naissance de la communication politique associée au droit de vote, abordée ensuite, dont les coûts sont similaires à ceux d'une guerre, lors des grandes élections permet de comprendre les enjeux liés à la représentation de l'identité du leader politique pour la constitution d'une clientèle. L'auteur le remarque, la personnalité, l'identité véhiculée du leader est le premier caractère structurant de l'organisation qui aboutira à la clientèle politique pour les élections. C'est par le recours à la cognition orientée individu sur le visage et le corps du chef que se forme l'organisation politique.
L'auteur le précise ensuite, la castration du charisme dans les partis politiques est l'élément nécessaire de la conservation du monopole par les leaders en place du système à différentes périodes d'analyse. C'est précisément l'incarnation du système de décision assimilée au charisme pour les populations dénuées de compétences administratives et techniques qui provoque l'agression et la régulation par la violence. Ce trait caractéristique de la régulation par la violence sur le fondement de l'incarnation peut être mis en évidence dans l'histoire du XXième siècle par le recours au génocide.
De même le génie personnel du chef s'oppose à la bureaucratie, l'éveil au charisme est marqué dans l'histoire par sa codification, voir son interdiction par l'usage de la transmission du charisme par la naissance. L'auteur distingue différents cas typiques d'éducation, le chevalier roi ou le magicien prêtre qui structure les organisations politiques en s'adaptant le cas échéant à l'adversité. C'est dans le conflit des représentations du monde que réside l'élément central de compétition et d'escalade vers la violence. Ainsi les analyses historiques de l'auteur montrent que l'éveil au charisme, se traduisant par la recherche de la performance au moment où c'est nécessaire, est toujours en conflit avec un détenteur du pouvoir dans les civilisations occidentales.

admin dit :

1.7 L'état et la hiérocratie

Les analyses historiques de l'auteur décrivent la genèse des organisations politiques en évoquant le fort pouvoir structurant de la pratique religieuse. L'analyse comparative des différents courants religieux, notamment en asie, évoque les luttes d'influence entre détenteurs du pouvoir et clergé, mettant ainsi en évidence le caractère attractif, de nature à en rendre avide de monopole, de l'incarnation du système de décision. C'est dans l'élaboration du dogme religieux que réside le pouvoir politique, car il consiste par sa nature spirituelle à transformer les représentations psychologiques. C'est précisément le conflit entre les représentations religieuses et l'exercice du pouvoir, notamment l'usage de la guerre, dont la résolution spirituelle est en difficulté, qui engendre la revendication du monopole de l'exercice du pouvoir.
On remarquera la grande connaissance de l'auteur concernant les philosophies bouddhistes ainsi que son admiration pour les constructions architecturales provenant du zèle religieux bouddhiste.
Le zèle religieux, souvent mis en évidence par Weber, semble toujours, dans ses analyses historiques, à l'initiative d'une innovation dans les sciences sociales. C'est le zèle religieux qui provoque la rationalisation de la conduite de la vie, propice aux éléments fondateurs de la rationalisation de l'activité économique, comme par exemple l'ascèse ayant pour objet le travail et le rendement économique.
L'origine du zèle religieux, mis en évidence dans les philosophies asiatiques provient de la nature énergétique de la condition physique et mentale, que l'on peut développer par le sport et la méditation. La rationalisation de la conduite de vie pour la santé, donnant naissance à certains développement de la médecine est à l'origine de la naissance du zèle religieux.
La danse rituelle, évoquée dans la suite du chapitre, souvent réprimée et codifiée est à l'origine du développement de la pratique sportive. La danse, parce qu'elle est un éveil à la liberté du corps, est souvent associée à l'éveil du charisme. On supposera que c'est l'éveil à la liberté, plus que la naissance d'un contre pouvoir qui donne lieu à répression et codification.
La naissance des organisations politiques fondées sur le zèle religieux, compatible avec une activité guerrière comme dans l'islam, se heurte à un changement de système d'exploitation économique. Le passage d'un mode de prédation économique, issue de la guerre, à un mode de développement économique fondé sur l'exploitation du territoire est la source de conflit principal au sein des organisations cléricales puis plus tard entre les corporations ou les classes de la population. C'est dans la résolution du conflit économique que progresse le degré d'intelligence de la société. On remarque dans les analyses historiques de l'auteur que la religion catholique s'est opposé dans l'histoire à l'usure, à l'usage du prêt, freinant ainsi le développement économique.

On remarquera que les analyses historiques de l'auteur dans les différents chapitres confirment l'association de la domination avec son usage exclusif, avec la constitution d'un monopole. C'est principalement par le recours à la contrainte et à la violence que s'instaure par effet naturel le besoin d'avoir un monopole exclusif de la domination. Ainsi on pourrait sans doute faire le corollaire entre l'usage de la violence et la formation du monopole politique. Ces éléments confirment ainsi une caractéristique de l'équilibre attracteur de la compétition, manifestant ses symptômes par la constitution d'un monopole de l'exercice du pouvoir. L'auteur évoque partiellement le concept d'incarnation, caractérisant le monarque et précisant la nature de son isolement liée à la nature sacré de sa personne. L'usage du sacré pour la personne du monarque est destiné à consolider l'unité du territoire. C'est à cause de l'usage exclusif de la cognition orientée individu qu'il est nécessaire d'avoir l'usage de l'incarnation du système de décision en la personne du dirigeant.

C'est l'arrivée du capitalisme, du droit à l'acte commercial pour tous, qui bouscule toutes les organisations pré existantes (hiérocratiques, monarchiques) en constituant des classes de bourgeois et de prolétaires. C'est l'accès à l'enrichissement pour toutes les couches de la population grâce à la liberté de commerce associée au droit de propriété qui permet par l'abandon du monopole de l'exercice économique, le progrès des révolutions industrielles. Le libre échange du capitalisme se heurte également au dualisme de la morale constitutif de la communauté ou de la secte, autorisant l'accès à la richesse pour les seuls membres de la communauté. Au XXIième siècle, la mondialisation, fruit de la révolution industrielle d'Internet, se heurte à certaines formes de nationalisme qui revendiquent la souveraineté économique et un retour à une forme de communautarisme, de patriotisme économique, comme ce fut le cas d'Arnaud Montebourg, lorsqu'il était ministre de l'économie. Il faut souligner aujourd'hui que la liberté de commerce pour tous repose sur des valeurs humanistes, elle fait partie d'un équilibre coopératif, mais le cynisme sectaire qui exploite les asymétries de l'information, la rend en quelques sortes, très fragile et exploitable. Dans la mesure où il y a une asymétrie des échanges de flux financiers, comme c'est le cas lors d'un déficit commercial au niveau d'un état, rationalisée par un dualisme de la morale collectif, alors le recours à des mécanismes de défense s'avère indispensable.

2 Philippe Riutort, Sociologie de la communication politique, Collection Repères

by Olivier Avenel | juin 7, 2014 11:50

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<Abstract>

La communication politique a aujourd'hui colonisé la vie politique. Cette activité longtemps méprisée, assimilée à de la vulgaire "propagande", importée non sans peine ni résistance des Etats-Unis, est devenue banale dans l'ensemble des démocraties représentatives et parfois au-delà. Cet ouvrage se propose de restituer les enjeux anthropologiques et historiques de la communication politique, phénomène ancien puisque consubstantiel à toute activité de représentation politique. L'auteur s'interroge également sur l'essor et autonomisation des professionnels de la communication politique, liés aussi bien au développement de l'industrie des sondages qu'aux mutations de la presse audiovisuelle et au développement d'internet.

</Abstract>

<Sommaire>

<Chapitre 1>Métamorphose de la communication politique</Chapitre 1>

<Chapitre 2>Naissance de la communication politique</Chapitre 2>

<Chapitre 3>La communication politique en pratique</Chapitre 3>

<Chapitre 4>Transformations de l'espace public, mutation du jeu politique</Chapitre 4>

</Sommaire>

<Auteur>

 

Philippe Riutort

PUF: http://www.puf.com/Auteur:Philippe_Riutort

 

</Auteur>

 

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5 Comments
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2.1 Introduction

...
Une perspective sociologique

La perspective analytique dont se réclame cet ouvrage - comme la majeure partie des travaux de science politique consacrés à cet objet - est donc la sociologie. Cet élément mérite d'être précisé dans la mesure où la communication politique suscite aujourd'hui, en raison de son succès, mais également des découpages disciplinaires, l'attention des spécialistes des sciences du langage, prioritairement attachés à l'analyse du discours, des historiens intéressés par le passage de la propagande à la communication, voire de philosophes désireux de se pencher, à partir de leur discussion d'Habermas, notamment celui de l'agir communicationnel, sur les conditions de possibilité d'avènement d'une communication "idéale", affranchie de déterminations hétéronomes. Si une perspective sociologique ne peut ignorer - sans courir le risque de fractionner son objet - les propriétés formelles du discours, si toute analyse des processus sociaux comporte nécessairement une dimension historique indispensable pour éclairer les mutations contemporaines, si l'aspect normatif n'est jamais totalement évacué tant les discours sur la "démocratie", les périls comme les promesses de la "communication" abondent, cet ouvrage défend une approche sociologique de la communication politique. En quoi peut -elle consister ? A privilégier l'étude des relations sociales concrètes reliant les titulaires des fonctions politiques (les "gouvernants") aux divers professionnels de la communication ainsi qu'à l'ensemble des groupes sociaux sur lesquels ils sont censés exercer leur autorité par divers moyens et, parmi eux, le maintien de l'ordre symbolique.

Notre démarche personnelle, nous amenant à rédiger une fiche annotée de cet ouvrage, consiste à avoir une approche compréhensive des mécanismes organisationnels à l'oeuvre dans la communication politique. Notre objet étant de supporter par des éléments rationnels à caractère scientifique la construction d'un système d'information et de décision ou, plus simplement, de caractériser l'existant et son interaction avec la société. Nous nous intéressons à la sociologie de la communication politique et plus généralement à la sociologie de la presse, pour supporter théoriquement les observations que nous faisons à partir de nos propres outils que nous appelons système de décisions.

admin dit :

2.2 I/ Métamorphoses de la communication politique

La théatralité, ou les mises en scène de l'autorité politique

Dramaturgie et politique

...
Ce que Balandier a pu appeler la "théâtrocratie", notamment au sein des sociétés africaines, condense l'impérieuse nécessité d'incarnation du pouvoir politique, là où la symbolique est partout présente, pouvant conduire, dans certaines circonstances, à une dramatisation extême. Il en est ainsi du malaki: la fête annuelle des Kongo - véritable sociodrame ravivant des relations lignagères et officialisant les rapports de puissance entre les groupes constitutifs de la société - témoigne de l'importance des mises en scène attestant de la hiérarchie sociale au sein des sociétés sans écriture.

Nous l'avions remarqué dans un commentaire sur M. Maffesoli, L'ombre de Dyonisos, Cnrs éditions, la théatralisation de la vie quotidienne ou de la vie politique consiste à proposer un jeu social qui par sa présence renforce le sentiment de coexistence, de vivre ensemble. Nous avions alors souligné l'ambivalence du jeu social car il procède d'une séparation entre la vie ordinaire et la vie mondaine, que l'on avait également associé à un problème de gestion de l'identité sous la forme d'une dépersonnalisation et d'une déresponsabilisation avec l'utilisation de l'orgie. Nous avions également remarqué dans certain cas historiques le caractère dramatique du jeu social dans la mesure ou il existe souvent une forme de prédation associée à ce dernier. Personnellement nous pensons que l'interaction avec la société industrielle dans la vie quotidienne est suffisante pour que, de fait, nous nous sentions agir collectivement. L'auteur le remarque la théatralisation de la vie politique est associée à une forme de féodalisation de la société, elle possède un caractère structurant.

Se représenter le pouvoir ?

User du protocole

Légitimer le pouvoir politique

Les titulaires du pouvoir ont été rapidement conduits à tenter d'instaurer l'évidence - et la nécessité - de leur autorité sur leur peuple. Outre diverses représentations et mises en scène, ils doivent s'efforcer de démontrer le "besoin" que les gouvernés éprouveraient à leur égard.

Démocratie antique et démocratie moderne

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Sans idéaliser rétrospectivement des modalités de décision guère transposables en dehors de leur contexte, il est permis de souligner que la démocratie athénienne a élaboré de véritables procédures de participation populaire visant notamment à contrôler les dirigeants et à conjurer le danger de l'apathie des "masses".

Cet aspect illustre ici les mécanismes rudimentaires de gestion de la domination, au moyen de la démocratie. On s'aperçoit par ailleurs, dans les exemples historiques de l'auteur, que l'objectif du gouvernant est la domination alors que notre observation des sociétés les plus performantes contemporaines d'Internet identifie un objectif de prospérité. L'objectif de prospérité étant un objectif collectif, alors que l'objectif de domination est un objectif individuel et que, d'autre part, l'objectif de prospérité dans la société moderne ne contient pas initialement d'objectif de domination des individus. C'est précisément l'incarnation du mécanisme de décision en la personne du dirigeant qui procède de façon rudimentaire par la domination en utilisant la matière première immédiatement et gratuitement disponible: l'individu. On remarquera l'intérêt de la théatralisation dans la période antique pour codifier la domination et donc rendre justice.

Autre caractéristique majeure : dans ce monde sans médias (donc sans intermédiaires entre les dirigeants et le "peuple"), les relations mettant aux prises mandataires et mandants étaient marquées par la proximité physique et les relations de face-à-face. Le titulaire du pouvoir devait donc payer de sa personne et faire usage de ses talents oratoires en parvenant à convaincre un vaste auditoire (l'isegoria, terme synonyme de démocratie, signifiait le droit pour le citoyen de prendre la parole et de voter à l'Assemblée). Si la prise de décision émanait souvent de plus petits comités, des procédures centrales comme le tirage au sort assurait un roulement des charges politiques et évitaient tout glissement vers le professionnalisme politique que porte en germe l'élection, procédure de désignation des gouvernants qui emprunte au moins autant à l'aristocratie qu'à la démocratie.

On remarque que la notion d'Isegoria, nous paraît aujourd'hui naturelle. La possibilité de prendre la parole sur Internet, possible grâce à des valeurs comme la liberté d'expression est aujourd'hui tellement répandue qu'elle en devient un savoir faire dont on a oublié la fondation théorique. Notre interrogation sur le sujet nous amène à comprendre en quoi exactement le mécanisme de fanatisation engendre la violence à partir d'une simple prise d'opinion (on peut suggérer le péril auquel s'exposa Darwin lors de la publication de sa théorie). Plusieurs explications sont possibles pour expliquer le fanatisme identitaire: de la simple souffrance psychologique à la prise de décision engageant la survie. Se poser la question de l'Isegoria en tant qu'utilisateur d'Internet, et plus particulièrement de réseaux sociaux, nous fait nous interroger sur le rôle structurant du système d'information pour l'éducation par l'utilisation. Ce rôle structurant de l'éducation par l'utilisation peut sans doute se suffire à lui même à partir du moment où l'architecture du système d'information permet la compréhension complète du fonctionnement de ce dernier.

S'appuyer sur l'opinion

Se faire élire

L'activité politique s'attache à produire des biens "exclusivement" politiques, ce que les professions de foi des candidats attestent. Dans ce cadre la presse peut être envisagée comme un préalable ou un prolongement de l'activité politique,(...) visant à s'adresser à l'"opinion" ou, plus modestement mais efficacement, pour la "presse régionale", aux électeurs de la circonscription.

Représentation politique et médiatisation

La méfiance des politiques envers les médias de masse résonne, à partir des années 1930 et de l'avènement des régimes autoritaires, comme une menace de "césarisme" qui reviendrait à contourner le Parlement pour s'adresser directement au peuple en important le modèle du "viol des foules" à l'oeuvre dans les régimes fascistes et soviétique, imposant le "bourrage de crâne" à une population dont la crédulité ne saurait être mise en doute.

La professionalisation de la vie politique, l'utilisation de la presse à des fins de marketing politique, sous entend la mise en oeuvre d'une tactique médiatique, implémentée à partir d'objectifs politiques. On remarque que les exemples historiques de l'auteur illustrent les effets d'une certaine forme de malveillance conduisant au génocide ou à l'oppression. On s'interroge sur la nature de cette malveillance, que l'on retrouve dans les régimes totalitaires fascistes ou communistes. Notre interrogation sur le sujet nous pousse à nous positionner du côté de la "lumière" pour des raisons que nous associons à notre évolution dans la société du début du XXIième siècle contemporaine de la naissance d'Internet. C'est en effet le fait d'avoir vécu dans une société en paix, qui fournit à l'individu les mécanismes intellectuels permettant de comprendre la nature malveillante d'une société totalitaire. Les implications de cette analyse philosophique résident dans la nécessité de comprendre le système d'information comme un outil dont l'utilisation à des effets positifs ou négatifs suivant les intentions de l'utilisateur. C'est pourquoi la professionalisation de la vie politique et l'utilisation de la presse à des fins de communication politique n'est pas forcément condamnable. Nous parlerons de tactique médiatique humaniste dans le cadre d'une intelligence collective dont les modalités d'action s'appuient sur des valeurs collectives qui défendent un équilibre coopératif. Dans ce cadre la tactique n'est pas implémentée à partir d'une stratégie individuelle, mais à partir d'actions collectives conformes à des valeurs ou à des savoir faire. L'absence de subordination entre une tactique médiatique humaniste et l'implémentation de la stratégie individuelle est une source de conflit conduisant à la censure ou à la persécution dans les régimes autoritaires. On peut également évoquer la similitude entre un logiciel de type système d'exploitation et la tactique médiatique de type humaniste.

admin dit :

2.3 II/ Naissance de la communication politique

Une invention anglo-saxonne
L'"opinion publique" occupe très tôt une place centrale dans le fonctionnement de la vie politique aux Etats-Unis, comme l'avait déjà remarqué Tocqueville qui, pressentant son triomphe, redoutait qu'elle ne conduisit à une "tyrannie de la majorité".

Opinion publique et sondages d'opinion

Si la presse n'a pas été inventée aux Etats-Unis, le journalisme moderne peut légitimement être décrit comme une invention anglo-américaine, dotée de techniques et de savoir-faire spécifiques (les écoles de journalisme sont créées dans les universités prestigieuses comme Columbia ou Harvard dès la fin du XIXe siècle): La presse - d'abord écrite, puis audio visuelle - se présente comme une activité économique (le journal qui doit être rentable s'apparente à un produit commercial vendu deux fois, aux annonceurs d'abord et aux lecteurs ensuite) et le journalisme comme un "véritable" métier, et non une simple activité occasionnelle, comme en France au même moment.

(...)
La diffusion sociale des sondages politiques, en dépit des réticences initiales, favorise l'essor de spécialisates chargés primitivement de gérer les relations des hommes politiques avec la presse et, très vite, d'agir pour leur compte afin d'améliorer leurs cotes de popularité retracées par des courbes de sondages: faiblement différenciés, à l'origine, des chargés de relations publiques, les political persuaders semblent avoir réellement émergé de Californie au cours des années 1930.

L'avènement d'une science de l'opinion

Exposition médiatique et comportement politique
Définir l'agenda
(...)
Les médias exerceraient ainsi leur influence en proposant à des récepteurs, informés principalement par leur canal sur les sujets politiques, leur propre appréhension des évènements. L'imposition de questions dignes d'être investies en "enjeux politiques" avantageraient inéluctablement - volontairement ou non - certains groupes et entrepreneurs politiques au détriment d'autres.

Cette façon de concevoir l'approche politique de l'entreprise nous semble appartenir au modèle organisationnel traditionnel provenant de la relation sociale directe entre le dirigeant politique et le dirigeant économique. Cette approche est observable en France. Nous nous interrogeons sur le modèle américain dont nous n'avons pas observé avec précision l'organisation politique, mais nous voyons plutôt en oeuvre une démarche conjointe entre l'organisation gouvernementale et l'organisation industrielle par la mise à disposition de budgets de recherche militaires conséquents et par une approche patriotique du partenariat public-privé au niveau du financement privé. L'exemple de Facebook ou de Google sont des exemples de société qui ont bénéficié d'une protection, d'une incubation par, ce que l'on pourrait appeler, un complexe militaro-industriel, plutôt que par un réel relais politique au niveau des dirigeants élus.

(...)
Cette problématique a donné lieu à un nombre considérable de travaux empiriques: la notion d'agenda setting présente l'intérêt de mettre l'accent sur la concurrence (et parfois la coopération) entre acteurs rivaux, notamment lors des campagnes électorales, cherchant à imposer la définition de l'agenda (donc les thématiques incontournables) conformes à leurs intérêts ; la notion proche d'agenda building vise à établir un lien entre l'élaboration de l'agenda politique (l'agenda gouvernemental comme celui des partis politiques), celle de l'agenda des médias et celle de l'agenda de l'opinion publique.
(...)
De nombreux travaux, notamment français, ont souligné la faible synchronisation des divers agendas et la prépondérance des agendas politique et médiatique sur celui des citoyens.

Concernant l'observation des crises militaires durant la crise économique de 2009-2012 (Tunisie,Lybie,Syrie, Mali), nous avions émis un commentaire sur la notion d'agenda militaire (La revue internationale et stratégique, été 2011) que nous avions rapproché d'une certaine forme de planification gouvernementale en soulignant l'importance du débat démocratique lors d'un interventionnisme militaire. Notre approche organisationnelle concernant la planification gouvernementale est de déplorer la disparition du commissariat au plan que nous jugeons responsable de la disparition de l'industrie de nationalité française et du déficit commercial de la France.

Retours sur la réception

Parler politique

admin dit :

2.4 III / La communication politique en pratique

Genèses de la communication publique
(...)
Le Premier ministre peut évidemment se servir de cet outil en tant qu'instrument de sa propre communication, comme les attributions du SIG l'y autorisent (puisque celui-ci remplit une mission d'information à l'égard du premier ministre). La communication publique demeure une activité mixte, évoluant sous la double contrainte de la pression des allégeancs politiques et du souci d'efficacité persuasive.

L'institutionnalisation de la communication publique

De la communication locale à la communication européenne

Le métier de communicateur politique

Origines d'un "métier"

Savoirs, savoir faire et faire savoir

L'"américanisation" de la communication politique

Une inéxorable professionalisation ?

Commentaire général
On remarque dans ce chapitre L'analyse de l'apprentissage organisationnel, de la professionalisation de la vie politique. Ce chapitre illustre l'utilisation de manière stratégique des outils de communication par un gouvernement ou par des hommes politiques. L'auteur emploie également le terme, la tactique médiatique est l'implémentation de la stratégie politique dans la production de l'information médiatique. D'après nos observations de l'usage du marketing sur Internet, on s'aperçoit que d'une part la communication marketing d'une entreprise peut être coordonnée avec d'autres entreprises pour produire une mode, on prendra l'exemple du Web 2.0. D'autre part, on s'aperçoit également que le déploiement international d'outil comme Facebook ou Twitter ont des relais politiques dans le cadre du leadership d'opinion. Le déploiement des technologies de l'information est quelque chose que nous avons observé depuis 1995, et on remarque notament la grande synergie entre le déploiement d'Internet et la communication scientifique, ainsi que le virage marketing initié à partir de la popularité d'Internet. On concluera par le fait que l'utilisation des médias par le leader politique n'est pas obligatoirement une approche de type descendante, ou l'homme politique impose sa stratégie, mais parfois l'inverse, l'homme politique appartient à une organisation de type politique, commerciale et industrielle qui véhicule des valeurs dans tous les domaines de la vie sociale.

admin dit :

2.5 IV/ Transformations de l'espace public, mutations du jeu politique

Quel espace public ?
(...)
La question contemporaine des contours de l'espace public, alors que la participation du plus grand nombre est devenue un leitmotiv "démocratique", mérite pour le moins examen. Si les principes constitutifs de l'espace public bourgeois paraissent difficilement tenables dans les sociétés marquées par le suffrage universel et les médias généralistes, la perméabilité de l'espace public à des logiques autres que civiques, quelles que soient les époques, mérite d'être soulignée. Schudson a ainsi légitimement pu faire remarquer, en prenant l'exemple du développement de la presse aux Etats-Unis, que l'idée d'un âge d'or démocratique sous-tendu par la primauté des objectifs civiques de participation politique sur des impératifs commerciaux relevait tout simplement de la mythologie.

Agir dans l'espace public

Edifier une cause qui mérite l'attention du "public" nécessite de se conformer à un ensemble de règles précises afin d'en construire la légitimité. Dans un espace public largement régi par les médias, il s'agit souvent de s'attacher l'attention, parfois le soutien des journalistes, pour rendre la cause visible et atteindre le "public".

Donner ou prendre la parole ?

Un jeu politique en mutation

Le cercle politique

Un nouveau métier politique

Commentaire général
L'auteur procède d'une analyse du théatre politique, nous employons théatre par analogie à la sémantique militaire du théatre des opérations. La scène télévisuelle, faisant appel à ce que nous appelons la cognition orientée individu, est en effet le vecteur de communication des années 1990. Notre travail personnel repose sur l'analyse de l'information papier que nous avons à profusion sur Internet. On remarquera dans les propos de l'auteur l'analyse compétitive du match électoral dans le théatre politique qui relève d'une grande complexité. On y perçoit l'homme politique comme un champion de la relation sociale, champion dont l'intelligence et la capacité à être performant repose sur la préparation et la compréhension des mécanismes les plus évoluées de la vie économique, sociale et politique. On y comprend ainsi l'intérêt d'avoir une production scientifique qui possède les attributs de la communication politique.

3 Max Weber, La ville, Les belles lettres

by Olivier Avenel | juin 7, 2014 10:58

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<Abstract>

Arhnem, cité de rentiers, Düsseldorf, cité des banquiers, Wiesbaden, cité des retraités ... Dans la ville, Max Weber définit toute une gamme de villes "idéaltypiques", selon qu'on les considère sous l'angle juridique, économique ou politique. Il le fait avec d'autant plus d'aisance que son étonnate érudition lui permet d'étudier les villes babyloniennes, juives, hindoues, islamiques, chinoises ou russes, au même titre que celles de l'antiquité grecque ou romaine et celles du Moyen Age, surtout Venise ou Londres.

</Abstract>

<Sommaire>

<Chapitre 1> Concept de ville et catégories de villes</Chapitre 1>

<Chapitre 2>La ville d'Occident</Chapitre 2>

<Chapitre 3>La ville patricienne du Moyen Age et dans l'antiquité</Chaptire 3>

<Chapitre 4>La ville Plébienne</Chapitre 4>

<Chapitre 5>Démocratie antique et médiévale</Chapitre 5>

</Sommaire>

<Auteur>

Max Weber

Max Weber est considéré comme le fondateur de la sociologie compréhensive. La sociologie compréhensive est une approche sociologique qui fait du sens subjectif des conduites des acteurs le fondement de l' action sociale. Ce modèle d'analyse du social - centré sur les individus et leurs motivations à agir - est notamment explicité dans son ouvrage L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, publié sous forme de deux articles en 1904 et 1905 . Celui-ci est une analyse des facteurs religieux dans le processus de rationalisation, à savoir les effets de la réforme protestante sur l'activité économique capitaliste. L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme est un classique de la sociologie, sur laquelle il a exercé une influence considérable.

Wikipedia FR: http://fr.wikipedia.org/wiki/Max_Weber

</Auteur>

<Traducteur>

Philippe Fritsch

</Traducteur>

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6 Comments
admin dit :

3.1 Chapitre 1 Concept de ville et catégorie de ville

Commentaire général

On découvre dans ce premier chapitre l'étude historique de la formation de la ville. On y remarque que c'est la nécessité d'assurer la sécurité par l'usage de la construction défensive au moyen de la fortification qui marque les premières créations citadines. On remarque également que la nécessité d'assurer la sécurité est associée à l'exercice de l'activité économique, amenant ainsi à la conclusion assez répandue que le pouvoir économique et le pouvoir militaire sont liés. Ainsi l'exercice du pouvoir militaire dans la ville antique est rendu nécessaire par l'activité économique et parallèlement le pouvoir militaire n'existe pas sans activité économique. Ce dernier point caractérise une évolution de la pensée économique que l'on appelle le libéralisme et que l'on associe à la "mondialisation". La professionalisation, puis l'externalisation de l'organisation militaire, plus tard la diminution des effectifs, associée à une disparition progressive de l'appareil industriel depuis 2004 en France, par la cession et la rationalisation de l'organisation par des stratégies étrangères, illustre ainsi une négation de la volonté, de l'intelligence collective ayant donné naissance aux premières cités.

Dans un deuxième élément d'analyse, on remarque différentes évolutions de l'organisation politique impliquant différentes répartitions du pouvoir. On remarque que c'est la formation du clan, du groupe qui structure la vie politique de la ville, plus tard le groupe prendra l'importance internationale de la religion.

L'analyse contemporaine de la société française et plus particulièrement la structure de son organisation économique nous fait nous interroger sur la nature des relations entre le pouvoir économique et militaire. Des éléments significatifs de nature économique nous démontrent une perte de souveraineté économique alors que parallèlement les banque françaises sont parmi les plus grosses du monde (BNP, crédit agricole) et que le pouvoir militaire érode son organisation industrielle de défense et commence à réduire l'effectif de l'organisation militaire. Cette évolution amorcée sous la présidence de Jacques Chirac marque assez bien le degré d'incohérence aux plus hauts niveaux stratégiques, incohérence qui peut s'illustrer par la notion de ministère du redressement productif et les difficultés de l'activité de Monsieur Montebourg, appelé à sauver l'industrie française par son activité ministérielle.

Ainsi l'activité du ministère de l'économie sous la présidence de Monsieur Hollande, avec l'échec et la démission du gouvernement Ayrault puis l'arrivée au pouvoir de la nouvelle génération socialiste illustre un changement difficile de stratégie de l'organisation qui détenait le pouvoir en France depuis la fin du dernier septennat de François Mitterrand. La nature du chaos économique marqué par la crise de 2009-2012, illustre le bilan de cette organisation et suggère une cohérence difficile entre l'organisation économique et l'organisation militaire au niveau national et européen. Cette difficulté de cohérence est mise en évidence par l'amende gigantesque de la BNP (8,9 Mds de dollars) pour avoir violé l'embargo américain sur l'Iran et Cuba.

admin dit :

3.2 Chapitre 2 La ville d'occident

Commentaire général

L'analyse historique de ce chapitre montre les différents enjeux liés à la résidence dans la cité. On s'aperçoit que l'on peut toujours ramener la nature de la négociation économique à un changement de propriété. Ce changement de propriété marque l'évolution urbaine mais aussi l'évolution juridique. Ainsi l'aspect initial du changement de propriété est toujours lié à un rapport de domination qui s'appuie sur le recours à la force et sur la loi du plus fort. L'auteur le remarque la nature militaire de la bourgeoisie est déterminante dans la formation de la cité. Il s'agit ici d'y comprendre que c'est la perception de la propriété, initialement de la souveraineté, ainsi que de la capacité à avoir la maîtrise du rapport de force grâce à la science militaire qui permet à la cité de croître et de persister dans le temps. La perception de la propriété, que l'on associe à la notion de souveraineté est ainsi indissociable de la notion de domination dans les premiers temps historiques, c'est pourquoi nous nous interrogeons aujourd'hui sur la nature de la compréhension des décideurs français qui procède à la cession du patrimoine industriel depuis de nombreuses années en avalisant la formation d'organisations industrielles transnationales issues de la mondialisation. On suggère d'ailleurs que l'organisation économique transnationale n'est qu'un stade d'évolution temporaire qui évoluera vers une organisation nationale ultérieurement.

admin dit :

3.3 Chapitre 3 La ville patricienne au moyen age et dans l'antiquité

Commentaire général
L'analyse sociologique et historique de la ville patricienne au moyen age dégage des pistes d'analyses économiques permettant de mettre en valeur le rôle du dirigeant, notamment dans la ville patricienne de l'europe du sud. Ainsi l'analyse historique nous montre le caractère compétitif de l'administration de la cité que l'on peut caractériser par des objectifs économiques de nature monopolistique et individuels ainsi que par la formation du clan, de la famille, faisant reposer la coopération sur le seul lien de parenté. La représentation de l'individu, ce que nous appelons la cognition orientée individu, est très présente dans l'observation que nous faisons de cette analyse historique dans la mesure où l'individu, son potentiel manuel ou intellectuel est la seule ressource à haute valeur ajoutée disponible pendant la période historique d'analyse. On remarquera que la prépondérance de la cognition orientée individu est associée à une forme de guerre civile omniprésente au moyen age dans l'europe du sud.

L'analyse sociologique de la ville patricienne de l'europe du nord, nous montre le caractère structurant de la nature de la domination. Ainsi la domination par l'usage de la force caractéristique de la ville d'Europe du Sud et de la ville antique, notamment avec le recours aux duels pour résoudre les conflits et exercer une forme de justice primitive illustre un caractère structurant faible dans la mesure où le système d'exploitation économique persiste difficilement. Par opposition la domination psychologique à caractère économique dans l'europe du nord permet, d'après l'observation que nous faisons de l'analyse historique de ce présent chapitre, l'élaboration d'intelligence collective orientée vers la prospérité et l'innovation.
On peut illustrer le propos par une analyse contemporaine sur la nature du "Soft Power" dans le cadre de la domination économique américaine au XXIième siècle.
On s'aperçoit également que la nature de la domination permet l'émergence d'une forme d'intelligence collective, différente selon la nature de la cognition qui la met en place. La nature de la cognition, dont la cognition orientée individu fait partie, est en effet déterminante dans la représentation du monde et donc dans l'administration de la cité dont les limites forment le périmètre du monde connu au moyen age pour la plus grande partie de la population. Ce point rejoint une analyse sur l'ouvrage de Jean-Didier Vincent, voyage extraordinaire au centre du cerveau, Odile Jacob, qui précise que la progression intellectuelle est une urbanisation du cerveau, précisant de fait le reflet de l'intelligence collective dans l'urbanisation de la cité.

Weber évoque le sujet d'une manière différente en décrivant la nature du charisme associée au mode de domination.

admin dit :

3.4 Chapitre 4 La ville plébéienne

Commentaire général

Ce chapitre aborde l'aspect de l'organisation politique de la cité et met en évidence le caractère instable de la domination nobiliaire favorisant ainsi l'émergence du pouvoir politique et économique dans la plèbe, la population la plus défavorisée. Ce point est intéressant dans la mesure où il est possible de tirer plusieurs conclusions, dont la principale, le caractère instable de la domination qui sera vérifié ultérieurement en théorie des jeux. On remarque notamment que ce que Weber appelle le charisme conduit concrètement à partager un objectif stratégique au niveau d'un collectif puis à dégager un bénéfice collectif de l'objectif stratégique. Ainsi le caractère instable de la domination provient de la nature de division entre celui qui domine et celui qui est dominé. Le caractère de domination par la noblesse est quelque chose de récurrent dans l'histoire, il consiste concrètement à entretenir un rapport de force en faveur d'un groupe pendant de nombreuses années. D'après nos observations le caractère de ségrégation qui persiste dans un système de castes est incompatible avec un haut niveau intellectuel, et précisément avec le progrès tel que nous le connaissons aujourd'hui.

admin dit :

3.5 Chapitre 5 La ville plébéienne

Commentaire général

On s'aperçoit dans l'analyse historique du présent chapitre sur la ville antique à l'apogée de la civilisation romaine, du grand raffinement de l'organisation de la cité. La nature de l'intelligence collective décrite présente des innovations dans de nombreux domaines de la vie sociale comme par exemple l'émergence de la démocratie et les mécanismes élaborés de gestion de la domination politique et économique. On s'aperçoit également que l'évolution et la codification de la vie sociale de la cité prend naissance en s'appuyant sur la notion de territoire. C'est précisément la pérénité du territoire puis la négociation liée au partage de la valeur du territoire qui permet l'évolution incrémentale du code juridique et de la vie politique vers une forme très élaborée d'intelligence collective, la démocratie. On pourrait suggérer que c'est dans la perception du territoire par la population qu'est née la grandeur de la civilisation romaine.

L'auteur évoque ensuite les difficultés de la démocratie à persister face à la tyrannie. La tyrannie provient de l'incarnation du système de décision par un dirigeant qui a vocation à être ce que nous appelons aujourd'hui le chef. L'auteur le remarque, la propension à monopoliser le pouvoir vient de l'origine militaire du chef, élément que l'on pourrait cautionner par la nature du savoir faire militaire qui consiste à imposer une domination physique par l'usage de la violence. Ces éléments d'analyse permettent de remarquer que c'est la nature de la psychologie du chef militaire, également associée à la volonté d'agrandissement du territoire, qui illustre le dépassement, ou non, de l'usage de la violence et de former ainsi une tyrannie ou une démocratie.
On ajoutera que c'est la résolution des conflits qui permet l'évolution organisationnelle et politique de la cité. Le mécanisme de résolution des conflits nous intéresse dans la mesure où il existe aujourd'hui des outils de négociations automatisés dans le domaine économique. On pourrait ajouter également que la nature du système d'information (comme Facebook ou Twitter) pour la politique étrangère possède par sa nature technologique, de haute valeur ajoutée, un rôle majeur à jouer dans la résolution ou la création des conflits.

admin dit :

3.6 Chapitre 6 Démocratie antique et médiévale

Commentaire général

Ce chapitre présente l'analyse de la structure économique et politique des sociétés où la démocratie a émergé au fil du temps. On remarquera la nature de contrôle des individus présente au moyen age et dans la période antique sous la forme de l'esclavage. C'est précisément l'enjeux d'identité, dans la pensée asiatique de face, qui autorise, ou non, l'accès à la richesse. L'accès à la dignité pour le grand nombre sous la forme de l'affranchissement est ce qui caractérise les premières organisations structurées au niveau politique, mettant ainsi en évidence la nécessité d'une gestion de la domination.
On ajoutera que l'émergence de la démocratie est corrélée à un niveau technologique autorisant l'innovation, le progrès. Ce qui marque l'échec de la civilisation antique est une forme de rigidité de la structure sociale associée à une culture de la violence, alors que le moyen age se caractérise par une forme similaire de l'organisation antique, mais avec un progrès technologique plus élevé. Ce qui conforte notre opinion sur le fait que c'est l'interaction avec une société à haut niveau technologique qui comporte le plus de facilités pour l'établissement d'une organisation de type démocratique associée aux valeurs universelles des droits de l'homme.
Nous l'avions déjà précisé nous caractérisons l'organisation politique démocratique comme un équilibre coopératif moteur. L'architecture de cet équilibre rend nécessaire la présence de valeurs humanistes comme les droits de l'homme qui permettent grâce à leur universalité de protéger les libertés individuelles garantes d'un dévelopement économique et technologique à haute valeur ajoutée.

4 Frédérique de Lambert, Les mondialisations, les dessous d'un monde pluriel, ellipses

by Olivier Avenel | janvier 7, 2014 1:58

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<Abstract>

Une approche pluridisciplinaire: histoire, géographie, économie, géopolitique, développement durable, culture ...

</Abstract>

<Sommaire>

</Sommaire>

<Auteur>

Frédérique de Lambert est agrégée d'histoire-géographie et professeur en classes préparatoires ECS à l'externat Sainte Marie à Lyon.

Christian Grataloup est géographe, professeur à l'université Paris VII, et spécialiste de géohistoire et de l'histoire de la mondialisation.

</Auteur>

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One Comment
admin dit :

4.1 Commentaire général

Les auteurs abordent dans la première partie du livre l'histoire des premières mondialisations et les comparent à l'actuelle transformation du paysage international en abordant des sujets comme l'économie ou les relations internationales. L'information est fournie, couvrant un éventail très large de sujets, parfois avec une grande précision. Néanmoins on remarquera que le point de vue analytique est délaissé au profit d'explications parfois simplistes. On illustrera par l'association des grands acteurs gouvernementaux dans les relations internationales à des individus, sujet qui peut provoquer la confusion entre l'organisation et l'individu ou le chef. L'importance de la remarque réside dans le fait que c'est la construction de nouvelles organisations, comme les firmes réseaux et les ONG au détriment d'organisations existantes et gouvernementales qui caractérise cette nouvelle mondialisation. Selon notre opinion l'économie des organisations (Claude Ménard, L'économie des organisations) doit aujourd'hui consolider l'approche économique théorique justifiant le libéralisme. On ajoutera que l'enthousiasme des auteurs pour les ONG ainsi que l'explication de la privatisation des armées, justifiant la création d'organisations dont la puissance peut rivaliser avec celle des Etats, ne saurait occulter le fait que c'est l'Etat, son infrastructure et son organisation qui sont les mieux armés pour éviter des dérives liées à l'usurpation du pouvoir et à la corruption.

Les fiches de l'ouvrage se terminent par l'étude de phénomènes liés à la mondialisation financière, comme l'économie souterraine des mafias ou de la piraterie maritime, mais n'aborde pas le sujet de l'informatisation des échanges financiers, élément sous-jacent à l'internationalisation des patrimoines, et à son corollaire la perte de souveraineté économique. On illustrera par la récente fusion-acquisition de l'opérateur boursier Euronext-NYSE par le prestataire ICE, prolongement de la fusion entre un opérateur boursier européen (Euronext) et un opérateur boursier américain (NYSE). La structure des marchés financiers et l'organisation financière qui est responsable de la récente mondialisation et de la crise de 2008 n'est pas abordée. On remarquera également que l'on pourrait contenir la crise économique de 2008-2009 aux relations Américano-européennes et moyen orientales en excluant l'Asie.

5 Philippe Riutort, Premières leçons de sociologie, puf

by Olivier Avenel | janvier 7, 2014 1:16

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<Abstract>

Introduite à l'université à la fin du XIXième siècle, la sociologie a progressivement conquis sa place, que ce soit dans les programmes de sciences économiques et sociales des lycées ou à l'entrée des Instituts d'études politiques. Or cette discipline reste souvent difficile à appréhender, dans la mesure où elle se définit moins par un objet d'étude propre que par une démarche spécifique.

</Abstract>

<Sommaire>

<Partie 1>Qu'est ce que la sociologie ?</Partie 1>

<Chapitre 1>La démarche sociologique - Comment peut-on être sociologue ?</Chapitre 1>

<Chapitre 2>La sociologie et ses méthodes - Qu'est ce qu'une bonne méthode ?</Chapitre 2>

<Chapitre 3>Les traditions sociologiques - Un aperçu des grands courants</Chapitre 3>

<Partie 2>Quelques principaux thèmes de la sociologie</Partie 2>

<Chapitre 2>La socialisation - Apprendre à vivre en société</Chapitre 2>

<Chapitre 3>Contrôle social, normes et déviance - respecter ou enfreindre</Chapitre 3>

<Chapitre 4>La stratification sociale - la société et ses divisions</Chapitre 4>

<Chapitre 5>Le pouvoir politique - la politique et la société</Chapitre 5>

<Chapitre 6>L'opinion publique -Qu'en pense le peuple ?</Chapitre 6>

</Sommaire>
<Auteur>

Philippe Riutort est professeur de chaire supérieure en sciences sociales au lycée Henri IV à Paris. Il a codirigé Les formes de l'activité politique et le nouveau manuel de science politique et est auteur du précis de sociologie et de sociologie de la communication politique.

PUF: http://www.puf.com/Auteur:Philippe_Riutort

</Auteur>

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admin dit :

5.1 Avant-propos, commentaire général

L'auteur présente dans son avant propos les différents courants de la sociologie, ce qui nous permet d'identifier notre propre approche intellectuelle. L'approche qualitative, l'observation participative, la modélisation des relations dans la société, la proximité avec la criminologie sont des sujets que nous avions théorisés pour notre propre démarche de recherche à partir de l'oeuvre de Max Weber, (Economie et société, L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, ...). Notre propre démarche est une finalité de l'approche sociologique qui consiste à modéliser les phénomènes d'intelligence collective mis en oeuvre dans la société au niveau politique, économique, culturel, ... et ensuite proposer des solutions d'améliorations comme l'utilisation d'un système général d'origine nationale.

Cet avant propos confirme également notre opinion sur la sociologie et qui consiste à dire que c'est une deuxième discipline ou une deuxième compétence qui doit s'appuyer sur une science plus théorique comme l'économie, l'intelligence artificielle, la médecine, ... C'est notament le cas pour Max Weber qui est d'abord économiste et ensuite sociologue.

admin dit :

5.2 Chapitre 2 La socialisation, commentaire général

Cette partie de l'ouvrage décrit le processus de socialisation sous les points de vue d'éminents sociologues. Nous remarquons ainsi une analyse approfondie sur la façon dont l'individu perçoit la société, la façon dont il se représente le monde. Ceci est également valable pour le sociologue, qui fait ici inconsciemment appel à des connaissances en psychologie. Notre opinion sur le sujet repose sur l'observation de différents types de cognition, comme la cognition orientée individu, qui consiste à ne concevoir le monde qu'à travers l'anthropomorphisme ou l'aspect grégaire de l'organisation, ou comme une cognition orientée objectif qui se traduit par une étude des méthodologies et des modalités d'action avec une sélection de l'information dont la pertinence est éprouvée par la réalité. La cognition orientée objectif se traduit par une démarche de planification.
L'intérêt ici est de percevoir à quel type d'intelligence collective nous avons à faire lorsque nous analysons une stratégie d'entreprise ou de gouvernement. On peut également préciser que la cognition orientée individu présente dans ses extrêmes des pathologies comme l'esclavage ou la prostitution et plus généralement la ségrégation.

admin dit :

5.3 Chapitre 3 Contrôle social, normes et déviances, commentaire général

On remarque dans ce chapitre, ainsi que dans les précédents, que l'auteur aborde des sujets sensibles comme le suicide, la consommation de cannabis ou la déviance. Souvent les sujets sont traités avec un point de vue quantitatif et extérieur aux phénomènes, ce qui nous fait nous interroger sur l'utilité d'étudier de tels phénomènes dans une première leçon de sociologie alors qu'ils s'appliquent à une faible proportion de la société et que de surcroit peu de solutions sont abordées dans l'ouvrage. Notre approche de la sociologie a d'abord commencé par l'analyse de phénomènes économiques ou religieux, et le choix de l'auteur ne nous semble pas neutre dans la mesure où il s'adresse à une population d'adolescents ou de jeunes adultes, c'est pourquoi nous nous interrogeons sur la finalité du contenu de l'ouvrage sur ces derniers aspects.
Nous ajouterons que de surcroît l'analyse de la déviance est une forme particulière de la cognition orientée individu.

admin dit :

5.4 Chapitre 6 L'opinion publique

L'auteur présente ici une analyse de la genèse de la société de l'information et à notre grand enthousiasme elle procède de l'analyse historique depuis la révolution française. L'auteur présente ainsi le mécanisme politique de l'opinion publique avec les grands acteurs comme les hommes politiques, les sondeurs d'opinion et la presse. Nous introduisons ici conjointement aux perceptions de l'auteur sur l'usage de la communication par les hommes politiques, la notion de tactique médiatique que nous voyons en oeuvre dans l'analyse que nous faisons de la presse internet. La tactique médiatique n'est pas forcément le fait d'une action "coup de poing" d'un homme politique, mais plutôt celle d'une intelligence collective qui promeut certaines valeurs, certaines orientations politiques mais également certains produits commerciaux. Nous pourrions même parler d'organisation, tant la communication est en adéquation avec le moment et l'opportunité. Ce que nous observons comme tactique médiatique peut se caractériser par l'implémentation opérationnelle d'une stratégie (la tactique) dans les médias.

6 Raymond Aron, Liberté et égalité, éditions EHESS

by Olivier Avenel | janvier 4, 2014 3:31

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<Abstract>

Le 4 avril 1978, Raymond Aron prononce au Collège de France le dernier cours d'une longue carrière de professeur et d'homme public. Il s'y interroge sur le devenir des démocraties libérales, qui entendent s'orienter vers la meilleure harmonisation possible entre les idéaux de liberté et d'égalité. Raymond Aron fait entendre ici l'inquiétude civique qui ne l'a jamais quitté.

</Abstract>

<Sommaire>

<Chapitre 1>Les libertés dans les démocraties libérales</Chapitre 1>

<Chapitre 2>Conscience de la liberté et représentation de la bonne société</Chapitre 2>

<Chapitre 3>Enjeux philosophiques et expérience de la liberté</Chapitre 3>

<Chapitre 4>Le refus total de la société comme nouvelle façon de penser</Chapitre 4>

<Chapitre 5>Liberté politique et liberté philosophique</Chapitre 5>

<Chapitre 6>L'exception heureuse des sociétés libres</Chapitre 6>

</Sommaire>

<Auteur>

Raymond Aron

D'abord ami et condisciple de Jean-Paul Sartre et Paul Nizan à l'École normale supérieure, il devient, lors de la montée des totalitarismes, un ardent promoteur du libéralisme, à contre-courant d'un milieu intellectuel pacifiste et de gauche alors dominant. Il dénonce ainsi, dans son ouvrage L'Opium des intellectuels, l'aveuglement et la bienveillance des intellectuels à l'égard des régimes communistes.

Pendant trente ans, il est éditorialiste au quotidien Le Figaro. Durant ses dernières années, il travaille à L'Express. Grâce à des compétences et des centres d'intérêt multiples -- en économie, sociologie, philosophie, géopolitique -- il se distingue et acquiert une grande réputation auprès des intellectuels. Ses convictions libérales et atlantistes lui attirent de nombreuses critiques, venant des partisans de la gauche, comme de ceux de la droite.

Il garde néanmoins tout au long de sa vie un ton modéré. Il est un commentateur reconnu de Karl Marx, Carl von Clausewitz, Kojève et Sartre.

Wikipedia fr: http://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Aron

</Auteur>

 

 

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admin dit :

6.1 Commentaire sur l'introduction de Pierre Manent

Dans cette introduction l'auteur décrit la pensée de Raymond Aron en essayant de la classer dans une case de la catégorisation philosophique et politique. Ainsi on nous présente Aron comme un classique libéral mais moderne. Ce point illustre le fait que cette catégorisation est contemporaine de la société et de la période à laquelle elle a été formulée. Notre opinion sur le sujet est qu'aujourd'hui cette catégorisation impose des divisions entre les concepts philosophiques et politiques, divisions que le progrès a dépassé pour proposer des solutions sociales et technologiques réunissant des idées autrefois opposées.

Cette façon de classer dans une catégorie un philosophe ou un homme politique sonne un peu comme un jugement qui pourrait être très proche d'une condamnation. C'est un peu comme si le problème de l'identité philosophique d'Aron pour le lecteur devait avoir une importance capitale.

Nous découvrons dans l'analyse de l'auteur certaines classifications comme les modernes ou les classiques et le débat les opposant. Nous sommes surpris par la finalité du débat qui repose principalement sur un problème d'identité et de changement dans la société. Nous préférerions voir un continuum dans l'histoire axé sur l'innovation technologique et sociale et s'appuyant sur un historique centenaire. On pourrait suggérer que cette apologie du changement efface les motifs réels de l'innovation au profit de la contemplation de ses effets. De ce point de vue nous préférons le regard sociologique de Max Weber qui présente une analyse plus fine et plus rationelle des mécanismes politiques, religieux et économiques (Max Weber, Economie et société, tome 1, pocket).

On remarquera que l'analyse de l'auteur s'appuie sur une analyse psychologique de Raymond Aron. Raymond Aron a lui aussi eu recours dans ses écrits à l'analyse psychologique de Clausewitz, ce qui nous avait laissé assez sceptique sur la compréhension de l'action et de sa psychologie par celui-ci (Raymond Aron, Penser la guerre, Clausewitz, L'age européen, Gallimard).

Le corollaire à cette remarque est que la sémantique des mots utilisés par l'auteur n'a de sens que pour les diplômés de troisième cycle en sciences politiques ou en philosophie.

Nous tenons un propos peut être un peu trop critique envers l'auteur, ce n'est qu'une introduction, mais cela est dû en grande partie à l'analyse très sévère que nous élaborons à partir des observations que nous retirons de la presse avec nos systèmes depuis la crise économique de 2008-2009.

admin dit :

6.2 Commentaire sur le discours

L'auteur introduit la notion de liberté en plaidant pour le pluralisme de la notion, les libertés politiques, sociales, individuelles...
Notre interprétation concernant les libertés repose sur la notion d'équilibre coopératif et son opposée, la notion d'équilibre attracteur compétitif. Ainsi les libertés sont une condition de l'équilibre coopératif au niveau d'une nation, mais ce sont une condition insuffisante pour justifier de sa stabilité qui permet de s'élever au dessus de ce que l'auteur appelle, en référence aux philosophes, l'état de nature. L'état de nature où prédomine la loi du plus fort est ce que nous appelons un équilibre compétitif attracteur dans la mesure où il est naturel d'être en compétition alors qu'il faut faire un effort pour agir dans le domaine de la coopération.

Notre opinion sur la stabilité de l'équilibre coopératif consiste à y voir une construction sociale et technologique. Ainsi la déclaration d'un état où règnent les libertés est une construction sociale matérialisée par une infrastructure gouvernementale. Cette construction sociale démarre dans l'antiquité et en ce qui concerne la France, est symbolisée par un effondrement lié au caractère compétitif d'une société de castes, la révolution de 1789. L'Etat moderne est le fruit d'une construction, d'une intelligence collective qui perdure dans le temps depuis cette date.
Aujourd'hui des outils technologiques comme internet, qui permettent l'accès à des ressources communes avec des logiciels à grande audience comme Windows, Google, Facebook, mais aussi Linux et l'écosystème des logiciels libres sont une innovation technologique qui favorise l'équilibre coopératif. Nous appelons système général l'ensemble de ces logiciels dont il faut maîtriser la provenance et la technologie. Peut être devrions nous les appeler systèmes généraux dans la mesure où leur architecture peut être différenciée et concurrente.
Ainsi le système général est aujourd'hui un outil qui met en évidence la nature libre ou aliénée, "propriétaire" en référence à la servitude et aux logiciels à code source fermés, des individus et des sociétés. C'est pourquoi l'utilisation d'un outil comme le système général renforce le caractère fermé ou ouvert de la société dans laquelle il est déployé, à plus forte raison si son approvisionnement et son déploiement sont d'origine étrangère et propriétaire.

L'auteur développe ensuite une analyse sur le sentiment de liberté et la confusion dans nos sociétés occidentales entre le droit à la liberté et le droit à l'égalité. On remarque une fois de plus que c'est la sémantique commune de la notion d'égalité qui ne permet pas de la comprendre directement et de l'accepter. L'auteur poursuit par un regard sociologique sur les inégalités dans la société, inégalités se traduisant par un rapport de puissance et de domination. Personellement notre analyse repose sur une équation mathématique symbolisant la construction, ou la destruction, économique: la contrainte budgétaire. Il faut remarquer en ce début du XXIème siècle que les crises économiques (2008-2009) sont le fruit d'une compétition internationale dont le seul enjeux est la domination économique au moyen de la contrainte budgétaire. Cette contrainte budgétaire est d'ailleurs une aliénation obligatoire de la société occidentale au niveau de l'individu, mais elle est utilisée dans des rapports de force d'Etats à Etats dans le cadre de la géopolitique du commerce ou de la guerre économique. La notion de contrainte budgétaire est ce qui symbolise le jeu économique dans la société (dans le sens de la modélisation en théorie des jeux) et c'est précisément l'état de nature dans l'économie, l'attraction de la compétition et le manque de rationalisation de l'économie par l'Etat qui permet l'exercice de la contrainte budgétaire sur les populations locales par un pays tiers dans le cadre des relations internationales. On illustrera par la notion d'attaques de Supply Chain mentionnée dans l'ouvrage de Libicki ( Martin C. Libicki, Cyberdeterrence and cyberwar, Rand corporation)

On remarquera que l'auteur n'aborde pas la notion de fraternité, peut être est ce dù à son esprit critique et à sa grande intellectualisation. Notre opinion sur le sujet repose sur la notion de bienveillance, élément décisif de la fraternité. La bienveillance est en effet nécessaire à l'équilibre coopératif, car elle permet de s'affranchir des mécanismes rudimentaires de la compétition. Nous faisons historiquement appartenir la notion de bienveillance aux racines altruistes des religions ou des philosophies du monde.

7 La revue internationale et stratégique, été 2011

by Olivier Avenel | octobre 16, 2013 3:15

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<Abstract>

Les nouvelles orientations de la pensée stratégique

Alors que l'occident semble avoir perdu le monopole de l'écriture de l'histoire mondiale et qu'un monde post américain se dessine peu à peu, comment se construit, aujourd'hui, la scène stratégique mondiale ?

L'espace stratégique mondial unifié et homogène, s'il n'a jamais existé comme tel, laisserait-il la place à un espace stratégique mondial fragmenté ? En Asie, en Amérique latine, en Afrique, des puissances dites émergentes concurrencent, sur le terrain économique, les puissances établies. Mais qu'en est-il dans le domaine stratégique, et plus précisément dans le domaine de la pensée stratégique ? L'hégémonie états-unienne à imposer les termes du débat stratégique se voit-elle remise en cause par de nouveaux acteurs qui auraient décidé de projeter leur propre vision du monde et de la scène stratégique mondiale ?

Pour tenter d'interroger les nouvelles orientations de la pensées stratégique contemporaine, le dossier revient sur les lieux d'élaboration de cette pensée stratégique dans le monde (université, think tanks, acteurs militaires, organisations internationales, etc.), sur les acteurs qui la produisent ainsi que sur les fondements et les influence intellectuelle de cette pensée.

</Abstract>

<Sommaire>

<Chapitre 1>Les hommes aiment armer Dieu</Chapitre 1>

<Chapitre 2>François Mitterand, architecte de la Grande Europe: le projet de Confédération européenne (1990-1991)</Chapitre 2>

<Chapitre 3>OTAN-UE: quel calcul géorgien ?</Chapitre 3>

<Chapitre 4>Vers un livre blanc européen de la sécurité et de la défense: entre "objet non identifié" et fenêtre d'opportunité</Chapitre 4>

<Chapitre 5>Les pays émergents dans l'actuel ordre mondial</Chapitre 5>

<Chapitre 6>Editorial</Chapitre 6>

<Chapitre 7>Les grands débats stratégiques à l'épreuve des faits</Chapitre 7>

<Chapitre 8>Comment se construit l'agenda sécuritaire international ?</Chapitre 8>

<Chapitre 9>Sociologie de la production stratégique</Chapitre 9>

<Chapitre 10>La fausse neutralité des continents</Chapitre 10>

<Chapitre 11>De la nécessité des débats stratégiques</Chapitre 11>

<Chapitre 12>La stratégie américaine: du statut de superpuissance à celui de superpartenaire ?</Chapitre 12>

<Chapitre 13>L'influence grandissante des think tanks américains dans le processus d'élaboration des politiques de sécurité contemporaines</Chapitre 13>

<Chapitre 14>Les acteurs de la doctrine stratégique russe</Chapitre 14>

<Chapitre 15>La pensée stratégique chinoise, quelques pistes de réflexion</Chapitre 15>

<Chapitre 16>les déterminants de la pensée stratégique d'Israël</Chapitre 16>

<Chapitre 17>Entre dénégations et critiques, la pensée stratégique indienne: des déterminants, une réalité.</Chapitre 17>

<Chapitre 18>Brésil, 2003-2011: une politique étrangère orginale, conçue sans laboratoires d'idées</Chapitre 18>

<Chapitre 19>De la citadelle assiégée à une vision continentale: la pensée stratégique sud Africainew</Chapitre 19>

<Chapitre 20>Une europe stratégique post-américaine est-elle envisageable</Chapitre 20>

</Sommaire>

<Auteurs>

</Auteurs>

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7.1 Vers un livre blanc européen de la sécurité et de la défense: entre « objet non identifié » et fenêtre d'opportunité

Commentaire général

La notion de livre blanc pour définir la planification stratégique nous parait quelque peu rudimentaire et obsolète. Les technologies de l'information apportent aujourd'hui une réponse beaucoup plus élaborée à la planification stratégique. Ceci, conjugué avec notre observation de la société française en ce début du XXIième siècle, nous montrant que cette société est structurée par l'esprit d'entreprise, souvent étranger, dans les domaines technologiques, industriels, financiers et économiques, illustrent assez bien en quoi, la construction européenne doit se jouer dans le registre diplomatique et politique mais surtout dans le domaine industriel, économique, financier, et culturel. Selon notre opinion, une organisation gouvernementale propre à chaque Etat, ayant pour objectif la planification stratégique, comme l'était le commissariat au plan est indispensable pour garantir dans un premier temps la souveraineté économique, politique et militaire, puis construire des partenariats stratégiques qui découleront analytiquement des premiers éléments de planification. De l'exécution de ces partenariats suivra la consolidation de l'Europe.
Pour résumer et prendre l'exemple français, un comité stratégique directement rattaché au premier ministre n'est pas suffisant, il ne garantit pas la souveraineté économique comme l'illustre la crise économique de 2008-2012.
La planification stratégique au niveau gouvernemental n'est pas un enjeu mineur, les USA y investirent plusieurs milliards de dollars dans le domaine de l'intelligence artificielle. Elle soulève des problèmes technologiques, politiques, économiques et éthiques qui peuvent mettre en danger la démocratie et la république.

admin dit :

7.2 Comment se construit l'agenda sécuritaire international ?

Commentaire général

L'auteur décrit dans son article les différentes organisations de régulation des conflits au niveau mondial, Onu, G8, diplomatie régionale et gouvernementale. Il nous semble apparaître un effet structurant par la notion même d'agenda et l'auteur de conclure malicieusement son article par le fait que c'est une construction "par le haut".

Après notre observation des différentes crises internationales entre 2009 et 2012 (Tunisie, Libye, Mali, Syrie), nous souhaiterions rappeler que la décision politique entrainant un pays ou un groupe de pays dans une crise n'appartient pas à une seule personne, même si au final, il y a de fortes probabilités que l'initiative soit le fait d'un petit nombre de personnes. Qui peut se permettre de décider unilatéralement d'un engagement militaire ? Il faut être, d'une part, sérieusement désinhibé au niveau stratégique et ensuite avoir des motivations justifiables à un niveau gouvernemental pour former la décision d'engagement. C'est pourquoi nous souhaiterions rappeler que la formation de l'agenda sécuritaire "par le haut" est le fruit d'une décision rationelle qui s'appuie sur une planification stratégique dont les modalités n'excluent pas le recours à la force, l'usage cohercitif militaire. Un pays revendiquant l'hégémonie, tout démocratique fut-il, ne doit pas avoir le monopole de la planification et de fait construire l'agenda sécuritaire international sur un horizon d'une dizaine d'années ou plus.

Nous ne souhaitons pas faire l'apologie d'un interventionnisme militaire, d'un va-t-en-guerre en quelque sorte, mais plaider pour que la construction nationale s'appuie sur une construction dont la stratégie repose sur la planification dans les domaines économiques, culturels, et militaires. La planification stratégique au niveau gouvernemental soulève de nombreux débats qui doivent structurer l'organisation de l'Etat et qui doivent être structurés par les valeurs de la démocratie et de la république. Nous souhaiterions rappeler que la planification est le moyen d'implémenter la tactique à partir de la stratégie, mais c'est également le moyen de garantir une stratégie sur un horizon de temps important, un horizon qui dépasse la durée de l'exercice du mandat présidentiel. La planification est le garant de la volonté gouvernementale, de la volonté nationale.

8 Joël Schmidt, Naissance et mort des républiques françaises, desclee de brouwer

by Olivier Avenel | septembre 23, 2013 3:00

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<Absract>

En délaissant l'apprentissage des langues mortes, on a perdu les fondements de notre histoire. Il suffit en effet de se plonger dans l'antiquité romaine pour comprendre combien une république est fragile. César puis Auguste furent les fossoyeurs d'une organisation politique visant la démocratie. De même, en France, les républiques furent ébranlées, mal menées. Qu'en est il de notre actuel régime ? Joël Schmidt revisite ici les naissances et les morts de nos républiques ; il en montre la fragilité.

</Abstract>

<Sommaire>

<Chapitre 1>De l'utilité de l'histoire romaine et du latin</Chapitre 1>

<Chapitre 2>La première république française</Chapitre 2>

<Chapitre 3>Lente montée vers une deuxième République</Chapitre 3>

<Chapitre 4>La troisième république: elle met neuf années à naître</Chapitre 4>

<Chapitre 5>Une quatrième république, soeur de la troisième république</Chapitre 5>

<Chapitre 6>Une cinquième république faite à la mesure du général de Gaulle</Chapitre 6>

<Chapitre 7>Une sixième république ?</Chapitre 7>

<Chapitre 8>La tunique de Nessus</Chapitre 8>

</Sommaire>

<Auteur>

Joël Schmidt

Wikipedia fr: http://fr.wikipedia.org/wiki/Jo%C3%ABl_Schmidt

</Auteur>

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8.1 Commentaire général

Dans un premier temps on constate que l'auteur, parmis tant d'autres dans la rumeur médiatique, prend la défense de l'histoire gréco latine et souhaite en imposer l'apprentissage à l'école publique. Nous objecterons que l'intérêt de l'histoire greco-latine est plus faible que l'histoire de la révolution française et ce qui la suit . Plus de mille ans d'apprentisage organisationel et d'innovation technologique les séparent, ce qui en fait une période plus riche en information et en proximité que ne l'est la période romaine.

On remarquera également que l'auteur décrit de façon succinte, l'ouvrage est court, la formation des différentes républiques françaises et que cela constitue en soi une observation de la complexité à mettre en place une intelligence collective, une organisation étatique. C'est précisément cette complexité, ainsi que son ingénierie sociale et technologique qui explique l'échec des différentes républiques pour revenir à une forme plus simple et potentiellement plus efficace sur le court terme, la monarchie ou l'empire dont la durée de vie est limitée à cause de son caractère rudimentaire, exploitable, et dont la fondation repose sur la domination.

On notera des éléments historiques concernant la formation du système juridique. (Code civil, constitution ...)

On remarquera que l'auteur présente la construction de la république comme une lutte, une guerre ou une compétition sans forcément en décrire l'architecture de façon explicative. On fera un parallèle entre la construction républicaine et la construction démocratique qui forment ce que l'on décrit comme un équilibre coopératif moteur. C'est précisément la construction de l'équilibre coopératif qui permet la stabilité de la république et de la démocratie, victimes toutes deux de l'équilibre attracteur de la compétition, attraction qui se traduit par un affrontement et un retour à un fonctionnement primitif, un ensauvagement dont nous suggérons l'endogénéité biologique.

On remarquera que l'auteur n'évoque pas la construction sociale du peuple français autour de la république. L'organisation sociale politique et économique étant, selon notre opinion, commune avec l'architecture de l'Etat, représentation concrète de la république, il serait intéressant de constater en quoi la formation d'un système de castes d'origine monarchique se poursuit dans une république et une démocratie, constituant ainsi un des germes de son instabilité.

On conclura par le fait que s'intéresser à la république gréco-latine consiste surtout à s'intéresser à la république privée de son "ciment" coopératif, la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et qu'une étude de l'innovation mathématique et technologique de la fin du XXième siècle, la théorie des jeux, est peut être plus utile pour comprendre la naissance et la mort des républiques après la révolution française.

9 Claude Ménard, L'économie des organisations

by Olivier Avenel | août 13, 2013 3:37

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<Abstract>

L'actualité récente (crise du système bancaire, délocalisations, crise de l'investissement, multiplication des formules partenariales) met au premier plan les stratégies complexes des acteurs économiques. Elle révèle combien nos économies ne se résument pas aux marchés, mais se composent d'un assemblage complexe de modes d'organisation (marchés, entreprises, alliance stratégiques, franchises, coopératives, organisations charitables, organisations publiques...) qui rendent possible les transactions structurant l'activité économique.

Cet ouvrage analyse les caractéristiques de ces modes d'organisation et les arbitrages que leur diversité impose. Il porte une attention particulière aux questions suivantes: que recouvre le terme "organisations" ? Quels sont les dispositifs de coordination mis en oeuvre ? Quelles incitations amènent les agents à coopérer ? Comment les conflits se résolvent-ils ? Et quel impact les réponses à ces questions ont-elles sur la théorie "standard" ?

</Abstract>

<Sommaire>

<Chapitre 1>Un paysage complexe et varié</Chapitre 1>

<Chapitre 2>Organisations et coordination</Chapitre 2>

<Chapitre 3>Incitation et coopération</Chapitre 3>

<Chapitre 4>Structures organisationnelles: une dynamique complexe</Chapitre 4>

</Sommaire>

<Auteur>

Claude Ménard. D'origine canadienne, Claude Ménard est professeur de sciences économiques à l'université Paris-I-Panthéon Sorbonne et rattaché au Centre d'économie de la Sorbonne. Membre fondateur et ex- président de l'international Society for New Instituional Economics, il a été professeur visiteur dans plusieurs universités étrangères prestigieuses.

Web: http://claudemenard.net/fr/accueil

Web: http://www.univ-paris1.fr/recherche/page-perso/page/?tx_oxcspagepersonnel_pi1[uid]=menard&cHash=609642864dcc0e187c34413857675499

</Auteur>

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admin dit :

9.1 Un paysage complexe et varié

(...) Une deuxième approche, dite des droits de propriété, prend son essor à la suite d'un article remarquable de Grossman et Hart (1986), en partie anticipé par Alchian (1965). cette théroie établit un lien entre l'allocation des droits de propriété et l'allocation des droits de décision, avec l'idée que les modalités d'allocation de ces droits déterminent les incitations à consentir des investissements spécifiques, contribuant ainsi à délimiter les frontières de l'entreprise et, plus généralement de l'organisation.
Les deux approches précédentes sont souvent regroupées dans la théorie dite "des contrats incomplets", par opposition à la théorie dite "des contrats complets", fondée sur les modèles d'agence qui émergent à peu près de la même période. Ce dernier cadre est concerné au premier chef par un problème qui excède celui posé aux organisations: comment "un principal", doté d'une fonction objectif, peut il amener un ou des "agents", ayant leurs intérêts propres et dont il ne peut observer et/ou vérifier tous les comportements, à entreprendre des actions conforme à ce qu'il souhaite ? L'analyse des incitations devient alors centrale.

Ces éléments confirment nos observations de l'économie internationale et évoquent implicitement les fondations théoriques de ce que nous avons appelé en Europe, la mondialisation. Il convient de rappeler que des auteurs comme Libicki (Martin C. Libicki, Cyberdeterrence and cyberwar, Rand corporation) décrivent explicitement des mécanismes de guerre économique, comme les attaques de Supply Chain, ce qui nous permet ainsi de comprendre l'aspect centralisé et planifié de l'économie. Ainsi, même si l'auteur les oppose, nous ne voyons aucune opposition entre la théorie de l'agence et celle de des droits de propriétés et de décision, tous deux éléments d'un débat démocratique visant à justifier une planification stratégique dans le domaine économique à un niveau gouvernemental, servant les intérêts de la nation (nation's building) sur le territoire national et structurant la politique étrangère.
Le point n'est pas anodin dans la mesure où des pays comme les USA ou la Chine comprennent très bien cette façon de penser qui découle directement de la définition de l'empire et qui s'appuie sur le patriotisme. Alors qu'en Europe, des pays comme la France peinent toujours à élaborer des éléments de réponse significatifs à la perte de souveraineté économique et à son corrolaire, la désindustrialisation provenant directement de la compétition avec des pays qui ont mis en place une approche de planification stratégique.

(...)
On distingue donc les marché, dont les marchés "spot" fournissent un cas exemplaire avec leur dénouement quasi instantané des transactions ; les arrangements hybrides, typiquement les franchises, joint-venture et autres alliances stratégiques; et les organisations intégrées, exemplifiées par l'entreprise.

L'auteur décrit 3 formes d'organisation, se caractérisant par un degré d'intégration et un controle stratégique. On s'étonne que l'auteur reste dans le domaine économique, sans oser franchir la frontière avec la science politique et qui consisterait à placer le contrôle stratégique sous la responsabilité de l'Etat.
On remarquera également que l'aspect centralisé que nous évoquions précédemment implique une intégration qui peut se faire au moyen du système d'information structurant. En d'autres termes l'intégration d'un système d'information national comme Facebook, Google ou Twitter est structurant pour l'organisation en lui permettant d'affirmer son existence dans le domaine social mais également dans le domaine économique et politique.
On comprend alors aisément la nécessité de placer le contrôle stratégique de l'organisation sous la responsabilité de l'Etat.

Les marchés
(...) De façon générale, cet encastrement instituionnel des mécanismes de transfert de droits par le marché conduit à une grande variété de formes: le marché des diamantaires d'Anvers a une organisation très différente du marché alimentaire de Rungis ou du marché spot du pétrole de Rotterdam. Sous cette diversité, on retrouve cependant des caractéristiques communes qu'on résumera ainsi: un marché est un arrangement institutionnel fait de règles et de conventions qui fournissent un support au transfert sur une large échelle de droits d'usage entre décideurs indépendants, transferts guidés par les signaux prix.

(...) Il y a alors renversement de la perspective néoclassique traditionnelle : les institutions ne sont pas exogènes, mais inhérentes au dispositif qu'on appelle marché.

Les organisations
Au regard de ce qui précède, les organisations intégrées se différencient par la mise en place de mécanismes de coordination ex ante, balisant les actions des agents par des règles qui résultent de négociations.
(...)
C'est par cette combinaison entre coopération et hiérarchie que l'organisation intégrée se démarque du marché, dont le bon fonctionnement repose sur l'indépendance de décideurs se coordonnant par le mécanisme anonyme des prix. L'organisation suppose au contraire une coordination consciente ex ante des actions des individus et des ressources dont ils disposent. (...)
Obtenir la coopération des agents dans un système hiérarchique à niveaux multiples présente un défi majeur pour l'entreprise tout comme pour un hôpital, une ONG ... ou l'église catholique.

Les hybrides
On retiendra ici le terme hybrides pour désigner ces arrangements institutionnels calés sur des contrats de long terme (ou de court terme renouvelables) entre partenaires qui maintiennent des droits de propriété distincts et préservent leur autonomie de décision tout en créant des dispositifs de gouvernance conjoints sur un segment de leurs droits.

La forme hybride présente ici de façon très diplomatique un ensemble caractérisant le mécanisme de prédation économique et sociale entre organisations. La forme hybride n'a pas vocation à persister dans la durée, elle fait plutôt partie d'un processus de transition avec, par exemple, un processus d'assimilation d'une organisation par une autre.

(...)
Aléas contractuels et mode d'organisation
Les caractéristiques des transactions engendrent ainsi des coûts souvent difficile à détecter ou à anticiper. Il en résulte des aléas contractuels. Ceci est d'autant plus vrai que les agents ont une rationalité limité, de sorte qu'ils ne traitent que d'une partie de l'information complexe associée aux caractéristiques de la transaction ; et qu'ils ont une propension aux comportements opportunistes, cherchant à tirer parti des incertitudes engendrées par la complexité de transactions, dont les caractéristiques peuvent être difficile à observer où à mesurer avec précision, et par les capacités limitées de leurs partenaires à identifier exactement les raisons de leur comportement.

Ce dernier point mesure l'importance de l'informatisation du contrat et de sa négociation.

Les organisations au coeur des économies de marché
(...)En dernier ressort, les marchés n'ont pas de sens sans l'existence d'entités qui organisent en interne et/ou entre elles des transferts de biens et de services qu'elles confrontent aux besoins et préférences des agents.

Ce point illustre l'intérêt de la maîtrise de l'infrastructure du marché. On citera en exemple les fusions acquisitions dans le domaine des opérateurs boursiers (NYSE - EURONEXT et ICE)

admin dit :

9.2 Organisation et coordination

Entropie informationnelle et problème d'optimalité

(...) On dira d'un système d'information qu'il est optimal si et seulement si il véhicule toute l'information et uniquement l'information requise pour une classe d'actions données. Ceci requiert à la fois l'adéquation de la taille du système au volume des messages à traiter, et l'adéquation des informations sélectionnées et transmises aux objectifs visés.

Ces premiers éléments présentent le début d'une justification de l'importante centralisation dans des centres de calculateurs des grands logiciels structurants, comme Google ou Facebook. L'auteur ajoute une contrainte supplémentaire en mentionnant l'adéquation de l'information et des objectifs, illustrant ainsi la nécessité d'avoir une planification stratégique des objectifs au niveau de l'organisation.
Nous rajouterons une troisième contrainte liée à la nature de l'intelligence traitant l'information, et caractérisant le degré de compréhension de l'information par le décideur.

Le rôle des contrats
Un moyen de réduire les problèmes d'information est le recours au contrat. Celui-ci fournit un deuxième outil de coordination essentiel. Outre son rôle de révélateur d'information, il facilite ajustement et contrôle des actions.

Fonction des contrats
Il y a donc tout un ensemble de moyens permettant au contrat de jouer son rôle de coordination. En même temps, on voit bien les défaillances qui peuvent entacher ces moyens dessinant ainsi les limites du contrat, son incomplétude comme outil de coordination. La relation peut être, on le verra, une solution à ces difficultés : le commandement peut compléter ou remplacer le contrat là où l'incertitude est trop forte ou le coût de contractualisation trop élevé.

On remarquera que la nature contractuelle de l'organisation est une forme d'acquis social par rapport à l'esclavage qui prédomine dans la société jusqu'à des époques encore récentes. On remarquera également que la nature contractuelle de l'entreprise nécessite l'existence d'un système juridique et donc d'une organisation étatique ayant une représentation officielle.

La hiérarchie comme mode de coordination
Conditions d'efficacité

La capacité de la hiérarchie de coordonner et mettre en oeuvre avec efficacité ces décisions détermine un "équilibre organisationnel". Cet équilibre dépend de la qualité du commandement, mais aussi de l'information dont la hiérarchie dispose et de l'adéquation des contrats sur lesquels elle s'appuie.

admin dit :

9.3 Incitation et coopération

(...)
Ainsi parlera-t-on de coopération au sens fort lorsuque les agents consentent des efforts conjoints, sans être capable ex ante de déterminer avec certitude s'il en résultera des gains à partager, et sans être sûrs qu'ils obtiendront ex post une part équitable des gains éventuels.

Les incitations fondées sur l'espérance de gain

Un déterminant central des comportements coopératifs: les motivations

(...)
C'est que toute organisation est un lieu de socialisation où s'ancrent des comportements mus par des principes tels que le fair play ou l'équité. La compréhension de ces motivations, en partie déconnectées des incitations matérielles, est essentielle pour saisir ce qui se passe entre agents dans une organisation intégrée, enre entreprises impliquées dans des arrangements hybrides ou même entre offreurs et demandeurs sur le marché.

La cohésion par les valeurs propres

(...) En insistant sur la dimension sociales de l'organisation, March et Simon avaient pourtant ouvert la voie ; et Arrow était allé plus loin en notant que l'organisation intégrée existe par sa capacité à tirer avantage de la supériorité des actions collectives sur les actions individuelles, ce qui requiert le développement de comportements coopératifs adossés à des "valeurs".

Fonctions économiques de la culture d'organisation
En nous inspirant de Schein (1985), on définira la culture d'organisation comme l'ensemble articulé des valeurs qu'une organisation a inventées, découvertes ou développées en apprenant à surmonter ses problèmes internes ou d'adaptation à l'environnement, valeurs qui ont suffisament bien fonctionné pour être transmises aux agents comme la façon correcte de percevoir, de penser et de réagir face à des problèmes similaires.

On remarquera que le propos prend un sens fort lorsque l'organisation caractérise la nation ou l'empire. La mutualisation des infrastructures de communication servant à véhiculer la culture de l'organisation, comme pourrait l'être Hollywood, est en effet d'une grande efficacité au niveau du résultat et du rendement financier.

(...)
La littérature récente confirme cette définition en mettant l'accent sur la culture d'organisation comme construction d'une véritable carte cognitive à l'usage des agents : elle fournit un support à un savoir commun cristallisé par des faits stylisés, des routines, des conventions et des codes qui se traduisent par des règles de comportement et d'action ayant valeur normative.

Incitations et motivations: des problèmes de gouvernance

Tout ce qui précède fait clairement apparaître que l'organisation intégrée ne se résume pas à une fonction de production, et que l'arbitrage entre modes d'organisation ne se réduit pas à des problèmes d'incitation pensés strictement en termes d'espérance de gains. Plus encore: nombre d'études récentes exhibent la possibilité de graves distorsions lorsqu'on s'en tient à la seule logique des récompenses matérielles.

admin dit :

9.4 Structure organisationnelles : une dynamique complexe

(...) Une difficulté de l'approche par les stratégies tient au fait que celles-ci résultent souvent de coalitions entre groupes d'intérêt, non de choix rationnels. Dans un article précurseur, James MArch (1962) définissait ainsi l'entreprise comme coalition "politique", où les choix résultent de l'intersection entre les fonctions de préférence des stakehiolders. Dans cette lignée, la structure d'une organisation résulte de l'allocation des droits par une coalition dominante fondée sur des intérêts spécifiques et partiellement divergents.

Cet élément est à rapprocher de la nature de l'organisation gouvernementale, de l'organisation de l'Etat. D'après notre analyse sur Joël Schmidt, Naissance et mort des républiques françaises, desclee de brouwer, il semble en effet que la présente description de l'organisation est un état naturel, un équilibre attracteur engendrant la compétition en quelque sorte, dont les seules fondations reposent sur la nature grégaire des individus, le clan. C'est pourquoi il serait intéressant d'étudier l'histoire des républiques françaises depuis la révolution de 1789, élément historique significatif de progression vers la démocratie et la république.

(...)
Innovation et institutions: une interaction incontournable
(...)
Le second exemple a trait au rôle de la politique industrielle. Celle-ci peut être explicite, comme ce fut et reste en partie le cas en France, au Japon et en Chine, l'Etat intervenant directement dans la structuration de secteurs industriels entiers, favorisant l'émergence de "champions nationaux", etc. Elle peut être déguisée, comme l'usage massif des dépenses militaires aux Etats-Unis pour favoriser la recherche technologique et, là aussi, susciter de nouvelles entreprises ou intervenir sur l'organisation de celles qui existent déjà.

(...)
Des travaux plus récents vont encore plus loin dans l'analyse des interactions entre institutions et modes d'organisation en opérant une distinction entre société d'accès ouvert (open access societies), particulièrement favorables à l'innovation, et les sociétés fermées (limited access societies), où le contrôle politico-social freine fortement l'innovation.

admin dit :

9.5 Conclusion

(...)
L'économie des organisations a mis en place et développé un programme de recherche cohérent et progressif, orienté vers l'exploration de questions jusque-là négligées par l'analyse économique. Elle a mis ou remis dans l'agenda des théoriciens des problèmes au coeur du fonctionnement d'une économie de marché. Le dynamisme de ce programme de recherche lui garantit un long avenir.

10 Isaac Lewendel, Vichy, La pègre et les Nazis, Nouveau monde éditions

by Olivier Avenel | août 12, 2013 8:29

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<Abstract>
La persécution des juifs dans la zone libre culmine avec la déportation des juifs étrangers en août 1942.
Un changement important survient après l'invasion de la zone sud, le 11 novembre 1942. Le gouvernement de Vichy commence à "trainer la patte". De leur côté, les allemands doivent faire face à leur méconnaissance du terrain et de la langue française, et sont accaparés par des problèmes d'ordre militaire, laissant peu d'effectifs disponibles pour la "chasse" aux juifs. Ils décident de faire appel à des membres de la pègre locale. ces individus louches travaillent alors sur tous les fronts de la répression: renseignements sur le maquis, arrestations de réfractaires au STO, fourniture de marchandises diverses, lutte contre le marché noir, arrestations de Juifs, tout ce qui importe aux polices allemandes.
Les détails de la politique antisémite des nazis et de Vichy ainsi que les mécanismes de la collaboration avec les éléments du crime organisé n'ont jamais été aussi précisément décrits. Cet ouvrage deviendra sans aucun doute une référence majeure pour les historiens comme pour le grand public.
</Abstract>
<Sommaire>

<Chapitre 1>Les oubliés de l'Histoire</Chapitre 1>
<Chapitre 2>Le commissariat général aux questions juives</Chapitre 2>
<Chapitre 3>Henri de Camaret, le délégué du CGQJ pour le vaucluse, et son réseau</Chapitre 3>
<Chapitre 4>Jean Lebon, le procès</Chapitre 4>
<Chapitre 5>Un réseau de profiteurs de biens juifs patronné par l'Etat</Chapitre 5>
<Chapitre 6>Régis d'Oléon, le chef de la légion française des combattants du Vaucluse</Chapitre 6>
<Chapitre 7>La racaille à l'état pur</Chapitre 7>
<Chapitre 8>Les favoris de l'Allemand, Wilhelm Müller, chef du SiPo-SD d'Avignon</Chapitre 8>
<Chapitre 9>La bandde à Palmieri au service du SiPo-SD, Crapules idéologiques ou idéologues crapules? </Chapitre 9>

</Sommaire>
<Auteur>

Isaac Lewendel. Né à Avignon en 1936, Isaac Lewendel fut cadre dans les télécommunications, puis historien. Il a publié Un hiver en Provence avec une préface de Robert O. Paxton (éditions de l'Aube, &996), ouvrage pour lequel il a reçu le Prix franco-européen. Né à Marseille en 1946, Bernard Weisz fut enseignant puis journaliste à Paris. Il a participé à plusieurs documentaires et publié trois ouvrages.

Web: http://www.levendel.com/html/isaac_lewendel.html
</Auteur>

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One Comment
admin dit :

10.1 Commentaire général

L'ouvrage décrit de façon intéressante l'architecture de l'organisation Vichyste et de la collaboration avec les Nazis. On remarque en effet l'organisation intégrée et monopolistique qui descend du pouvoir supprême et centralisé Pétainiste pour former une bureaucratie de notables à vocation idéologique et économique, la légion, et qui s'appuie sur le recours à la force, le bras armé, la milice composée de petits voyous issus du milieu mafieux méridional.

On remarquera d'une part que la cohésion de l'ensemble repose sur l'argent mais surtout sur le passé criminel de la milice, obligeant ses membres à une fraternité complice de loi du silence, étant de fait exclus à vie de la société à vocation positive et industrieuse. Elle relève du domaine de l'information privée.

On remarquera également que cette cohésion est de type "naturelle", elle se forme naturellement sans volonté collective d'architecture autre que celle du chef, qui s'impose par la violence et la ruse. La notion de chef est l'incarnation de la suprématie et du recours à la force dans le cadre de la loi du plus fort, élément de dernier jugement pour une population sans éducation. C'est précisément l'unicité et la malléabilité de l'incarnation de cette volonté rendant possible la cohésion de l'organisation, en la personne du chef, qui permet aux nazis d'exploiter une action collective à grande échelle à leur profit.

On remarquera que la personne du chef que l'on peut également associer à la notion de "roi", est une image fédératrice pronant une organisation centralisée et dont le monopole exclusif de l'activité sociale est rendu nécessaire par l'usage de la violence physique, morale ou économique. Cette façon naturelle d'organiser la société est toujours prédominante aujourd'hui dans la France du début du XXIième siècle.

D'autres éléments ultérieurs nous montrent que l'organisation sociale et politique marseillaise est structurée de force par la pègre autour du chef : Le parrain marseillais ou le parrain corse.

On remarquera également que la chasse aux juifs perpétrée par les miliciens et collaborateurs français trouve son origine dans une raison économique. C'est en effet l'insatisfaction économique d'une grande majorité de français qui permet aux idées racistes et ségrégationnistes nazies de se répandre dans la société à la recherche d'une solution, d'un bouc émissaire, d'une victime expiatoire. De ce point nous tirons plusieurs conclusions. La première est qu'il n'est pas nouveau en ce début du XXIième siècle de voir la promotion sociale bloquée en France, provocant ainsi des actions antisociales pour se réapproprier ce à quoi il est nécessaire d'aboutir, le respect de la réussite ayant pignon sur rue, le pouvoir d'une identité forte. Un autre élément d'analyse nous dépeint le français "moyen" comme une crapule sans scrupules, mal élevée, mal dégrossie et incapable d'amour, de bienveillance. Ce dernier point illustre assez bien l'absence de métaphysique, de philosophie utile pour vivre, pour affronter l'adversité, et qui ressort traditionnellement du domaine de la religion. C'est l'incarnation génétique, le fait d'être un bon "aryen", qui justifie la plupart des comportements alimentaires, sociaux et politiques, y compris ceux conduisant au génocide, à la shoah.

11 M. Maffesoli, L'ombre de Dyonisos, Cnrs éditions

by Olivier Avenel | août 12, 2013 6:53

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<Abstract>

"Il est certain que la circulation du sexe, l'éclatement initiatique du soi, l'effervescence orgiaque renvoient à l' "extase", à l'outrepassement de l'individu dans un ensemble plus vaste. Et il est frappant de constater que la domestication des moeurs, l'idéologie du risque zéro, l'asepsie de l'existence, les divers changements socio-économiques, les développements scientifiques et techniques n'ont en rien amoindri cette pulsion à l'errance."

 

</Abstract>

<Sommaire>

</Introduction>

<Chapitre 1>La vie improductive</Chapitre 1>

<Chapitre 2>Le divin social</Chapitre 2>

<Chapitre 3>L'union cosmique</Chapitre 3>

<Chapitre 4>L'orgiasme comme facteur de socialité</Chapitre 4>

<Chapitre 5>Bacchus fédérateur</Chapitre 5>

<Chapitre 6>La banale confusion</Chapitre 6>

</Sommaire>

<Auteur>

Michel Maffesoli est membre de l'institut universitaire de France, et directeur du Centre d'études sur l'actuel et le quotidien et du Centre de recherche sur l'imaginaire. Il est auteur de plusieurs ouvrages, dont le temps des tribus.

Wikipedia FR: http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Maffesoli

web: http://www.michelmaffesoli.org/

<Auteur>

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4 Comments
Olivier Avenel dit :

11.1 A l'ombre du dieu aux mille noms.

Il est fréquent qu'une valeur qui s'achève connaisse, in fine, un retour de flamme. Et l'on se souvient du légendaire chant du cygne par lequel ce dernier, en mourrant transforme son cri rauque en langoureuse, mais bien inutile mélodie. C'est bien ainsi que l'on peut comprendre les diverses chansonnettes sur la valeur travail, et autre complaintes sur le taux de croissance ou le fameux pouvoir d'achat ! Elles sont d'autant plus ignorées. Comme si, en profondeur, la vie se résumait au souci d'un Plan d'Epargne Logement ! Je me suis expliqué dans un précédent ouvrage (Apocalypse, CNRS Editions, 2009), la prétendue Crise Economique (PEC) n'a pas d'autres sources. Elle est avant tout civilisationnelle. Elle est, au plus près de son étymologie (krisis), un jugement porté sur ce qui s'achève. Jugement que les valeurs dionysiaques fulminent contre la prévalence promothéenne de la valeur travail et du tout économique.

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Ce point en première partie du livre, amorce une réflexion sur La crise économique. Celle ci n'étant pas datée nous ne pouvons situer de quelle crise il s'agit (2000, 2008, ...). Nous remarquerons dans un premier temps la tendance du propos à en trouver une cause endogène à la population, la civilisation, et amorçant une rupture, un changement vers autre chose, un abandon de ce qui a été.
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Il y a comme une odeur d'incendie dans l'air du temps. Et, de diverses manières, il s'agit de brûler sa vie par tous les bouts, ou, ce qui revient au même, de ne pas perdre sa vie à la gagner. Voilà bien en quoi une mythologie de la consumation tend à prendre la place du mythe, quelque peu usé et défraîchi, du couple production-consommation.

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On remarquera dans un premier temps, le fatalisme du propos qui ne nous permet pas d'en dégager l'objectif de façon évidente. A quoi sert-il de constater ce phénomène ? Cette question en suspend nous suivra lors de la lecture de l'ouvrage.
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(...)

Le fait de consumer un tel objet n'est pas un acte politique comme il est fréquent de l'analyser. Mais plutôt une posture ludique. Une antique structure anthropologique plaçant la destruction au coeur même de la construction.

(...)

Faire de sa vie une oeuvre d'art ! Mettre toutes choses et tous sur la place publique s'inscrit bien dans cette esthétisation de l'existence où ce qui importe, avant tout est d'éprouver passions et émotions communes. De ce point de vue, l'esthétique sert de ciment éthique. Alors qu'il était, dans les sociétés traditionnelles, un élément de la vie de tous les jours, l'art progressivement, a été momifié. Mis à l'écart, séparés du quotidien, la création, la créativité, le jeu, l'imagination contaminent à nouveau l'existence de l'homme sans qualité. Nietzsche est mort fou d'avoir eu cette intuition en ce moment ou ce n'était pas de mise.

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On remarquera que l'auteur emploie des mots dont la sémantique commune, véhiculée dans le langage courant n'en dégage pas suffisament les fondations scientifiques. Nous prendront comme exemple l'interprétation de la sémantique du mot jeu (ludique, le jeu) à la lumière de la détermination mathématique en théorie des jeux et son interprétation en language courant. Le jeu se comprend intuitivement dans le langage courant alors qu'il nécessite une étude de plusieurs années dans le domaine scientifique (en théorie des jeux). La référence à Nietzsche nous surprend également.

Nous soulignons le fait car nous condamnons l'hermétisme dans les publications scientifiques, et notre première impression est que l'auteur survole des concepts très importants avec des remarques pertinentes mais dont l'accessibilité est réservée aux initiés ou aux élus auxquels l'ouvrage est destiné.

Après relecture, il s'agit de la préface et non du document en lui même. L'aspect romanesque du contenu nous avait étonné, mais il ne s'agit que de la préface. Nous conserverons les commentaires pour mémoire pour la suite.

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On peut, à cet égard, se souvenir d'un passage très instructif de La Cité de Dieu (XII, 14,1) dans lequel Saint Augustin vitupère, avec fermeté, les "sages de ce monde qui ont cru devoir introduire une marche circulaire du temps pour renouveler la nature". Le mythe, en effet, renvoie à la renaissance périodique de toute chose. Cercle ou spirale, car les choses ne reviennent pas exactement au même niveau. C'est ainsi que la société du travail est en train de laisser la place à celle de la création.

Que nous vivions une ère de bouleversement est, maintenant, chose admise. (...)

(...) En effet de diverses manières, en particulier pour ces jeunes générations, qui sont déjà la société de demain, l'on sent bien que l'essentiel de l'existence ne consiste pas à perdre sa vie à la gagner. L'impératif tu dois, laisse progressivement la place à l'optatif il faut bien.

Ce point marque assez bien le niveau d'intellectualisation où se situe l'auteur. Même si, nous tenons à le souligner, nous avons des opinions similaires à celle de l'auteur sur un certain nombre de points, nous voudrions remarquer qu'une approche sociologique consisterait surtout à mentionner que le moteur de la promotion sociale, une fois de plus défaillant en France, oblige dès le début de leur carrière les jeunes salariés à abandonner un espoir de réussite. L'abandon de cet espoir de réussite est la conjonction de plusieurs facteurs dont le manque de modèles francophones auxquels s'identifier, l'abrutissante sélection dans les formations qui consiste à choisir des étudiants au profil psychologique fragile (menteur poli, attraction à la compétition, anorexique-boulimique, conformisme ...), la pratique de l'orgie dès le plus jeune age favorisant une mauvaise santé du cerveau dès le début des études, et une conjoncture économique de perte d'influence dans la société mondiale.
Ces éléments cités à titre d'exemple expliquent ainsi les raisons d'une perte d'apétence pour le travail que l'auteur semble expliquer par un certain fatalisme philosophique qui n'aide en rien à en comprendre les mécanismes. Nous verrons dans la suite de l'ouvrage si cette opinion se confirme.

Prométhée laisse la place à Dionysos

Dans cette perspective, qu'est ce que la création, sinon la capacité de mobiliser tous ces paramètres humains que sont le ludique, l'onirique, l'imaginaire collectif ? La Renaissance fut un de ces moments où banquiers, entrepreneurs, artistes et aventuriers de tous ordres pensaient la vie sociale comme un tout. Et agissant en conséquence. C'est quelque chose de cet ordre qui s'exprime dans les mythes "holistiques" de la postmodernité naissante.

(...)Globalisation aidant, le propre de la mythologie postmoderne est de mettre l'accent sur la synergie existant entre le plaisir archaïque du bien-être et le développement technologique.
(...)Affecté par les autres, par le sacré, par la nature, par les humeurs (personnelles, collectives). C'est bien cela qu'il convient de penser: la mutation d'une existence dominée par le matérialisme moderne, c'est à dire quelque peu datée, vers une autre manière d'être ensemble où l'immatériel retrouve force et vigueur.

D'autres études menées en parallèle à cette analyse, nous parle d'ensauvagement (Thérèse Delpech, l'ensauvagement, Grasset). Le décalage entre la recherche de l'immatériel et le comportement individuel nous montre depuis 1968 et la recherche spirituelle en Inde des hippies, que les pays occidentaux ont une difficulté à comprendre, à faire une étude systématique et rationnelle de ce qu'il y a derrière la notion d'immatériel.

Olivier Avenel dit :

11.2 Introduction

Il peut paraître paradoxal de voir dans l'orgiasme une des structures essentielles de toute socialité.
(...)
Tout d'abord, on peut faire ressortir que l'individu et le social qui lui est corollaire tendent à s'effacer dans le confusionnel. A l'encontre de qui a prévalu dans notre modernité, l'orgiasme met davantage l'accent sur le tout ou sur la correspondance des divers éléments de ce tout. Ensuite, il s'agit de remarquer que cet orgiasme qui peut paraître atomique à bien des égards, permet de structurer ou de régénérer la communauté. A l'encontre d'une morale du "devoir être", il renvoie à un immoralisme-éthique qui consolide le lien symbolique de toute société.
(...)
On peut enfin relever une interrogation diffuse qui parcourt l'ensemble de ce livre: est ce que l'orgiasme à sa place dans une analyse propective, ou en faisant référence à des figures mythiques, est que le laborieux Prométhée n'est pas en train de laisser la place à l'innommable Dionysos ?

On remarquera que l'auteur évoque régulièrement le dualisme (Construction- destruction, immoralisme-éthique, ...) pour justifier une construction de la société. Notre opinion diverge dans le sens où ces dualismes que l'on peut ramener au dualisme primaire coopération-compétition sont un phénomène naturel dont il faut maîtriser la permanence et non souhaiter ou adorer leur présence.
On remarquera également que la sociabilisation par l'orgie est quelque chose que nous avons observé et que cette sociabilisation relève du partage de l'information privée dans un cadre qui serait similaire à la formation de l'omerta, élément de cohésion du groupe à vocation criminelle.

1. Vers un ordre confusionnel
L'orgiasme est avant tout une manière de poser le problème de la socialité ou de l'altérité. Pour ce qui regarde notre histoire, le processus civilisationnel ou la domestication des moeurs s'est avant tout fondé sur ce qu'il est convenu d'appeler le "principe d'individuation".

Individuation (web): http://fr.wikipedia.org/wiki/Individuation,

(...) Risquons-le d'un mot: tout comme l'individualisme semble exténué, le social est quant à lui "bien fatigué". C'est à partir de cette hypothèse que commence ce travail (Ch I).
Une trop longue accentuation de l'individu, puis de l'individu social a pu faire oublier ce qui pour l'homme est précisément primordial, à savoir, pour être très général, "l'être-ensemble". Louis Dumont faisait remarquer que le propre de la sociologie est le "holisme", il convient donc de penser ce "tout" d'une manière conséquente. Ainsi pour reprendre d'une manière inversée la terminologie de Durkheim, au-delà du social ou s'exprime la solidarité mécanique (culminant à la fin du siècle dernier), on essaiera d'observer la socialité qui renvoie à la solidarité organique où se correspondent dans un mouvement sans fin le rapport au cosmos et le rapport à l'autre. Le mystère dionysiaque étant alors une manifestation bien typée d'un tel sens du collectif réalisé.

On remarquera que cette analyse consiste à observer un abandon de l'individualisme au profit du groupe, de la horde, comme un retour à un état "non domestiqué" (sous entendu auto-domestiqué). On poursuivra l'analyse en observant parallèlement un retour à des fondations naturelles de la société, s'appuyant sur des mécanismes intellectuels rudimentaires et héréditaires, la tribu, le clan, et un abandon des structures institutionnelles dont l'architecture et l'organisation repose sur la technologie (administration publique au profit de la réduction des déficits, système d'information papier ou numérique au niveau national au profit d'"internet", infrastructure des places publiques au profit des places privées, ...).

(...) Ce que l'on veut dire par là, c'est que l'individu n'est plus, pour reprendre une vielle terminologie qui a l'avantage d'être précise, le terminus a quo de toutes choses, tout comme l'Etat, dans ses variantes, n'en est plus le terminus ad quem. Il ne faut pas conclure qu'il s'agit là d'un processus d'uniformisation, bien au contraire.
(...)
On s'accorde de plus en plus à reconnaitre que l'existence sociale est avant tout théâtrale, et dans ce cadre, chaque scène, aussi minime et aussi "sérieuse" soit-elle, est en fin de compte importante. Que ce soit la scène politique (cf Balandier), les scènes de la vie quotidienne ou celle des spectacles proprement dits, il convient d'y bien tenir son rôle.

Notre propre analyse repose sur l'étude des jeux sociaux dans la société. Ces jeux sociaux de diverses formes ont souvent pour point commun de dissimuler une forme de prédation (prédation économique, prédation psychologique, prédation sexuelle, ...). Dans ce cadre on pourra citer en exemple la tauromachie ou les jeux de gladiateurs dans l'antiquité qui ont pour point commun un jeux social auquel s'identifie le spectateur et qui consiste au final à jouer avec la vie de quelqu'un, un animal ou un être humain. Aujourd'hui la télévision et le cinéma ont remplacé les mises à mort par des mises à mort virtuelles, simulées. Le jeu social de substitution dans la vie quotidienne consiste alors à exercer le pouvoir de prédation dans le cadre économique, au moyen de la contrainte budgétaire ou, autre exemple, dans le cadre organisationnel, avec la domination hiérarchique.
On ajoutera également que le jeu social à vocation prédatrice trouve son origine dans une dépersonnalisation du joueur prédateur, un problème d'identité qui nécessite le recours à la violence, à la prédation pour affirmer son existence dans la société dans des cas de figure qui vont de la simple survie alimentaire à la nécessité d'être le chef, le roi. On s'appuiera sur le concept de pyramide de Maslow pour illustrer le rapport entre l'identité de l'individu et son action dans la société.
On peut également ajouter que la théatralisation de l'existence est quelque chose de naturel, d'endogène à la biologie des individus et qui a permis la première construction sociale, la formation de la horde, du clan, celle sur laquelle s'est appuyée le développement de la civilisation.
On remarquera que ce n'est qu'avec l'apparition des premiers équilibres coopératifs (que nous appelons moteurs), tels que la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, que le jeu social a perdu son caractère mortel (gladiateurs, esclavage, ...) pour devenir une forme d'exploitation économique contractuelle.

En parlant du symbolisme, d'une façon tout à fait actuelle, Durkheim remarque qu'il ne s'agit pas d'un "simple artifice", mais qu'il permet de faire ressortir tout ce qui dans les faits sociaux transcende les consciences individuelles, et il résume ainsi son analyse: "La vie sociale, sous tous ses aspects et à tous les moments de son histoire n'est possible que grâce à un vaste symbolisme".
(...) Quoi qu'il en soit ce à quoi renvoie le symbolisme, c'est la prééminence du groupe.
(...) C'est dans cette perspective symboliste que l'on peut apprécier l'orgiasme. En effet dans celui-ci la socialité se met en oeuvre au travers de figures à la fois bien typées et mouvantes qui permettent à chacun d'actualiser toutes ses potentialités. c'est dans et par le collectif que tout un chacun s'épanouit, épanouissemnt qui à son tour conforte le bien-être commun.
(...) Là, dans la cruauté comme dans la tendresse, chaque élément a sa place dans une organicité où la seule finalité est un épuisement dans l'acte même qui assure de fait la perdurance du tout. La jouissance et la mort, figures archéttypales de toutes existence, sont ainsi conjointes et se mettent en scène pour rappeler - ce que le mythe de Dionysos (Osiris, Shiva ...) illustre de multiples façons - le cycle de l'éternel retour du même.

L'auteur motive ici une utilisation de l'orgie pour la construction de la société. Notre opinion sur le sujet n'est pas manichéenne, le bien ou le mal. Selon notre étude des philosophies asiatiques, il convient pour chaque individu d'utiliser les techniques et les expédients qui lui sont utiles pour l'étape de la vie dans laquelle il se situe et dans laquelle il veut progresser. Ainsi l'orgie peut avoir une utilité, nous pensons notament à la création d'une fraternité estudiantine permettant l'ouverture et le développement des qualités humaines de l'étudiant introverti. Néanmoins comme nous le préciserons souvent, il convient d'en maîtriser la permanence, et cette maîtrise de la permanence peut également ce faire par une voie opposée à celle de la sociabilisation par l'orgie, celle de l'ascèse que Max Weber appelle l'ascèse du magicien.
Ainsi la sociabilisation par l'orgie ne doit en aucun cas avoir le monopole de la sociabilisation. Il conviendrait de lui préférer une sociabilisation par l'éducation scientifique (l'ascèse du magicien) pour la construction d'une société, d'une nation (nation's building) qui maîtrise son avenir, qui maîtrise sa permanence (Max Weber, L'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme).

(...)
En mimant le désordre et le chaos au travers de la confusion des corps, le mystère dionysiaque fonde périodiquement un ordre nouveau, il souligne aussi la prééminence du collectif sur l'individualisme et son corrélat rationnel qu'est le social.

L'auteur évoque l'orgie sexuelle pour justifier ce dernier paragraphe. Nous soulignerons qu'il prend aussi son sens dans le cadre d'une prédation militaire (la vassalisation) ou dans le cadre d'une prédation de la dignité (L'esclavage).

2. Une vision éthique

Il est peut être plus nécessaire que jamais de faire une distinction entre la morale qui édicte un certain nombre de comportements, qui détermine ce à quoi doit tendre un individu ou une société, qui en un mot fonctionne sur la logique du devoir-être, et l'éthique qui, elle, renvoie à l'équilibre et à la relativisation réciproque des différentes valeurs constituant un ensemble donné (groupe, communauté, nation, peuple, etc.). L'éthique est avant tout l'expression du vouloir-vivre global et irrépressible, elle traduit la responsabilité qu'a cet ensemble quant à sa continuité. En ce sens, elle est difficilement formalisable.

On remarque la notion d'équilibre assimilée à celle d'éthique. Nous objecterons sur son caractère formalisable que l'Asie a produit de très grandes réalisations philosophiques sur l'éthique, comme le traité du Bushido au Japon, ou l'étude de la voie, du Tao en Chine.

(...) Il est possible d'extrapoler, et de dire que l'éthique collective est le sens vécu de la statique et de la dynamique qui constituent une société en tant que telle. A une époque où, suite à l'obsolescence des représentations politiques, nombre de "belles âmes" font profession de moralisme, il n'est peut être pas inutile de rappeler que c'est toujours au nom du "devoir être" moral que se sont instaurées les pires des tyrannies, et que le totalitarisme doux de la technostructure contemporaine lui doit beaucoup. Par contre il est difficile de nier que nombre d'attitudes communément qualifiées d'immorales tirent leur origine d'une indéniable générosité d'être.

La construction de la société, le confucianisme en Asie, le système d'exploitation (ou système opérant) en occident, est en effet un outil dangereux dans la mesure où il est exploité, approprié, monopolisé par un individu ou une organisation dont les valeurs morales sont contraires au respect de la dignité humaine, à l'équilibre coopératif des droits de l'homme et du citoyen. L'objectif ici est de faire de ce système opérant reposant sur l'éthique collective, un système ne pouvant être exploité, un équilibre qui présente des caractéristiques d'attraction ou d'auto-reproduction.
Le propos de l'auteur même s'il présente des observations intéressantes semble assez éloigné de cette construction. L'histoire nous enseigne que c'est le caractère exploitable de l'orgie et du sujet à l'orgie qui provoque l'effondrement des plus grandes civilisations, des plus grands empires.

(...) Son analyse pleine de verve et d'humour est d'un très grand intérêt sociologique, et c'est un peu dans cette perspective que l'on peut, face aux contempteurs de la jouissance et aux tenants du devoir-être, rappeler l'urgence du sensuel qui reste le fondement de toute éthique populaire.
L'orgiasme dans ses modulations paroxystiques comme dans sa pratique quotidienne souligne l'allégrité du "carpe diem" qui fait fi du projet économique et politique, il montre également l'inefficacité des idéologies "vertuistes" qui entendent gérer, domestiquer, rationaliser ce qui ne peut que leur échapper: le jeu de la passion.

En Asie, l'histoire des philosphies nous enseigne que le taoïsme s'est opposé au confucianisme, l'individualisme à l'organisation de l'état. La différence avec l'orgie, telle que nous la connaissons au XXIième siècle, c'est que le taoisme prend ses racines dans le chamanisme et la consommation d' Hallucinogènes et que des siècles d'études et d'ascèse méditative (d'auto-hypnose) en ont fait un art produisant des disciplines sportives, martiales, médicales, musicales, politiques ...
On remarquera que l'auteur condamne le caractère exploitable de la vertu, en faisant l'éloge de la sensualité et de la passion, alors que ces dernières présente ce même caractère exploitable, la prostitution, l'esclavage sexuel en sont des exemples.

(...)
En effet elles ponctuent bien le champ spécifique de l'orgiasme, ou du moins ce qui le rend remarquable pour le sociologue. C'est d'abord qu'il peut être cause et effet de la vitalité sociétale.
(...)
Des jeux pervers du monde enfantin à la lubricité de bon aloi des fêtes populaires, en passant par les arcanes sophistiquées des arcanes amoureuses, l'éventail du jeu passionnel est fort large, d'autant qu'on en retrouve les effets à tous les niveaux de la vie professionnelle. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner si un tel état de fait laisse des traces profondes dans les ensembles de représentations qui nous parlent des sociétés qui se sont succédées dans le temps.

Le moment n'est il pas venu de s'élever au dessus du caractère exploitable de l'orgie pour en faire un outil au service de la santé, au service de l'étude de l'immatériel. L'ascèse méditative est un exemple de domestication de l'orgie permettant à la passion, qui n'est autre qu'une puissante émotion, de transformer la biochimie de notre cerveau pour se mettre au service de soi-même, au service des autres.

(...) On retrouve régulièrement dans le cours de l'histoire humaine divers mécanismes de domestication des moeurs.
(...) C'est un effet de la domestication des moeurs que de faire oublier que l'effervescence est nécessaire à toute structure sociale quelle qu'elle soit. Et quoi qu'en dise Yves Barel qui m'avait critiqué à cet égard, il y a peut être une esthétique du débridement qui n'est naturellement pas le seul fait de marginaux ou de jeunes non encore intégrés, mais qui renvoie à la "part d'ombre" qui toujours taraude la société et chacun de ses membres.

On remarquera que selon l'auteur la société est taraudée, et que la cause est probablement endogène.

(...)Depuis la hiérodulie antique jusqu'à l'errance sexuelle contemporaine, et peut-être même en y intégrant certaines formes de prostitution classique, il y a un éclatement de soi, une manière de se perdre dans un flux sexuel collectif qui conforte une sympathie universelle qui renvoie à la solide organicité des gens et des choses. Pour Baudelaire, "l'être le plus prostitué, c'est l'être par excellence, c'est Dieu". (...)
Prototype et modèle, ce Prostitué Suprême condense sous une forme paroxystique le lien éthique de la sociabilité qui pourra ensuite se diluer de manière diverses.

On peut supposer ici que nous arrivons ici à un objectif politique du discours de l'auteur, qui consisterait à légaliser la prostitution. Personnellement nous sommes contre la prostitution, car elle présente un caractère exploitable similaire à l'esclavage, et qui consiste à vendre le corps humain. Elle provoque également un affaiblissement psychologique de ceux qui s'y adonnent, à tous les niveaux de la société, provoquant par reproduction des mécanismes intellectuels concernant le tabou à la cession, un abandon de l'infrastructure qui permet à la nation de subsister.
Il faut en effet rappeler qu'il est nécessaire d'avoir le choix (un choix informé) pour avoir un rapport sexuel comme il est nécessaire d'avoir le choix pour céder quelque chose.

3. Prospective

L'orgie, si l'on se réfère aux sens qu'en donne le classique dictionnaire de Bailly, exprime toute une gamme de sentiments et de passions. Elle renvoie à la fois à la colère et à la résistance, à l'effervescence et à la douceur, à l'agitation et à l'outrepassement du soi.

Orgie (web): http://fr.wikipedia.org/wiki/Orgie

(...)Elle renvoie à la fois à la colère et à la résistance, à l'effevescence et à la douceur, à l'agitation et à l'outrepassement du soi. Et c'est en les nuançant encore que les situations et les textes qui mettent en scène l'orgiasme font état de ces expressions. Il est de toute façon facile d'observer que celles-ci n'ont rien à voir avec les valeurs auxquelles nous avaient habitués le rationalisme et l'individualisme des XVIIIe et XIXie siècles.

On remarquera que l'auteur ne définit pas explicitement l'orgie, en faisant référence à une définition d'un dictionnaire sans la rapporter. On remarquera également que le mot orgiasme est employé dès le début du livre et qu'il n'est pas non plus défini.
On cite plus haut la définition Wikipedia, qui consiste à y voir une réunion de plusieurs personnes ayant pour objectif la consommation excessive d'alcool, de drogue, de sexe ...

(...) Dans un autre domaine, celui de la littérature, d'une manière d'autant plus paroxistique que l'on essaie d'étouffer son discours, Sade montre à loisir que le matérialisme naissant (dont il est d'ailleurs un théoricien) est impuissant à brider l'irruption du sensualisme et du sexe parfois sanglant. Sade est réprimé, puis ignoré au XIXième siècle, mais son apologie du vice dressée comme une pierre d'attente, trouve un écho puissant dans le XXième siècle finissant.

On s'interroge sur la pratique de l'orgie par l'auteur. Serait-ce un découvreur de l'orgie, quadragénaire sur le tard, qui par sa position sociale intéresse nombre de lobbies désireux de l'adouber à leurs objectifs ? Le point de vue de l'auteur semble en effet assez éloigné d'un adolescent ou d'un jeune adulte ayant expérimenté l'orgie (comme le binge drinking) et qui quelques années de débauche plus tard se retrouve rejeté de l'ascenseur social. De fait cette jeunesse s'est fait consommer par l'orgie, plus qu'elle n'a consommé l'orgie.
On remarquera également que l'effervescence salutaire de l'orgie, mentionnée par l'auteur, ne doit rien au hasard. Il existe toujours dans la société, des endroits de passage inévitables où la rationalisation de la pratique orgiaque sert des intérêts supérieurs comme le commerce ou la politique.

(...)
Il se pourrait que la crise énergétique que l'on s'accorde à trouver menaçante, que l'attention accrue à la qualité de la vie, etc., soient comme autant de manière subtiles et redoutables de répondre au changement souterrain des valeurs. Peu importe la réponse. Il est de toutes façon impossible de résister à terme à une poussée qui, à l'image de son dieu tutélaire, est éclatée et uniforme.
(...)
Ce qui est certain, c'est que la molesse et l'oisiveté, qui pourraient être l'apanage de la bohème ou d'une couche de privilégiés, tendent à gagner du terrain, même si elles n'ont pas encore tous les moyens pour s'affirmer en tant que telles. Bien que ce ne soit qu'une tendance, il semble que la jouissance se banalise et par là rejoigne l'antique figure de l'orgiasme confusionnel. (Ch VII)

On remarquera que le propos de l'auteur sonne plus comme une prophétie que comme une réelle analyse sociologique.
On remarquera également que l'auteur fait souvent référence à la notion de Dieu dans le registre du polythéisme antique (Mythologie grecque ou romaine). Selon notre opinion, il s'agit ici, pour l'auteur, de poser le théatre qui servira de fondation aux jeux sociaux sous jacents et non évoqués qui se dégagent de son oeuvre littéraire. Ce théatre se retrouve d'ailleurs dans de nombreuses oeuvres artistiques (cinéma, roman, télévision, internet, évènements sportifs) contemporains.

Olivier Avenel dit :

11.3 I. La vie improductive

1. La fin de "l'énergétisme"
Avec plus ou moins de sérieux ou d'intérêt, le productivisme, dans ses diverses formes, est maintenant l'objet de critique. Le travail, le progès ne sont plus des impératifs catégoriques. Economistes, experts, philosophes s'accordent pour constater que même dans une perspective linéariste de l'histoire, ces formes ont fait leur temps. La suspicion pèse sur Prométhée.

On remarquera que le propos de l'auteur n'est pas anodin dans la mesure où s'impose par la lecture de l'ouvrage l'abandon du travail, l'abandon du progrès. Ce propos n'est pas éloigné d'une démarche de propagande politique, il conviendra de le vérifier dans la suite de l'ouvrage. En effet, aujourd'hui un peu de géopolitique nous enseigne que la technologie, le progrès est un avantage concurentiel des nations, un avantage militaire, un avantage politique. On pourrait ainsi illustrer par la sentence latine suivante "Scientia est potentia" ( http://en.wikipedia.org/wiki/Scientia_potentia_est), la science est pouvoir, et qui figure sur le blason de l'Information Awareness Office ( http://en.wikipedia.org/wiki/Information_Awareness_Office), des USA.

(...) Il est inutile de revenir là-dessus, sinon pour servir d'appui à la description de ce qui tend à remplacer le dieu déchu. Tout comme celle de la libération, la thématique de l'énergétisme a fait son temps.

(...) Pour souligner toute l'efficacité de l'improductivité, de la dépense populaire, il convient de faire référence au ludisme que le rationalisme contemporain a relégué dans les choses secondaires. Il n'est pas besoin d'analyser en détail l'importance du jeu, des travaux maintenant classiques l'ont fait avec compétence et exhaustivité (Huizinga, Caillois, Duvignaud). Il suffit de se rappeler que, s'il est un "résidu", le jeu l'est au sens de Pareto donne à ce terme: un noyau irréductible autour duquel s'organise des dérivations diverses. La lutte économique, l'émulation pécuniaire (cf Veblen), la théatralité politique (G. Balandier) sont là pour rappeler que rien n'échappe au jeu du monde, que les sociétés sont façonnées par lui et que le prendre en compte n'est pas un parti pris d'esthète mais bien la reconnaissance d'une constante qui, en diagonale, traverse toutes les réalités humaines.

Nous ne voyons aucune définition du jeu dans le propos de l'auteur. Personnellement, après avoir étudié le jeu depuis 2004 dans différents domaines comme la sociologie (Johan Huizinga, Homo Ludens, Gallimard), ou la théorie des jeux, nous pensons que la sémantique scientifique du jeu est différente de celle de la sémantique du langage courant, par exemple employée pour désigner l'activité enfantine. Ainsi le jeu enfantin permet la simulation, la virtualisation, la construction intellectuelle, et nous rappelle que nous sommes un joueur. Alors qu'un jeu social en théorie des jeux désigne une modélisation d'un mécanisme économique, politique, religieux et nous rappelle que nous sommes en dehors du jeu. Dans un cas, celui du jeu enfantin, la dépersonnalisation, le changement d'identité du joueur est favorable à la construction intellectuelle, dans l'autre cas le changement d'identité, l'usurpation ou la dépersonnalisation du joueur conduisent à la rupture de la structure du jeu.

Nous évoquons brièvement ces concepts, mais ils mériteraient une analyse plus longue, nous verrons si l'auteur abordera le sujet de l'identité dans le jeu.

(...) Sans parler de la masse qui me semble foncièrement sceptique, quel est le responsable politique, économique, etc., qui croit "au sérieux" de son argumentation ? La logique de ce que M. Weber appelait le "devoir être" n'est plus l'apanage que de quelques dinosaures de la pensée ou de quelques terroristes de tout bords.

Il est amusant de constater que l'auteur se fait le sociologue de la gouvernance économique ou politique en insultant celui qui croit au sérieux de ses paroles et de ses décisions. Comme si le fait de gouverner n'était pas quelque chose de sérieux, alors qu'il s'agit ici de prendre des décisions impliquant la vie ou la mort de milliers ou de millions de personnes.

Nous avons confirmation ici que le discours de l'auteur est associé à un manque de respect pour la vie.

Les rites dont on connaît l'enracinement religieux et plus précisément orgiaque sont, selon l'expression de H. Cox, de la "fantaisie incorporée". Il faut attribuer à l'expression "incorporée" toute sa charge sémantique, il s'agit bien du corps qui s'affronte, qui caresse, qui heurte, qui aime. Et avant d'être euphémisés dans les liturgies politiques ou religieuses que nous connaissons, les rites étaient bien ce corps à corps violent ou tendre qui disait la fantaisie, la dépense, la perte, en un mot l'inutile.

Nous voyons ainsi que selon l'auteur, le rite est issu de la domestication de l'orgie. La domestication n'est peut être pas le terme qui convient le mieux, mais nous le reprenons pour rester dans le langage de l'auteur concernant la domestication des moeurs.

(...)Ce que Freud appelle la "perversion polymorphe" de l'enfant se rapproche de cette idée de dépense. Et quoique sans compétence aucune en la matière, on peut dire que c'est une manière d'explorer toutes les possibilités érotiques du corps, et ce sans finalité. Les constructions, les mises en formes sadiennes n'ont pas d'autres motivations: elles traduisent en collectif cette perversité polymorphe improductive.

On doit l'avouer, il devient de plus en plus difficile de lire l'auteur. Entre les références à la perversité, l'amoralisme et à Sade, nous nous demandons qui est l'auteur ? Quels sont ses objectifs ? L'auteur est prisonnier de ses connaissances en psychanalyse qui ont façonnées sa façon de concevoir le monde. La "perversion polymorphe de l'enfant" est elle susceptible d'améliorer l'image de l'enfant, sa condition et l'amour qu'on lui porte ? Nous préferons évoquer une analyse sur l'identité, analyse plus féconde dans le domaine de l'ingénierie comme peut l'illustrer le logiciel Facebook (www.facebook.com) et plus salutaire pour l'auteur comme pour les lecteurs.

2. Pour une éthique de l'instant

Olivier Avenel dit :

11.4 Commentaire général

Nous stoppons ici notre lecture de l'ouvrage, car nous avons des doutes sur les intentions de l'auteur. Envisage-t-il d'apporter une contribution à l'orgie ou une contribution à la sociologie de l'orgie ?

L'univers intellectuel dans lequel évolue l'auteur ne semble pas apporter de réponse convaincante supportant une construction, que ce soit une construction politique, une construction économique ou industrielle. C'est dommage, car l'auteur a des observations intéressantes qui pourraient permettre une élévation salutaire de la maîtrise de l'orgie (comme la méditation), mais la référence et la plaidoirie défensive incessante à des auteurs ou à des pratiques contraire à la dignité humaine (prostitution, sado masochisme, ...) , nous oblige à abandonner la lecture de l'ouvrage.

Personnellement, nous aurions souhaité avoir une approche de l'orgie différente comme l'étude du repas dominical (du dimanche midi après la messe) dans les campagnes ou celle du samedi soir dans les grandes villes estudiantines.

Nous ajouterons néanmoins que des constructions sociales et technologiques n'ignorent en rien l'utilisation de l'orgie, comme l'illustre la notion d'"apéro Facebook", popularisée au début des années 2010.

12 David Chavalarias, Métadynamiques en Cognition Sociale, Quelle définition de meilleur est la meilleure ?, thèse

by Olivier Avenel | octobre 26, 2009 12:29

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Chavalarias2004MetadynamiquesEnCognitionSociales.pdf

<Abstract>

Lorsque l'on observe le règne animal dans sa diversité, une chose est particulièrement frappante. Alors que la grande majorité des espèces vivent au sein de groupes relativement restreints, les espèces capables de s'organiser en grands groupes sociaux - dépassant les centaines de milliers voire les millions d'individus - se répartissent aux deux extrémités de l'échelle de la complexité individuelle.
En bas de cette échelle, se trouvent les insectes sociaux, fourmis, termites, abeilles, qui créent des communautés géantes pouvant atteindre plusieurs millions d'individus coordonnés de façon minutieuse. Ainsi, sont réalisées collectivement des tâches aussi extraordinaires que la chasse collective, la culture de champignons, l'élevage d'autres insectes ou la construction de véritables cathédrales de terre. Cela, sans qu'aucun des membres n'ait de représentation de l'activité globale de la société. Cette capacité d'une espèce à passer de comportements individuels simples à des comportements collectifs complexes est appelée intelligence collective (Bonabeau & Théraulaz, 1994). C'est un phénomène si remarquable que des recherches récentes en ingénierie visent à en tirer partie pour résoudre des problèmes qu'une organisation centralisée aurait du mal à résoudre (construction collective par une myriade de mini robots d'une station spatiale sur mars, recherche d'information dans les grandes bases de données, organisation de réseaux de télécommunication)

En haut de l'échelle de la complexité, une seule espèce présente des phénomènes de coordination et de coopération grande échelle : l'espèce humaine. Entre les insectes et nous, tout se passe comme si les individus des différentes espèces, en gagnant en autonomie et en intelligence, avaient perdu la capacité de se coordonner de manière efficace (Bourgine 2004).
Pour ces espèces intermédiaires, il semblerait que l'hétérogénéité inter-individuelle nuise à l'organisation des grands groupes sociaux.

</Abstract>

<Sommaire>

<Introduction/>

<Partie 1>La modélisation en sciences sociales</Partie 1>

<Chapitre 1>Un exemple paradigmatique, la modélisation de la coopération</Chapitre 1>

<Chapitre 2>Imiter à dix mille: les jeux spatiaux</Chapitre 2>

<Chapitre 3>La pratique de la modélisation en sciences humaines</Chapitre 3>

<Chapitre 4>Les paradigmes en mouvement</Chapitre 4>

<Partie 2>La spécificité de la cognition humaine</Partie 2>

<Chapitre 1>La part de l'homme, la part de l'animal</Chapitre 1>

<Chapitre 2>Le rôle de l'immitation dans le développement</Chapitre 2>

<Chapitre 3>La reflexivité dans la cognition humaine</Chapitre 3>

<Chapitre 4>Entre Metacognition et reflexivité</Chapitre 4>

<Partie 3>Les systèmes métamimétiques</Partie 3>

<Chapitre 1>une approche formelle des systèmes mimétiques</Chapitre 1>

<Chapitre 2>Premiers exemples de systèmes métamimétiques autour du dilemme du prisonnier</Chapitre 2>

<Chapitre 3>Points de vues métamimétiques sur quelques problèmes classiques modélisation</Chapitre 3>

<Conclusion/>

</Sommaire>

<Auteur>

David Chavalarias,

WEB: http://chavalarias.com/tiki-index.php

wwi: /internet/Biographies/David_Chavalarias-2009-11-21-14-20-56/

</Auteur>

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17 Comments
Olivier Avenel dit :

12.1 Résumé, dernière page

(...)
Dès lors, le problème de l'auto-organisation dans les systèmes économiques et sociaux se reformule autour de la question suivante: "Peut-on endogénéiser les distributions des métarègles de comportement de manière à ce quelle soit le produit des dynamiques collectives qu'elles définissent".

La question posée dans cette thèse relève donc de l'auto-organisation d'une part, que l'on pourrait également assimiler à une émergence organisationnelle ainsi qu'à la possibilité de gérer, contrôler, maîtriser cette émergence que l'on remarque notament dans la "Peut-on endogénéiser". Les premiers éléments d'analyse personnelle sur le sujet traitent de l'ingénierie logicielle open source sur laquelle nous avons conclus une conjugaison des approches qui partent du haut, top-down, de centralisation avec les approches qui partent du bas, bottom-up, d'émergence. A,B,H,L, Les nouvelles approches sociologiques des organisations.

Nous montrerons dans cette thèse que la prise en compte, dans les modèles formels, de la spécificité de l'imitation humaine permet de répondre positivement à cette question, un point essentiel étant qu'une règle d'imitation peut être sa propre métarègle. Nous proposons ainsi un cadre formel pour l'étude de sociétés d'agents mimétiques auto-organisées, les jeux métamimétiques ; le concept d'équilibre correspondant est alors l'état contrefactuellement stable: aucun agent ne peut s'imaginer mieux qu'il n'est en se mettant contrefactuellement à la place de l'un de ses voisins. Nous étudions ensuite les propriétés de ces jeux en prenant comme champs d'application le problème de l'émergence de la coopération dans un dilemme du prisonnier spatialisé. Nous montrons au passage, que cette approche permet d'échapper au dilemme.

Nous vérifions donc dans le propos qui date de 2004, les intuitions qui nous ont servies à valider le modèle économique des e-services dans un contrat de soutien dans notre mémoire de mastère en 2004 également./files/Personnel/MASTER/Mémoire/.
Nous avions en effet mentionné dans notre mémoire que c'est précisément le partage d'information qui permet d'échapper à l'équilibre attracteur de la compétition.

Plus généralement, nous nous plaçons dans le cadre de la théorie des jeux stochastiques et nous explicitons le rôle structurant des perturbations dans ce type de système dynamique, les structures spatiotemporelles émergentes étant le produit du couplage entre la dynamique endogène des systèmes métamimétiques et la structure interne des perturbations.

On fera un lien entre ce dernier point et notre analyse sur la formation de l'intelligence par interactions avec l'environnement (Jacques Brengues, La Franc-Maçonnerie du bois) et qui nous avait amené à conclure qu'une "cognition" sylvestre pourrait envisager une nouvelle forme d'équilibre dynamique en nous appuyant sur la notion d'"embodiement" (Rolf Pfeifer, Josh Bongard, How the body shapes the way we think)

En rupture avec l'approche traditionnelle ceci nous amène à interpréter l'hétérogénité auto-organisée des systèmes sociaux humains comme une différenciation par un processus de co-évolution d'une multiplicité de critères possibles, plutôt que par un processus d'optimisation global d'un critère unique.

La conclusion est intéressante et semble en effet rejeter une approche du haut vers le bas, de centralisation. La référence à un critère unique nous semble étrange mais nous avons déjà remarqué la notion dans une optimisation sous contrainte traitée dans la thèse suivante Marjorie Le Bars, Un simulateur Multi-Agent pour l'aide à la décision d'un Collectif ainsi que dans la littérature en sciences économiques.

Olivier Avenel dit :

12.2 Introduction

(...)
En haut de l'échelle de la complexité, une seule espèce présente des phénomènes de coordination et de coopération grande échelle: l'espèce humaine. Entre les insectes et nous, tout se passe comme si les individus des différentes espèces, en gagnant en autonomie et en intelligence, avaient perdu la capacité de se coordonner de manière efficace (Bourgine 2004). Pour ces espèces intermédiaires, il semblerait que l'hétérogénité inter-individuelle nuise à l'organisation des grands groupes sociaux.

On fera référence à la thèse de Moyaux précisant les differents modes de coordination utiles pour la logistique des chaînes d'approvisionnement (Chapitre 4: Formilizing interactions with Game theory ). On remarquera également que Weber caractérise l'environnement technologique occidental comme incompris par l'utilisateur, le citoyen alors que "le sauvage" comprend infiniment mieux son environnement (ses outils).(Max Weber, Le savant et le politique)

(...) En revanche, l'origine de l'organisation spontanée des grands groupes sociaux humains est bien moins évidente ; plus que la dégénérescence de la taille des groupes chez les animaux cognitivement évolués, c'est plutôt le retour de cette coordination à grande échelle au niveau de l'espèce humaine qui tient du miracle.

Comment aborder les phénomènes sociaux humains ? Sont-ils eux-aussi réductibles à des phénomènes d'agrégation de comportements individuels, comme le suppose l'individualisme méthodologique ? Ou devons-nous au contraire adopter une position holiste, en attribuant au systèmes sociaux des propriétés supra-individuelles, irréductibles aux propriétés de leurs composants ? Il y a derrière ces questions un enjeu intellectuel majeur: comprendre l'origine de la diversité des cultures humaines.

L'auteur avance ici les fondations du débat sur l'émergence que l'on traduit par une notion mathématique en économie:

  C(\sum_{i=1}^{n}{q_i}) < \sum_{i=1}^{n}{C(q_i)}

( Jean Tirole, Théorie de l'organisation industrielle Tome 1) qui se traduit par le fait que le coût de la somme des quantités à fabriquer est inférieur à la somme des coûts individuels des quantités à fabriquer caractérisant ainsi l'action de la logistique, l'émergence d'une organisation de gestion de production.

Si cette problématique est déjà ancienne, son renouvellement est favorisé par le développement, ces dernières décennies, de la modélisation en sciences sociales.
Les mathématiques et la physique statistique offrent de nombreux concepts pour penser le passage du local au global ; les nouvelles sciences de la simulation multi-agents nous permettent par ailleurs d'étudier expérimentalement les propriétés émergents de collectifs d'agents artificiels.

(...) La modélisation en sciences sociales n'a cependant pris que progressivement la mesure de cet atout. Dans la lignée de l'individualisme méthodologique, elle a fait ses premiers pas en traçant une frontière nette entre l'individu et le collectif. L'individu face au collectif, prend des décisions en accord avec ses objectifs, mais n'influence pas le collectif, ni ne subit son influence. Ce type de modélisation s'est effectué principalement dans le sillage de l'économie.

Ce dernier point mesure ainsi l'intérêt d'une histoire de la théorie économique, d'une histoire politique.

(...)
Aujourd'hui, avec l'approche systèmes complexes, qui s'attache à étudier les propriétés émergents d'un grand nombre d'entités en interaction, elle s'est déformée au point d'englober, telle une membrane, les deux entités. Il n'y a plus, d'une part l'individu, et d'autre part le collectif, mais le collectif émerge des interactions entre individus, et influence en retour leurs comportements et leurs règles de décision. Pour cette raison, cette nouvelle approche a été appelée individualisme méthodologique complexe.

(...) Cette évolution est particulièrement visible en économie où sont apparus, à la suite des travaux de Friedman, le concept de "rationalité substantive", qui met l'accent sur le seul résultat de la décision et non sur le processus; puis le concept de rationalité procédurale, introduit par Simon, qui met l'accent sur la procédure de décision; enfin plus récemment, le concept de "rationalité adaptative", "pour rendre compte de la manière dont l'acteur modifie ses règles de comportement à l'aide de métarègles, au cours d'un processus d'apprentissage qui s'exerce à plusieurs niveaux fonctionnels (une règle supérieure agit sur des règles inférieurs) et temporels (une règle supérieure se modifie plus lentement qu'une règle inférieure" (Bourgine et Waliser 2002).

Les deux premiers concepts caractérisent ce que nous avions cité dans notre mémoire de mastère comme étant la distinction entre homo economicus et homo computicus, respectivement rationalité substantive, rationalité procédurale (Nathaniel Bulkley et Marshall Van Alstyne (Université du Michigan): « Why Information should Influence productivity ?»). La troisième et dernière rationalité, pourrait caractériser ce qu'on appellerait "homo systemicus".

Nous adopterons par la suite ce parti pris de représenter les processus de décision en termes de hiérarchies de règles.

(...)
De même que la cognition individuelle permet à un individu d'apprendre, au cours d'interactions avec le monde qui l'entoure, la cognition sociale permet au sociétés d'élaborer une intelligence collective et de co-évoluer avec leur environnement. En adaptant les concepts de la cognition individuelle, nous pouvons alors parler de rationalité procédurale distribuée et de rationalité adaptative distribuée, qui définissent la manière dont un système, constitué d'un ensemble d'agents en interaction, réagit à un moment donné au monde qui l'entoure, et modifie sur le long terme, la distribution des règles de décision en son sein.

Le propos caractérise assez bien un système d'information, en d'autres termes un ensemble de machines informatiques et logicielles en réseaux.

Il y a alors une dynamique sur les comportements des agents, définies par l'ensemble des règles de comportement ; et une métadynamique sur l'ensemble de ces règles, qui fait évoluer leurs distributions dans la population.

Si on devait concevoir aujourd'hui un prototype de système d'information intéragissant avec la population conforme à cette dernière description, cela s'appellerait Facebook (http://www.facebook.com).

(...) La question de l'endogénéisation de ces métadynamiques n'est cependant pas une mince affaire. Sa possibilité même est, aujourd'hui encore, une question ouverte. Elle nécessite en effet de se placer dans le cadre des systèmes auto-organisés : à partir du moment où les métadynamiques doivent être elles-mêmes le produit de la dynamique collective, il n'y a plus aucune fondation sur laquelle s'appuyer, tout est ordre émergent ou chaos. Or il existe des arguments forts contre cette possibilité d'émergence spontanée d'une organisation (Ashby 1962*). Pour répondre à cette question, nous allons devoir nous placer au niveau plus général de l'auto-organisation.

On remarque que les fondements de l'interrogation de l'auteur sur l'auto-organisation repose sur la formation de mécanismes intellectuels normatifs transmissibles consistant concrètement en savoir ou en savoir-faire (endogénéisation des métadynamiques). Notre propre interrogation repose sur l'utilité de cette interrogation à laquelle nous avons préféré conclure par une mixité d'approche de centralisation et d'émergence. Les deux notions ne caractérisent pas exactement la même chose, l'une est en quelque sorte une introspection méditative d'une intelligence collective, l'autre plus pragmatique s'assimile mieux à un savoir-faire. Néanmoins on soulignera la dérive de certains domaines des sciences économiques ou de la psychologie qui établissent les fondations de théories contraires aux libertés individuelles. Plutôt que de bannir une approche par rapport à l'autre, nous serons attachés à examiner les aspects et implications politiques des arguments développés en faveur ou contraires à l'auto-organisation, à l'émergence.

On remarquera également que le réseau Internet est un endroit extrêmement propice pour observer l'émergence.

(...)
Nous prendrons dans cet ouvrage le problème de la coopération comme champs d'application, et nous essaierons de montrer comment les problématiques rencontrées dans ce cadre mènent directement à la question du choix des métarègles. En retour, les avancées conceptuelles que nous allons proposer nous permettront à la fin de cet ouvrage, de proposer de nouvelles perspectives sur cette problématique.

Olivier Avenel dit :

12.3 I.1 Un exemple paradigmatique: la modélisation de la cooopération

I.1.A Des fourmis et des hommes

(...) La fourmilère est en effet devenue l'un des exemples prototypique de systèmes complexes illustrant l'émergence d'une intelligence collective (Bonabeau & Théraulaz, 1994)

On fera le lien avec cet ouvrage: Mitchel Resnick, Turtles, Termites, and Traffic Jams, MIT press

Un système complexe est défini comme un ensemble constitué d'un très grand nombre d'éléments interagissant entre eux, dont le comportement global ne se déduit pas directement de la description des éléments pris individuellement. Ainsi dans un système complexe, il apparaît au niveau global ou macroscopique, des propriétés dites émergentes, qui sont la conséquence des interactions massives.

Selon notre opinion les interactions massives ne sont pas la seule source d'émergence, l'imitation en est une illustration. On ajoutera que l'imitation est inobservable sur un modèle d'agent "fourmis" puisque l'auteur le précise, elles sont dépourvues de représentations de leur propre activité.

(...) Le comportement d'une fourmi n'est cependant pas déterministe au sens où celle-ci suivrait à coup sûr un trajet de phéromone. Avec une certaine probabilité, spécifique à l'espèce, une fourmi a des chances de se perdre, et d'effectuer ainsi une recherche aléatoire.

On remarque ici la notion de recherche aléatoire permettant l'innovation, sans laquelle l'algorithme de la fourmi ne trouverait pas de nouvelle source de nourriture. Ce point nous intéresse dans la mesure ou la génération de nombre aléatoire est une problématique fondamentale en informatique et en sécurité informatique, et repose souvent sur une analyse des composants de la carte mère. Ainsi, l'analogie entre agent et fourmi nous apprend que la génération de l'aléatoire permettant l'innovation est une constante d'origine génétique. Cela nous semble surprenant, les implications d'ordre politique sont également surprenantes.

(...) Le but de ce type de modélisations est tout autre. Il consiste à rechercher les caractéristiques des fourmis qui suffiraient à expliquer l'émergence de certaines propriétés globales, avec pour objectif de reconstruire certains types de phénomènes émergeants, et de mesurer l'importance de certains facteurs individuels dans l'apparition de ces propriétés globales.

I.1.B Sociétés d'insectes, sociétés humaines

(...) Ainsi, tous les membres d'une même fourmilière ont grosso modo 75% de leur patrimoine génétique en commun. Ils sont donc des quasi clones et la faible complexité de leurs organismes engendre des comportements stéréotypés leur permettant de se coordonner de manière extrêmement précise.
(...) L'hétérogénéité des rôles que nous pouvons observer au sein d'une fourmilière provient d'une différenciation qui s'effectue au cours de l'ontogénèse (développement de l'individu au cours de sa vie) et non d'une hétérogénéité génétique.

Le propos ce traduit par le fait que c'est la division du travail au contact de l'environnement qui définit la structure organisationnelle à partir d'individus quasi-identiques.

(...) Tout se passe comme si, en perdant en proximité génétique et en gagnant en individualité, les mammifères n'avaient plus à leur disposition les liens qui permettent aux insectes sociaux de réaliser des tâches collectives.

On assimilera le propos à une lutte d'influence entre philosophie confucianiste érigeant une morale sociale rigide et normative, et philosophie taoiste développant les qualités individuelles et plus généralement l'individualisme (Mysticisme).

Dans le cadre d'interaction répétées, si une lignée d'individus ne coopère pas et profite des efforts fournis par les autres, celle ci aura un avantage reproductif sur le reste de la population. Dans le cas d'interactions entre individus non apparentés, une population de tricheurs pourra alors envahir une population de coopérateurs, et, à plus ou moins long terme, la tendance à coopérer disparaitra.

On note que Huizinga mentionne la remarquable tolerance envers les tricheurs par opposition au bannissement du briseur de jeu (Johan Huizinga, Homo Ludens, Gallimard). L'auteur semble donc contredire la description empirique de l'homo ludens. Personnellement nous pensons que la connotation morale de tricheur est inappropriée pour qualifier le dualisme altruisme, opportunisme mis en évidence dans le dilemme du prisonnier. La modération des philosophies taoïstes sur le sujet parle de gradation négative dans le positif et de gradation positive dans le négatif, se matérialisant ainsi par le symbole du Tao.(Mes mots sont faciles à comprendre, Lao Tseu, Le courrier du Livre)

Il est cependant une espèce de mammifères, et une seule, qui présente des phénomènes de coordination et coopération à grande échelle: l'espèce humaine (Bourgine, 2004). Ce qui soulève la question suivante : Pourquoi nous, et pourquoi que nous ?
Nous proposerons une réponse dans le cadre de notre approche: les phénomènes de coopération à grande échelle sont la projection au niveau collectif de la diversité des stratégies que les êtres humains peuvent envisager.

(...)
Retenons dans cet exemple, qu'en se plaçant au niveau de description des comportements collectifs, la théorie des systèmes complexes s'inscrit naturellement parmi l'ensemble des approches pertinentes. Dans une telle approche, l'objectif n'est pas de décrire dans le détail les comportements des agents, mais de comprendre la relation qu'il peut y avoir entre les phénomènes émergents, certaines caractéristiques individuelles, et les aléas de l'environnement.

Notre interrogation sur la motivation du discours de l'auteur, la motivation des chercheurs qui ont contribué au sujet repose précisément sur la réductibilité des causes de l'émergences aux seules caractéristiques individuelles et aléas de l'environnement. Nous voyons en effet une distinction entre une caractéristique individuelle innée ou acquise, qui lorsqu'elle est acquise ne se définit pas uniquement par une caractéristique individuelle. On illustrera par la notion de système d'information, d'outil culturel ou simplement d'outil.

I.1.C Une approche formelle des systèmes sociaux autour de l'émergence de la coopération
(...)
Le sujet de l'émergence et de la stabilité de la coopération a connu par la suite un engouement variable, et a été remis au goût du jour dans les années 1980 par les travaux de Robert Axelrod (1984) avec cette question: sous quelles conditions la coopération peut-elle émerger dans un monde égoïste dépourvu d'autorité centrale ? C'est, depuis, devenu un sujet de recherche transdisciplinaire extrêmement dynamique, qui couvre des domaines aussi variés que la théorie des automates, la théorie des jeux, la biologie théorique, l'économie, les sciences politiques, la sociologie, la psychologie et l'anthropologie.

On citera l'ouvrage d'Axelrod: Robert Axelrod, the complexity of cooperation, Princeton

(...) Le dilemme du prisonnier est le plus connu, et nous le prendrons comme exemple paradigmatique. Mentionnons toutefois d'autres type de jeux, très étudiés dans le cadre de l'économie expérimentale, dont nous évoquerons parfois les apports: la provision de biens publics ou de ressources communes (Dal Forno et Merlone 2004*, Ostrom et al. 1994, Sonnemans et al. 1999*), le jeu de l'ultimatum (Henrich et al. 2001*), ou le jeu de l'investissement (Cochard et al 2004*, Fehr & Fischbacher 2003*).

Résumé du chapitre I.1
(...)
Dans cet exemple, l'efficience de la fourmilière en tant que super-organisme dans la recherche de nouvelles sources de nourriture, est paramétrée de manière simple par une part d'aléatoire dans le comportement des fourmis, qui s'interprète au niveau collectif comme la résolution d'un compromis exploration/exploitation. Cette part d'aléatoire fréquemment appelée bruit ou perturbations en théorie des systèmes dynamique, peut donc, si elle est bien ajustée, avoir un effet structurant sur le système.
(...) Si la communauté scientifique s'accorde à modéliser les situations de coopération sous la forme du dilemme du prisonnier et de ses variantes, il n'y a pas actuellement de consensus dans la communauté scientifique autour de l'origine de la coopération. Parallèlement, des études empiriques ont mis en évidence un fait important: l'hétérogénéité des procédures et des comportements des êtres humains dans des tâches coopératives révèle une hétérogénéité d'objectifs.

Le propos repose sur une simple évaluation de la complexité à calculer l'espace des solutions (objectifs) possibles.

Olivier Avenel dit :

12.4 I.2 Imiter à dix mille : les jeux spatiaux

Parmi les divers principes susceptibles de modeler les choix de comportements des individus, les interactions mimétiques sont souvent évoquées. D'une façon générale, étant donnée la finitude de l'expérience, l'imitation est un moyen privilégié pour des individus similaires, d'étendre leur expérience par celles des autres en imitant les stratégies qui leur semblent bonnes (Bourgine 1994).
Dans cette section, nous étudions autour d'un exemple minimal, les phénomènes caractéristiques qui apparaissent au sein de populations d'agents mimétiques simples, dans une situtation de dilemme du prisonnier. Ceci nous permet, d'une part, de nous familiariser avec une classe de modèles qui nous servira d'exemple prototypique tout au long de cet ouvrage ; d'autre part, d'aborder la question plus générale de l'influence du réseau social sur l'émergence de structures dans des situations de jeu.

Ce point nous intéresse comme traitant de l'influence du système d'information sur les régles du jeu social. On remarquera la vulgarisation des termes "réseaux sociaux" avec des systèmes d'information comme Facebook ou Twitter.

I.2.A Jeux évolutionnistes et chaos spatial
(...)
Que se passe-t-il si au lieu d'assister à un match de foot, des agents imitateurs jouent à un dilemme du prisonnier ? Axelrod posa brièvement la question dans son livre The evolution of Cooperation (1984), que Nowak et May ont repris et développé dans un article intitulé Evolutionnary Games and Spatial chaos (1992). Ils y mettent en évidence des phénomènes de diffusion de comportements coopérateurs dans les populations d'agents mimétiques sans mémoire. Nous allons prendre ce modèle comme exemple paradigmatique de modélisation de phénomènes mimétiques.

Nous ne souhaitons, pour l'instant, pas faire de procès d'intention à l'auteur, qui enrichit notre connaissance du sujet, mais nous souhaiterions rappeler que le choix d'une hypothèse est rarement innocent comme l'illustre assez fréquemment la théorie économique. Nous nous attarderons sur la notion d'agent sans mémoire et rappellerons une observation du quotidien sur les effets amnésiques de la télévision. Quel utilisateur assidu de la télévision se souvient de ce qu'il a regardé le jeudi d'il y a quinze jours ? On remarquera également que l'enjeu de la mémoire est un enjeu capital d'internet sur lequel s'affrontent tous les fournisseurs de services. On illustrera par le délaissement d'un blog personnel sur un serveur personnel au profit d'une page chez Google ou Facebook, ou par un autre exemple: l'hébergement virtualisé, le cloud computing pour les entreprises.

(...) Cette configuration de jeu correspond à la situation évoquée précédemment de provisions de biens publics avec une composante spatiale: Donnons un exemple:

Pompage des eaux souterraines: si des agriculteurs se fournissent en eau en pompant les nappes phréatiques, l'extraction d'eau par l'un deux peut avoir, dans certaines configuration géologiques, un impact négatif sur les réserves de ses voisins. ...

On remarquera que cette thématique est traitée dans cette thèse:Marjorie Le Bars, Un simulateur Multi-Agent pour l'aide à la décision d'un Collectif

(...) Les résultats de Nowak et May sont les suivants. La dynamique globale du jeu dépend du paramètre T, et change de nature au cours de transitions discrètes pour différentes valeurs de ce paramètre. L'essentiel peut être résumé de la façon suivante:
- Si T > 2, la dynamique du jeu converge vers un état du système figé où généralement les défecteurs sont prédominants. Par ailleurs, s'il y a initialement autant de coopérateurs que de défecteurs répartis au hasard sur l'échiquier (conditions initiales aléatoires uniformes), l'état final sera généralement entièrement défecteurs.
- Si T < 1.8, la dynamique du jeu converge vers un état figé ou généralement les coopérateurs sont dominants. Par ailleurs, si les conditions initiales sont prises aléatoires uniformes, l'état final sera caractérisé par une large majorité de coopérateurs.
- Pour 1.8 <= T <= 2, la dynamique est particulièrement intéressante. On peut observer un régime chaotique présentant des évolutions spatio-temporelles de groupes défecteurs et coopérateurs. Dans cette région, aucun des deux comportements ne s'impose, et le paysage sur l'échiquier ne cesse de changer. Fait remarquable, le taux de coopération atteint un niveau proche de 30%, et reste stable sur le long terme, ce quelle que soit la condition initiale. De plus si les conditions initiales sont symétriques, comme par exemple la présence d'un pavé de défecteurs sur un échiquier entièrement coopérateur, le système engendre des figures géométriques assez jolies et sans cesse entièrement coopérateur, le système engendre des figures géométriques assez jolies et sans cesse changeantes, que les auteurs ont appelés kalidéoscopes évolutionnaires.

--
On citera pour mémoire une analyse d'Axelrod: Robert Axelrod, the complexity of cooperation, Princeton
--
(...)

Aux origines du chaos (analyse)
(...)p37
Ainsi, les frontières entre la zone de coopération et zone de défection sont perpétuellement mobiles. Le chaos a donc une origine intrinsèquement spatiale.

On remarque dans ce propos une conclusion validant le caractère dynamique de l'équilibre, à la restriction que nous portons notre étude sur le complément du chaos, le caractère moteur de l'équilibre coopératif.

Olivier Avenel dit :

12.5 I.2 Imiter à dix mille : les jeux spatiaux (suite)

I.2.B Le chaos est-il robuste ?

(...) Ainsi, la coopération et la structuration des groupes sociaux serait en partie expliquée par des phénomènes qui ne tiennent nullement d'une rationalité particulière, mais plutôt d'une structure d'interaction.

Résumé du chapitre I.2
(...) Le point important à retenir de cet exemple est l'importance de la prise en compte de la composante spatiale des interactions sur l'issue du jeu étudié.

On fera le lien avec l'importance cruciale de la cartographie pour un état major militaire, cartographie servant de fondation pour les représentations mentales conflictuelles (Col Michel Yakovleff, Tactique Théorique, Economica).
On remarquera également que le titre de la thématique étudié mentionne la notion de chaos. Nous avons déjà expliqué en quoi une étude chirurgicale du cerveau est utile mais insuffisante pour en comprendre le fonctionnement holistique et in vivo, et que de surcroît elle favorise le développement d'une certaine morbidité (Jean-Didier Vincent, voyage extraordinaire au centre du cerveau, Odile Jacob). C'est pourquoi nous ajouterons que donner un titre chaotique à cette thématique d'étude favorise le développement de cet état que nous appelons équilibre attracteur et que nous préférons nous focaliser sur l'étude du complément du chaos, ce que nous appelons l'équilibre dynamique, caractérisant ainsi la vie et non la mort.

Olivier Avenel dit :

12.6 I.3 La pratique de la modélisation en sciences humaines

Nous avons pu voir au I.1.C.B que l'étude expérimentale des processus de décision des individus en situation d'interaction sociale révèle une hétérogénéité très marquée, celle-ci suggérant la coexistence, dans une même population, de différents types de règles de prises de décision. Nous allons voir à présent quelles ont été, dans la littérature de la modélisation, les différentes approches envisagées pour formaliser de manière générale cette hétérogéité, et quels types de modèles y sont associés. En particulier, nous chercherons à savoir dans quelle mesure cette hétérogénéité est endogène au système, au sens où elle est déterminée par la dynamique interne des systèmes étudiés.

On fera de nouveau un parallèle avec un système d'information comme facebook, viadéo ou linkedin.

I.3.A Modéliser au quotidien
(...) C'est pour répondre à ce genre de questions que se sont développées la modélisation mathématique et la modélisation informatique. La première permet de considérer des descriptions générales d'objets de manière récursive et de dériver les relations qu'elles entretiennent sans avoir à sans cesse dérouler l'ensemble des descriptions dont elles dépendent, la deuxième utilise les immenses capacités représentationnelles de relations logiques des ordinateurs pour reproduire in sillico ces interactions.

L'activité de modélisations mathématique et informatique peut avoir plusieurs objectifs qui se situent à des niveaux très différents de la connaissance. Celui qui nous vient le plus facilement à l'esprit est celui de la prédiction d'évènement.

(...)
Le deuxième objectif possible est la modélisation fonctionnelle. Etant donné une fonction observée dans le système réel, est-il possible de la reproduire avec les outils de la modélisation que sont les mathématiques et le calcul logique ou informatique ?
(...)
Enfin le troisième objectif de la mdoélisation pourrait être appelé la modélisation métaphore. Dans ce cas là, ce qui est visé est la compréhension de comportements qualitatifs des systèmes réels et la découverte de nouveaux types de relations causales.

I.3.A.a Hasard, nécessité et volonté
(...)
Quoi qu'il en soit, la grande difficulté réside dans le fait que les entités qui composent les systèmes sociaux ont une propriété très obscure pour la modélisation, mais néanmoins déterminante dans leurs interactions avec leur environnement: la volonté.

On remarquera ici un aspect traité dans le cadre de ce que nous avons appelé l'introspection méditative d'une intelligence (collective). C'est en effet la volonté qui traduit le mieux l'origine de l'initiative personnelle, ce que l'algorithme des fourmis traduit par une génération aléatoire ($RANDOM) d'origine génétique. Le débat n'est pas neutre dans la mesure où il est à la racine de notions comme l'autodétermination des peuples.

(...) La connaissance de la manière dont les individus élaborent les objectifs qui vont les guider dans leurs choix est donc le chaînon manquant pour reconstituer les processus de décision.

En l'espèce, une modélisation par arbres de jeux en théorie des jeux correspond très bien à une solution de cette problématique.

(...) Pensé au niveau collectif, cela revient à se demander s'il est possible de trouver une distribution sur les différentes règles de comportement, qui soit une propriété du modèle étudié.

I.3.A.b Modéliser la modélisation

(...)Comme nous allons le voir, il est très courant en modélisation de considérer des agents dont les processus de décision sont organisés sous la forme d'une hiérarchie de règles. Le problème se pose toujours lorsqu'on arrive au niveau du 'parce que'. Le plus souvent, et c'est le cas traditionnellement en économie, le dernier niveau correspond à des règles qui sont considérées par le modélisateur comme "plus objectives" ou plus basiques, soit parce qu'elles correspondent au bon sens du modélisateur, comme par exemple la maximisation des richesses, la recherche d'égalité, la recherche de justice, etc; soit parce qu'elles correspondent à des contraintes environnementales identifiées comme par exemple des contraintes économiques ou un processus de sélection naturelle. Il n'est pas difficile de comprendre que le comportement global d'un modèle dépendra étroitement de ce que le modélisateur aura choisi de mettre au dernier niveau.

On illustrera par la notion de corruption de la moralité, qui altère, occulte par différents moyens (alcool, drogues, ...) les règles de derniers niveaux et aboutissent à un parce que final, souvent associé à une situation de rapport de force. Nous postulerons que la perte de repères dans une société est provoquée précisément par l'occultation de ces règles de derniers niveaux. On fera également un parallèle avec la pyramide de Maslow (Loup Francart, La guerre du sens, Economica)
On ajoutera que les règles de derniers niveaux sont pour les religions chétiennes, musulmanes, juives contenues dans un ouvrage, la bible, le coran, la torah, non modifiable (Steven J. Brams, Biblical Games, MIT press)
On terminera en disant que la corruption de la moralité accompagne une corruption de la volonté.

I.3.B Le problème de la régression infinie
I.3.B.a Les populations hétérogènes

En ce qui concerne la règle de décision, les auteurs considèrent trois possibilités qui correspondent à trois types d'agents. La première est la meilleure réponse (best reply).
(...) La deuxième règle considérée est le conformisme
(...) La troisième règle est l'anticonformisme

I.3.B.b Des agents à niveaux de contrôle multiples
(...)
Nous allons voir maintenant un exemple typique de tels modèles, développé dans l'article d'André Orléan (1998): The evolution of imitation. L'auteur y considère des agents qui peuvent indexer leur processus de décision soit sur une information privée, modélisée par un signal de l'environnement qu'ils sont seuls à percevoir, soit sur l'observation du comportement des autres agents. L'objectif de cet article est alors d'étudier l'effet de l'arbitrage entre ces deux types de processus décisionnel sur les comportements collectifs.
L'idée sous-jacente étant de modéliser les marchés financiers, (...)

On s'arrêtera sur ce dernier point car il confirme ce qu'on avait lu dans un article de presse concernant la robotisation des places de marchés boursières.

(...) Les agents ne connaissent cependant pas l'état du monde et doivent indexer leur décision sur deux sources d'informations disponibles. La première est signal \sigma qu'ils sont seuls à percevoir (information privée) et qui leur indique avec plus ou moins grande fiabilité l'état du monde (...). La deuxième source d'information est l'action des autres agents aux périodes précédentes. De ces deux façons de s'informer découlent deux manières différentes de prendre une décision. La première stratégie consiste à se fier à son information privée (...). La deuxième consiste à suivre le comportement adopté par la majorité des agents.

On remarquera la similitude avec le citoyen qui s'informe par les grands canaux médiatiques dont l'enjeu est précisément d'uniformiser le signal privé de façon à générer des comportements imitatifs et normatifs correspondant aux choix des décideurs. Nous parlons ici d'un enjeu majeur concernant l'accès à la diversité de l'information pour le citoyen.

(...) Nous avons donc jusqu'à maintenant un modèle où les agents sont modélisés par deux niveaux: un niveau comportemental consistant en une action H ou L, et un niveau stratégique consistant en un comportement conformiste ou informé.
(...) L'objectif de cet article étant d'étudier les comportements d'imitation sur les marchés financiers, ce résultat quoique intéressant, est insatisfaisant car la dynamique est sous-déterminée. En effet, quand bien même il y aurait une telle dichotomie de stratégies entre agents informés et agents conformistes, tant que l'on ne connaît pas la proportion d'agents imitateurs m, il n'est pas possible de produire un résultat qualitatif sur l'évolution du système.

On identifie assez bien l'utilité que peut avoir ce type d'étude, sur une situation de raid financier, ou de krach boursier notament.

I.3.B.c Déterminisme ou hétérogénéité

Dans un monde où les marchés sont défaillants et n'arrivent pas à se conformer au modèles, le modélisateur pourrait être chatouillé par l'idée d'introduire une petite dose d'irrationalité. Un rapide raisonnement nous montre cependant que ce genre de questions, loin d'être une coquetterie, nous fait plonger directement dans les limbes de régression infinie. En effet, comment déterminera-t-on les proportions entre les multiples règles de dernier niveau ? Faudra-t-il introduire un quatrième niveau constitué d'une règle unique qui déterminera leur évolution ? Comment alors choisirons-nous cette règle ?
Nous nous lançons là dans l'ascension d'une échelle infinie, où chaque échelon appelle à gravir l'échelon supérieur, soit par souci d'hétérogénéité, soit au cntraire, parce que l'hétérogénéité est embarrassante. Comment échapper à cela ? Comme nous allons le voir certains ont proposé d'échapper à cette régression en prenant comme dernier niveau le niveau génétique. La règle de dernier niveau est la sélection naturelle ! Nous examinerons les problèmes associés à cette approche.

On remarque l'emballement littéraire de l'auteur sur un sujet que nous souhaiterions mieux maîtriser en informatisant nous-même ces modèles. Néanmoins l'aspect politique de la science des systèmes, de l'intelligence artificielle, de l'économie s'impose à nos yeux par cette analyse aboutissant à la préconisation d'une incarnation génétique de la dernière règle, du dernier niveau de réponse. La nature apporte une illustration à ce phénomène que l'on peut observer encore aujourd'hui dans de nombreux endroits du monde, et plus particulièrement avec les études sur le système de castes indien.

En revanche, nous pouvons aspirer à formaliser un dernier niveau hétérogène avec une distribution endogène sur les différents choix possibles de règles: la dynamique du système sélectionne elle-même l'ensemble des règles pertinentes aux différents niveaux. Cette direction de recherche est à notre sens la seule qui puisse stopper cette régression infinie.

Notre interprétation du sujet repose sur la notion de système d'information.

I.3.C Le génome pour fondation
Un autre domaine de recherche s'intéresse, depuis quelques décennies, au problème de la modélisation des systèmes sociaux: l'anthropologie évolutionniste.

Quelques définitions du mot culture p56

I.3.C.a L'approche de la sociobiologie
Forts de leur succès dans l'explication de certains comportements sociaux animaux, les sociobiologistes ont entrepris de développer une théorie des comportements humains qui serait compatible avec le paradigme darwinien et les connaissances actuelles sur l'évolution phylogénétique. Le principe fondamental de la sociobiologie humaine est que les comportements sociaux tendent à maximiser une certaine fonction, appelée fitness, qui représente l'avantage reproductif d'un individu et qui est déterminée par les contraintes physiques de l'environnement.

(...) Donc, tout comportement doit tendre à augmenter la fitness, qu'il soit acquis culturellement ou non. La majorité des sociobiologistes pensent donc en général qu'il suffit d'étudier les comportements au regard de leur participation à la fitness d'un individu, les processu de transmission culturelle étant secondaires.

On rappellera que fitness se traduit par la condition physique et mentale, autrement dit celle que l'on développe par l'étude et le sport. Ce qui se rapproche très bien de l'étude de la Voie telle que développée par les philosophies orientales.

(...) Il est également important de noter que les sociobiologistes considèrent qu'un comportement donné ne peut être présent à long terme dans une population que s'il est bien adapté. Ainsi, ils font l'hypothèse que l'ensemble des règles de transmission culturelle, qui déterminent les processus de décision, n'est qu'un intermédiaire relativement neutre entre un principe de sélection naturelle et la manifestation des comportements.

On ajoutera que le propos participe de la culture de l'action et du résultat et que ces derniers sont favorisés par la transmission culturelle, le système d'information.

I.3.C.b La co-évolution gènes-culture
(...) L'évolution biologique procède par divergences successives de lignées évolutives, alors que dans le cas de l'évolution culturelle, il est très fréquent que des formes culturelles issues de branches évolutives bien distinctes s'hybrident pour donner de nouvelles formes culturelles (pensez par exemple aux influences croisées de la culture occidentale et de la culture orientale que l'on observe aujourd'hui).

On remarque la notion de culture hybride que l'on mettra en opposition avec le syncrétisme ou encore avec une notion de Chairasmisak : Infuser le meilleur des deux mondes (Korsak Chairasmisak, Enseignements d'un dirigeant asiatique, Ed d'Organisation).

Par ailleurs, pour reprendre les termes de Gould, "l'évolution culturelle est lamarkienne, les découvertes utiles d'une génération sont transmises directement à la suivante par l'écriture, l'enseignement, etc. [ c'est-à-dire les différentes formes d'apprentissage social]". Cela a pour conséquences d'une part, que l'évolution culturelle est beaucoup plus rapide que l'évolution génétique puisqu'une innovation utile peut se propager en un court laps de temps au sein d'une population; d'autre part, que si ce qui est utile en terme de fitness est difficilement discernable à l'échelle de temps de l'individu, il y a de fortes chances pour que des traits culturels non adaptatifs deviennent néanmoins, à la suite d'erreurs, prédominants.

On remarquera que l'étude des cycles de la nature (printemps, été, automne, hiver) chers aux philosophies asiatiques favorise le discernement sur une échelle de temps que l'auteur qualifie d'individuelle.

On remarquera que l'auteur persiste à ne pas traduire fitness pour des raisons similaires, on le suppose, au slogan "get ready" de l'Ultra Trail du Mont Blanc de Chamonix ; raisons que l'on résumera par l'ascendant psychologique anglo-saxon (Nord américain).

I.3.C.c La culture est-elle adaptée ?
Le domaine de recherche initié par Boyd et Richerson est actuellement en plein développement et est labéllisé anthropologie évolutionniste.
(...)En effet nul ne peut contester que l'évolution génétique soit l'ultime moteur de l'évolution des êtres vivants. De plus l'importance de la culture dans l'organisation unique des sociétés humaines provient sans doute d'une adaptation. Ce n'est pas pour autant que les produits de cette adaptation obéissent à un principe de maximisation de fitness. Si un jour à la suite d'une guerre nucléaire, l'espèce humaine est éradiquée de la surface de la Terre, on aura beau dire que la culture était une grande chose, elle se sera révélée en fin de compte pas si adaptée que cela. Sans même aller si loin, nous pouvons recenser un grand nombre de pratiques d'origine culturelle qui vont de manière évidente à l'encontre d'un principe de maximisation de fitness: tabagisme, malbouffe, etc.

On prendra comme exemple la Bible qui semble très éloignée d'un ouvrage sur le maintien en condition physique, et qui plus est un ouvrage non modifiable et périmé. On fera l'éloge du bouddhisme ou du taoïsme qui non seulement favorise le "fitness", mais lui associe également le développement de caractéristiques individuelles propice à la pérénité de l'espèce: amour, compassion, équanimité ...
On concluera par une notion de guerre culturelle, assimilable à la guerre économique et relevant du domaine de la guerre hors limite. Cette guerre culturelle que nous livre les américains par le biais de nos élites peut s'illustrer par des notions comme "drugs and rock'n roll" et se caractérise, par exemple, par une généralisation du "binge drinking" dans les soirées étudiantes, ciblant ainsi le développement intellectuel des futures générations ou, prenons un autre exemple, par le quasi monopole des sorties en salle au cinéma par les productions hollywoodiennes.

Résumé du chapitre I.3
(...) Selon les domaines de recherche, plusieurs interprétations sont données pour les métarègles du dernier niveau, ce qui aboutit à plusieurs stratégies de modélisation.
La première option, généralement considérée en microéconomie, consiste à dire que les règles de dernier niveau, comme par exemple la maximisation des richesses, la recherche d'équité, etc., représentent des principes normatifs arbitraires (dans le cadre de modèles normatifs) ou des principes objectifs qui correspondent au sens commun (dans le cadre de modèles descriptifs). Ceux-ci sont donc de fait, exogènes.
La seconde option, considérée par une branche de l'économie évolutionniste, les sociobiologistes, et plus généralement les théoriciens de l'évolution culturelle, consiste à dire que ces règles de dernier niveau, qui sont l'ultime moteur de l'évolution, correspondent à des principes de sélection naturelle et de maximisation de fitness, qui agissent au niveau de la population d'agent.

Notre réponse au sujet est encore une fois une mixité des approches, se traduisant par le présent outil.

(...) Si l'ensemble des règles possibles concernant ce dernier niveau sera toujours délimité in fine par le modélisateur, nous pouvons aspirer à formaliser un dernier niveau hétérogène avec une distribution endogène sur les différents choix possibles de règles. Ceci revient à trouver un principe qui rende endogène la distribution des règles de derniers niveaux.

L'auteur parle ici d'un enseignement culturel mais également religieux ou philosophique.

Olivier Avenel dit :

12.7 I.4 Les paradigmes en mouvement

(...) Comme le suggère cette citation de Samuel Bowles, les grandes difficultés que rencontrent la théorie du choix rationnel et la théorie de l'évolution culturelle dans leur tentative de rendre compte des caractéristiques de la coopération humaine semblent être liées au fait que ces deux théories sont sur cette question, prisonnières de leurs formalismes. Ceux-ci exigent en effet du modélisateur que soit établi un critère exogène fixe qui détermine in fine la dynamique des systèmes étudiés. Puisqu'on ne peut pas dire que ce critère est la recherche de l'intérêt collectif, ce qui supposerait le problème résolu avant même de l'avoir posé, ce critère représente la plupart du temps, sous une forme ou une autre, l'intérêt individuel. Mais ce problème de représentation rencontré dans le cadre de la coopération est en fait, un problème bien plus général, qui touche les deux disciplines dans leur tentative de prendre en compte l'hétérogénéité des agents. Les stratégies qu'elles mettent en oeuvre pour y remédier procèdent d'une double impulsion, ascendante dans le cadre de modélisation économique qui s'ancre dans les comportements, et descendante dans le cadre de modélisation de l'évolution culturelle qui s'ancre dans le génome, convergeant vers un niveau d'explication intermédiaire, le niveau culturel.

On note que les racines de l'étude de la rationalité économique s'ancre dans l'étude des comportements et que l'étude de l'évolution culturelle s'ancre dans le génome.

On reviendra sur la notion de rationalité dans les sciences économiques et on précisera ses lacunes comme étant victime de l'équilibre attracteur. On ajoutera également que la rationalité économique parle de maximisation individuelle du profit et qu'en conséquence des problématiques politiques, sociales ou géopolitiques ne sont pas prises en compte par les dirigeants d'entité économique (Angel Asensio, Le fonctionnement des économies de marché ).

Si déjà Aristote considérait que "l'homme diffère des autres animaux en ce qu'il est plus apte à l'imitation", la recherche de cette différence se transforme en heuristique sous la plume de René Girard (1978):

Pour élaborer une science de l'homme, il faut comparer l'imitation humaine avec le mimétisme animal, préciser les modalités proprement humaines des comportements mimétiques si elles existent.

c'est en suivant cette heuristique que nous allons être amenés, dans la prochaine partie de cet ouvrage, à rechercher au vu de recherches récentes en sciences cognitives et en éthologie, quelles sont les spécificités des capacités cognitives humaines, et quelles perspectives cela apporte dans la modélisation des phénomènes d'imitation.

Manifestement, le coeur de la thèse de l'auteur repose sur une étude des mécanismes cognitifs liés à l'imitation chez l'homme. Il nous paraît curieux de réduire les facultés imitatives à un seul mécanisme cognitif individuel, racine de l'émergence d'une intelligence collective. En effet notre propre étude empirique s'est formée à partir de et a consisté à créer un outil culturel, un système d'information. On pourra toujours réduire l'imitation à un mécanisme cognitif individuel mais cela en fait-il une étude de sa transmission et de sa généralisation, nous en prendrons la mesure dans la partie suivante. Néanmoins, on ajoutera qu' Internet, outil né d'un projet militaire dans les années 1960, système d'ordinateurs en réseau, est un puissant mécanisme de transmission culturel. Ce qui nous fera suggérer que le coeur des études sur lesquels s'appuient l'auteur, ainsi que son travail personnel se résument à valider les fondations sociales théoriques du concept d'Internet, chose peu surprenante au regard du phénomène de communications viral (Buzz) ayant touché la recherche française dans les années 90 et dont on peut prendre la mesure dans Persée ( http://www.persee.fr).
On terminera, pour la décharge de l'auteur, qu'Internet est encore aujourd'hui un laboratoire d'idées aux applications sociales les plus diverses et que le potentiel d'un système d'information massivement distribué, comme Internet, reste à explorer.

Olivier Avenel dit :

12.8 Partie II Introduction

Lorsque l'on regarde l'évolution de la branche des hominidés, qui s'étend sur 2 à 6 millions d'années, Home sapiens n'apparaît que dans les derniers 250 000 ans. Pendant cette période à l'échelle de l'évolution, il développe une gamme très impressionante d'adapatations cognitives et de productions culturelles. Sur de telles échelles de temps, un seul type d'adaptation biologique est capable de produire une telle diversité: un nouveau mode de transmission culturelle (Alvard 2003, Feldman & Laland 1996, Boyd et Richerson 1985). Plus précisément, à partir du paléolithique supérieur, les traditions et les productions humaines accumulent des modifications dans le temps d'une manière qui ne se retrouve pas chez les autres espèces. Ce type d'évolution est appelé évolution culturelle cumulative. En effet, aucune des productions humaines, outils, traditions, institutions etc., n'a été inventée une fois pour toutes à un moment donné par un seul individu. Celles-ci sont plutôt le produit de variations et de rétentions successives, les découvertes individuelles étant rapidement assimilées par le reste de la population si elles correspondent à des avancées notables, engendrant ainsi un effet cliquet (rachet effect), qui évite tout retour en arrière une fois une avancée technologique ou culturelle découverte.
Il est surprenant de constater que pour beaucoup d'espèces, ce n'est pas la partie créative qui fait défaut mais plutôt l'effet cliquet stabilisant. (...) L'hypothèse qui s'impose aujourd'hui est donc que l'évolution culturelle cumulative est le fruit d'une nouvelle forme d'apprentissage social.
Celle -ci aurait marqué pour les sociétés humaines, la transition entre une évolution de type darwinien et une évolution lamarckienne beaucoup plus rapide.

(...) Que la question soit d'appréhender l'organisation actuelle de notre société ou son évolution historique, l'enjeu est bien de dégager un principe de transmission culturelle qui soit caractéristique de l'espèce humaine afin de pouvoir étudier formellement les modes d'organisation engendrés par ce principe.

On remarque ici la notion de système d'information structurant pour une organisation ( Jean-Louis Thomas, ERP et Progiciels de gestion intégrés, Dunod). On comprend donc mieux un des enjeux majeurs d'Internet, l'urbanisation du système d'information national et international. L'enjeu n'est pas neutre dans la mesure où il pose un problème d'exercice régalien du pouvoir par les états dont l'organisation économique, politique et sociale est structurée par Internet, ou du moins par les services utilisés (Google, Facebook, twitter, ...). On concluera par la très forte probabilité pour Internet d'être non seulement un vecteur pour des outils d'hégémonie culturelle mais également un vecteur pour des outils au service de la géopolitique et de la politique étrangère.

L'apprentissage social p80
La facilitation sociale
-L'exposition
-Le renchérissement de stimulus
-L'émulation
-La duplication

L'imitation

Olivier Avenel dit :

12.9 II.1 La part de l'homme, la part de l'animal

Nous avons choisi de parler de ces recherches car la méta-cognition sera un thème central dans notre troisème partie et il nous a semblé important de montrer en quoi les recherches sur la méta-cognition sont actuellement au centre des préoccupations de la psychologie comparative. Celles-ci seront certainement à terme, une des pricnipales sources permettant de tracer la frontière entre cognition animale et cognition humaine.

II.1.A.c Conclusions: une méta-cognition rigide

(...) Elles semblent également pointer vers certaines limites des capacités méta-cognitives des grands singes dans leurs capacités à intégrer plusieurs méta-niveaux successifs ou à se voir soi-même en tant qu'individus apprenants. Cela est par ailleurs corroboré par le fait que l'enseignement est très peu développé voire absent chez les primates non-humains. Ces limites suggèrent que si certaines tâches peuvent être qualifiées de méta-cognitives chez quelques espèces d'animaux, il est très probable que celles-ci sont déjà pré-cablées dans les circuits neuronaux et soient donc relativement inflexible.

Ce point nous intéresse dans la mesure où notre observation participative de la vie économique, sociale, politique ainsi que des auteurs comme Mintzberg (Henry Mintzberg, Le pouvoir dans les organisations, Editions d'organisation), nous avait conduit à inférer que la structure hiérarchique pyramidale et les jeux de pouvoirs qui en découlent étaient en quelques sortes profondément ancrés chez certains individus, si profondément que nous avions fini par en conclure un pré-cablage d'origine génétique. Cette organisation sociale, politique, économique, se caractérise dans la nature par des notions comme monarchie, dictature, castes, ou président directeur général. La hiérarchie pyramidale est en effet caractéristique, avec une forme plus ou moins prononcée, de tous les systèmes sociaux de décision. On remarquera que d'autres formes existent comme la notion de cercle ou de spirale et que l'on peut en constater l'émergence sur internet dans le cadre de l'ingénierie open source (à code source ouvert). On ajoutera qu'on considère ce genre de pré-cablage comme susceptible de conduire l'individu à être victime de l'attraction de la compétition (équilibre attracteur), et qu'il est favorisé, entretenu par la prise de substances interdites comme la cocaïne.

II.1.B Quelques exemples d'apprentissage social non humain

Olivier Avenel dit :

12.10 II.2 Le rôle de l'imitation dans le développement

(...)
La croyance et le désir: voilà donc la substance et la force, voilà aussi les entités pyschologiques que l'analyse retrouve au fond de toutes les qualités sensationnelles avec lesquelles elles se combinent ; et lorsque l'invention, puis l'imitation, s'en emparent pour les organiser et les employer, ce sont là, pareillement, les vraies quantités sociales. (Tarde)

La méditation nous enseigne que les émotions nous font agir.

(...) Remarquons enfin l'actualité de la position de Baldwin qui, bien qu'ancienne, s'inscrit parfaitement dans le débat entre la théorie de la simulation et la théorie de la théorie autour des capacités humaines de mentalisation. Elle permet en effet d'envisager une articulation au cours du développement de l'individu, entre les deux modes de représentation. Le premier, précoce, fondé sur la simulationdont l'étendue d'application se développe à la suite de chaque acte d'imitation, ceux-ci transformant un point de vue projectif en un point de vue éjectif. Le deuxième, plus tardif et plus efficace dans beaucoup de situations complexes, s'appuie sur la théorie de la théorie, et utilise les représentations développées par le premier.

II.2.B.b Réflexivité et manipulation des représentations
(...) Toute une série d'expériences a ainsi mis en évidence l'incapacité des enfants de trois anx à prendre en compte l'asymétrie de l'information pour inférer les états mentaux d'autrui, alors qu'à partir de cinq ans, ils commencent à envisager des états mentaux différents des leurs.

On rappellera que l'asymétrie de l'information est un des éléments fondateurs qui influence la nature même du commerce, de l'acte commercial.

Olivier Avenel dit :

12.11 II.3 La réflexivité dans la cognition humaine

(...) En nous plaçant dans une perspective non dualiste de la relation corps/esprit, les processus réflexifs que nous venons de mentionner peuvent donc être vus comme des processus visant à la modification des structures cognitives à partir de représentations existantes, ces représentation étant elles-mêmes modifiables à plus ou moins long terme en tant qu'éléments de ces structures cognitives. Les processus cognitifs réflexifs sont donc des processus pour lesquels les représentations peuvent jouer à la fois les rôles d'objet et d'outil, sans que ceux-ci se confondent.

II.3.A Les processus de représentation et redescription
L'effet des processus réflexifs est de continuellement réarranger les structures cognitives afin de construire des représentations de plus en plus abstraites et plus en plus flexibles. Cette capacité d'auto-modification à partir d'éléments internes est pour Karmiloff Smith la marque de la cognition humaine.

On fera le lien avec la notion de neuro-plasticité du cerveau et on remarquera que l'idéal bouddhiste de l'être éveillé (le Bouddha) ne s'obtient qu'après un travail de méditation et un travail spirituel intense pendant de nombreuses années.

L'approche de Karmiloff-Smith, tout comme l'approche de Zelazo, sont caractéristiques d'un courant de la psychologie du développement qui se positionne entre un constructivisme à la Piaget, pour lequel tout est développement à l'exception de structures innées inter-domaines, et le nativisme, pour lequel tout est inné, thèse reprise ces dernières années par la théorie modulaire de Fodor et la théorie de Chomsky.

II.3.B Connaissance directe et connaissance réflexive

II.3.C L'auto-régulation hiérarchique des signes
Nous terminerons ce chapitre en mentionnant les travaux du psychologue Jaan Valsiner qui a souligné l'importance d'un système de représentation hiérarchique dans l'autorégulation de la pensée humaine (Valsiner 2004) à travers ce qu'il appelle une médiation sémiotique. Selon lui, l'esprit humain est régulé par une hiérarchie dynamique de signes de plus en plus abstraits, qui se contraignent mutuellement et qui sont le résultat de processus d'abstraction (hiérachie ascendante) et de contextualisation (hiérarchie descendante) à partir de représentation existantes.

(...)

Un des points importants de son approche est cependant que l'invariant dans la structure cognitive qu'il envisage n'est pas un signe particulier ou un contenu particulier, mais le type de relations qu'entretiennent les différents niveaux entre eux et la manière dont ils peuvent se modifier. (...) Ainsi, c'est la structure globale des représentations qui s'auto-modifie au fil des interactions avec l'environnement, induisant un changement constant de l'identité de l'individu: "The maker becomes the made and moves on to be the maker for the something new."

Résumé du chapitre II.3
Le point commun de toutes ces approches est d'insister sur la nécessité d'une réorganisation dynamique et constante du système de représentations qui se fait par l'intermédiare d'une distanciation réflexive par rapport aux représentation manipulées.

En nous plaçant dans une perspective non dualiste de la relation corps/esprit, les processus réflexifs peuvent alors être vus comme des processus visant à la modification des structures cognitives, à partir de représentations existantes, ces représentations faisant elles-mêmes partie des structures cognitives, et donc éventuellement modifiables à plus ou moins long terme. La réfléxivité peut alors être définie comme la capacité à prendre comme objet de traitement cognitif, les processus cognitifs eux -mêmes.

Olivier Avenel dit :

12.12 II.4 Entre Métacognition et Reflexivité

Les deux thèmes que nous avons dégagés sont l'importance de la méta-cognition (capacité à raisonner sur des représentations structurées de manière hiérarchique) et la réflexivité (capacité de modifier ces structures et de créer de nouvelles représentations).
(...) En particulier, en ce qui concerne la pensée symbolique, la réflexivité nous permet de modifier dynamiquement la structure hiérarchique des systèmes de règles et métarègles que nous utilisons pour résoudre des problèmes. Une métarègle peut alors être interprétée comme un cadre local de référence, qui fixe le niveau d'abstraction auquel s'effectue un raisonnement.

De manière générale, si nous définissons la reflexivité comme le fait de pouvoir prendre comme objet de traitement cognitif, les traitements cognitifs eux-mêmes, il est possible d'envisager la réflexivité comme un principe à la fois d'élaboration des représentations, et de leur organisation en des structures cognitives de plus en plus complexes.

Au niveau le plus bas de traitement cognitif, la reflexivité nous permettrait de détourner une partie de nos perceptions immédiates afin de les remplacer par des percepts mémorisés ou imaginés et d'appréhender sous forme sensationnelle les situations dont nous sommes témoins ou que nous imaginons. Ainsi les facultés naturelles (ou qui le sont devenues) pour l'empathie peuvent être généralisées en simulant l'état que l'on aurait dans telle ou telle situation (ce qui implique de remplacer une partie des perceptions courantes par des perceptions fictives), et en l'évaluant à travers les sensations éprouvées dans cet état provoqué.

On citera des entretiens du Dalaï Lama avec des scientifiques américains qui précisent que la méditation nous aide à surmonter nos émotions destructrices. (Daniel Goleman, Surmonter les émotions destructrices, Pocket)

Cette approche du 'faire -semblant' est notamment une des deux grandes théories dans l'étude des capacités humaines de mentalisation, et a été appelée "théorie de la simulation".

Deuxième phénomène important, conséquence de nos capacités réflexives, l'acte d'imitation lui-même est un processus susceptible d'être représenté, devenant ainsi sujet à modifications. Puisque le sujet réflexif se voit en train d'imiter, rien ne s'oppose à ce que cet acte d'imitation soit lui-même un objet de réflexion. Nous verrons dans la partie suivante que cela est fondamental dans la formalisation des processus d'imitation et que cela a des conséquences majeures sur la nature des dynamiques mimétiques.

Olivier Avenel dit :

12.13 Partie III Les systèmes métamimétiques, Introduction

La cybernétique de second ordre et le paradoxe de l'auto-organisation

Nous abordons maintenant ce qui constitue l'apport scientifique propre de cette thèse.
Dans tout ce qui va suivre, nous allons tenter de donner une image aussi précise que possible de ce que pourrait être une théorie formalisée des phénomènes mimétiques au sein des systèmes sociaux, qui inclurait les spécificités de la cognition humaine explicitées dans la partie précédente.

Pour ce faire, nous allons construire une approche qui sera à la fois ascendante (bottom-up), de l'individu vers le collectif, et descendante (top-down), du collectif vers les individus.
Ainsi nous nous intéresserons aux phénomènes émergents et aux phénomènes d'auto-organisation qui pourraient être caractéristiques des systèmes sociaux humains, et à la rétroaction possible des phénomènes émergeants sur les comportements individuels. Cette approche a été appelée individualisme méthodologique complexe, et nous pouvons tenter de la résumer en une phrase volontairement circulaire: les éléments et le tout sont les parties d'un ensemble qui ne peut être compris que comme tout. Elle est l'héritière de ce que l'on a appelé "la seconde cybernétique".

(...) En effet, l'auto-organisation doit nécessairement repose sur une règle d'organisation, qui, si l'auto-organisation est véritable, doit être le produit du système lui-même, ceci amenant la question de méta-organisation ou de métarègle. Nous voyons donc que la problématique que nous avons soulevé dans la première partie de cette thèse, concernant l'origine et la nature de la règle de dernier niveau dans le modèle formel, est en fait l'héritère de cette problématique bien plus générale sur l'origine de l'auto-organisation, si nous envisageons les systèmes économiques et sociaux sous l'angle de l'auto-organisation.

Notre interrogation repose sur l'utilité du dilemme bien connu entre la première émergence de la poule ou de l'oeuf. Notre propos est un peu réducteur, et la réponse se résume bien souvent, comme l'a évoqué l'auteur dans la deuxième partie, par l'ontogénèse résume la phylogénèse, ou par une explication de la théorie Darwinienne. Le problème qui surgit à nos yeux provient de l'utilité pour l'action d'une telle interrogation, utilité que nous essaierons de comprendre dans la suite du document. On ajoutera que c'est précisément l'incapacité de l'homme à se considérer en dehors de l'instant présent, à se considérer sur une échelle humaine individuelle, ou sur l'échelle de l'évolution, qui provoque ce genre d'interrogation.

(...) Ainsi, Henri Atlan propose que la propriété fondamentale des systèmes auto-organisés soit de pouvoir se structurer et se complexifier sous l'effet du bruit.

(...) La deuxième approche, développée par Francisco Varela, est celle des systèmes autonomes, dont la propriété est d'être opérationnellement clos: les effets du réseau de processus dynamique qui les définit se manifestent dans ce même réseau.
Varela constraste cette approche avec le point de vue traditionnel de la commande (control) adopté par Ashby, pour lequel la dynamique du système est commandée de l'extérieur, à travers les entrées du système (inputs).

Nous avions déjà constater qu'une façon de caractériser l'intelligence d'un système était de considérer d'une manière générale la façon dont il maîtrise sa permanence (Fremantle, Trungpale livre des morts tibétain,). Le présent propos nous fait donc ajouter une caractéristique plus précise à la maîtrise de la permanence qui réside dans la faculté de se réarranger. On illustrera par la notion de neuro-plasticité du cerveau humain.

L'impossibilité d'une auto-organisation forte

(...) Selon Ashby, cela n'a pas de sens de dire que f est une fonction de l'état du système. L'exemple qu'il prend pour illustrer cette idée est celui des lois de la gravitation de Newton, qui postulent que la force varie comme l'inverse de la distance au carré: F=M_1M_2/d^2. Proposer F=M_1M_2/d^3 serait une loi différente. Mais supposons que la loi, et non la force, change avec la distance, de telle sorte que l'exposant ne soit plus 2 mais une certaine fonction de la distance \phi(d). Cette suggestion est illogique, puisqu'à ce moment-là nous aurions F=M_1M_2/d^{\phi(d)}, ce qui ne représente pas une loi changeant avec la distance, mais une loi couvrant toutes les distances. Dans ce cas la loi a tout simplement été re-définie. En toute généralité, si la fonction d'organisation f d'une machine devait être une fonction des états S du système, nous aurions à re-définir notre machine.

Nous constatons ici l'intérêt de la problématique de l'auteur, l'élaboration d'un méta-langage de formalisation mathématique. On comparera la notion avec l'interface entre le bios et le système d'exploitation d'une machine informatique, ou avec la notion de cerveau reptilien en psychologie.

(...)
La théorie des systèmes fournit un paradigme du couplage ponctuel: une entrée (input) transforme la dynamique des états d'un système \Sigma . Cela peut se décrire formellement de la manière suivante. soit I l'espace des inputs permis, S l'espace des états du système \\Sigma, et une dynamique f, qui donne le prochain état du système étant donné son état actuel et l'input. Dans le cas d'une dynamique en temps discret, nous pouvons alors écrire (nous reprenons les notations de Varela):

f: I \times S \rightarrow S
(i,s_t) \rightarrow s_{t+1}

L'idée de couplage ponctuel est ici clairement apparente dans le sens où l'ensemble des inputs est prédéterminé par la fonction de transition f, tout comme leur mode d'action spécifique sur S. Le degré d'indépendance du système s'exprime par ailleurs par le fait que la fonction dépend également des états internes du système.
(...)
"Lorsqu'il est question de systèmes autonomes, c'est l'inverse qui est vrai: les transformations internes sont le fil conducteur qui nous permet de comprendre la dynamique du système, les points de couplage n'interviennent que dans la mesure où certains évènements imprévus ou circonstances nous aident à mieux comprendre tel out el chemin particulier de transformations." C'est à partir de cette remarque que Varela propose de voir les points de couplage comme "des agents de perturbations, plutôt que comme des inputs".

La différence entre ces deux visions est qu'un input spécifie la seule façon dont une transformation d'un état donné du système peut avoir lieu, alors que la perturbation ne spécifie par le système, elle ne prend en compte que son effet sur la structure de celui-ci. C'est ce qu'il appelle "couplage par clôture". Ainsi, Varela précise cette idée en proposant de voir la dynamique interne sans considérer d'inputs:

f:  S \rightarrow S
s_t \rightarrow s_{t+1}

le système fonctionnant sur ce mode de façon continue jusqu'à ce qu'intervienne une perturbation ayant pour effet de déplacer l'état du système et la dynamique interne vers une nouvelle configuration:

f+ \delta f:  S \rightarrow S
s_t + \delta s_t \rightarrow s_{t+1}

Ici, "les perturbations permises sont définies par la structure du système, en ce qu'elles peuvent être n'importe quoi qui conduise à une transformation d'état et/où de dynamique".
(...) Par exemple, notre corps biologique est un tel système puisque son apparence et son fonctionnement sont conservés au cours du temps (du moins si nous ne considérons pas des échelles de temps trop grandes) malgré les multiples perturbations extérieures et transformations qu'il subit en son sein. C'est ainsi que Francisco Varela énonce ce qu'il présente comme le coeur de son argumentation: "Tout comportement auto-organisé est engendré par la diversité de la cohérence interne d'un système opérationnellement clos.

Le propos est intéressant dans la mesure ou la formalisation mathématique apporte une vision synthétique et explicite de la chose. Cependant on peut constater que le corps humain est loin d'être un système clos, il absorbe et rejette de l'air et des composants végétaux, minéraux et protéinés, l'information perçue modifie son comportement et une dynamique d'élévation de la forme mentale et physique implique une profonde transformation au moyen d'outils culturels et sportifs.

La grande différence entre ces deux approches, couplage par input et couplage par clôture, est que dans le premier cas, ce sont des éléments extérieurs aux systèmes, évoluant dans un espace prédéfini, qui déterminent les changements qualitatifs possibles de la dynamique du système ; dans le deuxième cas, le fonctionnement normal du système est déterminé de manière interne, et c'est la structure du système qui peut être modifiée par une perturbation, dans n'importe quelle direction possible dans la limite des contraintes physiques du système.

Dans cette partie, nous allons développer l'idée qu'il est possible de concevoir des collectifs d'entités en interaction tels que, selon que l'on se place au niveau des entités ou du collectif, les dynamiques pertinentes prennent deux aspects distincts, la première se plaçant entre le couplage par input et le couplage par clôture, la deuxième appartenant à une catégorie très particulière de couplage par clôture. Le collectif d'entités pourra alors être vu comme un système auto-organisé au sens "fort" du terme.

Soit S un système, I l'ensemble des espaces possibles d'inputs (compatible avec la physique de l'environnement) et \Phi l'espace des dynamiques possibles sur S (i.e l'ensemble des fonctions possibles f: I_f \times S \rightarrow S avec I_f \in I), nous voudrions définir, moyennant un invariant que nous préciserons, les deux types de dynamique suivants:
Dynamique 1: Point de vue de l'individu

\Phi \times I_f \times S \rightarrow \Phi \times S
(f, i_t,s_t) \rightarrow (g, s_{t+1}), i_t \in I_f

(...) Cependant, si l'espace des dynamiques possibles est très grand, voire même ouvert, cette conception ne sera plus possible car cela serait se doter le système d'une information quasi-infinie.

On remarquera que l'espace des dynamiques possibles caractérise assez bien l'ensemble des formes extensives des jeux sociaux possibles (graphe du dilemme du prisonnier par exemple) modélisant l'espace des décisions possibles pour une situation donnée.

On remarquera la gène, l'embarras de l'auteur par la formulation alambiquée du propos, qui caractérise sans doute un manque de moyens pour s'acheter des super calculateurs, tout ou partie fabriqués à l'étranger.

Dynamique 2: Point de vue collectif

\Phi \times S \rightarrow \Phi \times S
(f, s_t) \rightarrow (g, s_{t+1}), avec f \subset s_t et g \subset s_{t+1}

Olivier Avenel dit :

12.14 III.1 Une approche formelle des systèmes mimétiques

III.1.A Etre sa propre métarègle
III.1.B La méta-cognition et la réflexivité dans une définition de l'imitation

L'imitation procède donc en trois temps

1) choix d'un modèle, selon un certain critère qui appartient au sujet, au cours d'un acte d'observation.
2) sélection d'un trait qui appartient au modèle et dont le sujet pense qu'il participe à la satisfaction de ce critère,
3) tentative de la part du sujet de copier le trait

III.1.B.b Définir les règles d'imitation
(...)
Nous allons être amenés à faire la distinction entre ce que nous allons appeler traits modifiables et autres traits:
- les traits modifiables de l'individu sont ceux que celui-ci peut changer de sa propre volonté. C'est le cas par exemple des vêtements que l'on porte, de l'attitude amicale ou agressive envers quelqu'un, du parti politique que l'on décide de soutenir, des stratégies de jeu, de la règle d'apprentissage utilisée pour une tâche donnée, etc. Ils se regroupent ainsi en diverses catégories et l'ensemble des traits modifiables d'un agent i peut être représenté par un n-uplet s_i \in S \subset T des choix de i pour les différentes catégories de traits (opinion politique, couleur de chemise, etc ...). Cet ensemble est l'équivalent de ce qui est appelé stratégie en théorie des jeux, avec, comme nous le verrons, la particularité qu'il n'y a pas de distinction entre stratégie et méta-stratégie.
L'ensemble des stratégies ou des n-uplet de traits modifiables sera noté S. Nous noterons K(S) l'ensemble des catégories de traits modifiables.

Les autres traits, à l'inverse, sont ceux qui ne dépendent pas de la seule volonté de l'individu. Ils dépendent de dynamiques plus complexes, voire impliquent d'autres acteurs. (...) le gain g_i d'un joueur est un autre trait.

Nous allons donc considérer des agents mimétiques qui seraont définis par un n-uplet \tau dont les premières composantes seront les traits modifiables des agents, que nous désignerons comme étant leur stratégie, et les dernières composantes seront les autres traits de l'agent (ses gains, sa réputation, ...). (...) un agent i est défini par \tau_i=(s_i,g_i) s_i \in \{C,D\} et ou g_i est un réel.

(...) l'ensemble des agents desquels un agent i donné peut inférer une partie des traits sera appelé le voisinage de l'agent (\Gamma_i) et l'ensemble des traits que i peut percevoir sera appelé traits perçus de l'agent et noté T_{p,i}.

Nous noterons \sigma_i=\{s_k, k \in \Gamma_i\} l'ensemble des traits modifiables (ou stratégies) que peut observer l'agent i chez ses voisins, et \sigma=(s_1, ..., s_N) l'ensemble des stratégies dans la population. en reprenant les notations de la théorie des jeux, nous noterons s_{-i} le N-1 uplet constitué des stratégies de tous les agents, i excepté.

Définition: Règle d'imitation r: T_{p,i} \rightarrow S
Une règle d'imitation, appliquée par un agent i, est composé des éléments suivants:

1) Une fonction de valuation: \nu_i: T_{p,i} \rightarrow \mathfrak{R}^{\Gamma_i}. Celle-ci est le critère en fonction duquel un agent i choisit d'imiter, c'est sa définition de "meilleur".
2) Une fonction de sélection \Lambda:  T_{p,i} \times \mathfrak{R}^{\Gamma_i} \rightarrow K(S). Celle ci sélectionne parmi les agents de score maximal la catégorie de trait pertinente pour l'imitation. Cette fonction inclut notamment un processus d'inférence qui peut faire l'objet d'un apprentissage.
3)Une fonction de modification: M:  T_{p,i} \times \mathfrak{R}^{\Gamma_i} \times K(S) \rightarrow S. Celle-ci modifie la stratégie s_i de i en changeant son trait modifiable de la catégorie désignée en fonction de ce que l'agent voit chez les voisins qu'il considère comme les meilleurs. Cette fonction peut aller de la simple copie au rapprochement "en direction de " dans le cas de traits définis par une variable continue.

Nous noterons R l'ensemble des règles d'imitation.

On citera l'ouvrage de Lemoigne sur la théorie du système générale qui définit plusieurs éléments, le système d'information, le système de décision/ sélection, le système d'imagination/conception auxquels nous avions rajouté un système de mémorisation (Jean-Louis Lemoigne, La théorie du système général, PUF ).

(...) Premièrement, les règles d'imitation deviennent elles-mêmes des objets cognitifs, identifiées par leur critère, et modifiables par l'intermédiaire de processus de traitements cognitifs. Elles deviennent donc des traits modifiables (R \in K(S)) . Elles peuvent ainsi s'insérer dans une hiérarchie de règles au sein de laquelle elles modifient certaines règles d'imitation, et sont conrtôlées par d'autres règles d'imitation. Pour cette raison, nous appellerons désormais ces règles, règles métamimétiques.

Définition: Un système métamimétique est un système tel que les hypothèses suivantes sont vérifiées:

H1) Les règles d'imitation sont des traits modifiables par application de métarègles.
H2) Une règle d'imitation peut opérer de manière réflexive en agissant sur elle-même en tant que trait modifiable.

Définition: chaîne métamimétique
Une chaîne métamimétique est un ensemble de règles d'imitation r_i i>0 organisé de manière hiérarchique à partir d'un comportement r_0 , tel qu'une règle de niveau n est un trait modifiable pour les règles de niveau n ou supérieurs. Une chaîne métamimétique à n niveaux sera notée s=(r_0,... r_n) r_i i>0 est une règle d'imitation.

Dans le vocabulaire de la théorie des jeux, nous pourrions dire qu'une chaîne métamimétique est une stratégie organisée de manière hiérarchique.

(...)
Reprenons notre exemple, si r est une règle d'imitation, r peut se transformer en r' si au cours d'un processus d'imitation initié par r s'il s'avère que le trait modifiable qui doit être modifiable est r elle-même et que r' est le trait modifiable sélectionné.
Ainsi, la nouvelle règle r' provient bien des inputs, comme le préconise Ashby, mais la cause du changement est bien r elle-même. L'agent change sous l'influence du social, mais d'après ses propres critères.

On remarque ici une notion d'autodétermination, dont le principe réside dans l'élaboration de "ses propres critères", de sa propre grille de lecture. On illustrera par la notion d'ensauvagement (Thérèse Delpech, l'ensauvagement, Grasset), qui caractérise un retour en arrière dans la façon de concevoir le monde et qui correspond à un affaiblissement des critères d'évaluation nécessaire à la pérénité de la civilisation dans la population. Nous reprenons le terme civilisation mais nous le distinguons de la façon dont il est employé par Huntington (Samuel P. Huntington, Le choc des civilisations, Odile Jacob), dans la mesure où ce dernier y conçoit une zone de conflit alors que nous y voyons une zone de réunion, de syncrétisme.

III.1.C Le jeu métamimétique

III.1.C.a Définition du jeu
(...) En conséquence, une contrainte s'impose naturellement: les chaînes métamimétiques doivent être bornées en taille en raison des capacités cognitives limitées des êtres humains.

On mettra cette contrainte en opposition avec la croyance bouddhiste qui postule que l'intelligence humaine est illimitée. L'une caractérise l'espoir, l'autre caractérise la défaite.

Nous pourrions donc envisager la borne cognitive comme une fonction de l'âge de l'agent.

Définition : jeu métamimétique

Un jeu métamimétique est un jeu à N joueurs dont les stratégies sont définies par des chaînes métamimétiques. Par ailleurs, les trois conditions suivantes doivent être vérifiées:

P1 - Rationalité limitée: le nombre de méta-niveaux qu'est susceptible de considérer un joueur est borné (borne cognitive de l'agent)

P2 - Méta-cognition: A tous les niveaux, les règles d'imitation sont des traits modifiables.

P3 - réflexivité: Une règle mimétique est un trait modifiable pour elle-même. En cas de modification réflexive d'une règle, celle-ci est conservée dans la mesure où le changement de structure nécessaire est compatible avec la borne cognitive de l'agent. Dans le cas contraire, la règle est remplacée.

A la lecture de la présente définition, on s'interroge sur le critère spécifique qui caractérise l'auto-organisation par opposition à l'auto-désorganisation. On notera également que la rationalité limitée est une hypothèse forte de l'analyse économique et qu'elle est rarement définie en ces termes (autrement dit : l'intelligence du client est limitée).

(...) Ces trois types de transition sont importants sous deux aspects. Premièrement ils définissent une variation endogène de la longueur de la chaîne métamimétique. Celle-ci est modifiée si, à un instant donné, l'agent considère qu'une stratégie plus complexe que celle qu'il suit est plus performante.
Deuxièmement, et c'est le point le plus important, dans le cas d'une mise à jour de la règle métamimétique de plus haut niveau, cette règle peut être amenée à changer si la borne cognitive est atteinte.

Ce dernier point illustre un principe de conversion qui réside dans le dépassement des représentations, l'atteinte de la borne cognitive.

(...) La deuxième objection possible serait de considérer que bien que les individus sachent qu'ils peuvent agir sur leurs buts ultimes, ils se refusent à le faire correspond à la condition suivante:
Condition P3':
a) L'agent se refuse à changer ses buts de plus haut niveau
b) L'agent ne change sa stratégie pour une stratégie plus performante que si cela n'est pas contradictoire avec le principe a.

La comparaison des conditions P3 et P3' révèle alors une asymétrie par rapport au temps. En ce qui concerne la condition P3, une situation de conflit, qui est analogue à ce que l'on appelle dissonnance cognitive, est résolue par la décision de l'agent ou tout du moins, est remplacée par une situation conflictuelle différente. en revanche sous la condition P3', la situation de conflit est reconduite et ne peut être dissoute que par des évènements indépendants de la volonté de l'agent.

On remarque ici l'analyse d'un processus de fanatisation religieux rendant inéluctable une émergence de situations conflictuelles.

On remarquera également que dans le cadre d'une planification à un niveau national, la remise en question des règles de plus haut niveau pose des problèmatiques liées à la survie de la population, rendant le choix entre P3 et P3' difficile à trancher.

III.1.D Les métadynamiques
Nous dirons qu'un agent est insatisfait s'il se trouve dans une situation où l'un de ses voisins est meilleur que lui suivant l'un des critères qu'il s'est donnés. Ainsi, en cherchant l'origine de cette différence et en essayant d'imiter ce meilleur voisin suivant la dimension pertinente, l'agent cherche à réduire son insatisfaction engendrée par sa situation courante. Mais cette insatisfaction n'est pas intrinsèque à son état, elle est le résultat d'une comparaison avec un autre.

On remarquera que justifier le changement par la notion d'insatisfaction est contraire à la philosophie de nombreux textes religieux (Tu ne voleras pas la femme de ton voisin, par exemple).
On remarquera également, que la notion d'insatisfaction est susceptible d'inhiber la coopération entre agents, la formation de coalitions, par ses effets de division.

Ainsi, jusqu'à plus ample lecture nous identifions assez mal en quoi les présents jeux métamimétiques caractérisent l'émergence de la coopération, l'auto-organisation.

Définitions:
(...)
Nous pouvons alors définir l'insatisfaction d'une chaîne s:
Insatisfaction:

F^t_s=\sum_{s \neq s'} F^t_s(s')

Insatisfaction relative:
Notons p^t_s la proportion de chaînes de type s au temps t.

\Delta p^t_s = p^t_s F^t_s - \sum_{s' \neq s}p^t_{s'} F^t_{s'}(s')

Cette équation est l'équation pilote des systèmes métamimétiques. Elle concerne des processus dynamiques en temps discret sur des des populations discrètes. Elle a la forme classique d'une équation-bilan et n'acquiert tout son sens qu'en considérant la notion d'insatisfaction.

(...) Dans le cas de jeux bruités, cette équation sera modifiée par l'ajout d'un terme stochastique \eta \in [0,1] vérifiant \sum_s \eta^t(s)=0 :

\Delta p^t_s = -p^t_s . F^t_s + \sum_{s' \neq s} p^t_s.F^t_{s'}(s) + \eta^t(s)

Nous aurons alors un processus de Markov perturbé.

III.1.D.d La réplication par imitation

Weibull (1995) donne une description très générale des modèles mimétiques en théorie des jeux évolutionnistes.

(...) La différence entre approche métamimétique et théorie des jeux évolutionnistes dans sa forme actuelle apparaît clairement dans la classification générale des classes de dynamique de sélection qu'établit Weibull. La plus large classe qu'il présente est celle des dynamiques régulières de sélection (regular selection dynamics) qui se décompose en quatre sous-classes distinctes: payoff-monotonic, payoff-positive, payoff-linear et weakly-payoff-positive. Comme le révèle le préfixe payoff devant les noms de ces classes, et qu'une étude plus approfondie confirme, tous ces types de dynamiques considèrent qu'une fonction exogène de gain est donnée de manière définitive aux agents, leur vie ne consistant plus qu'à optimiser d'une manière ou d'une autre cette fonction. Malgré la présence de processus mimétiques, il n'y a donc pas dans les modèles évolutionnistes présentées par Weibull de construction sociale de points de vue.

III.1.D.c La dynamique des réplicateurs
Le modèle le plus répandu parmi les jeux évolutionnistes est la donnée d'un jeu répété où des agents, de complexité cognitive variable, ont une durée de vie finie et sont remplacés au cours du jeu. Dans ce type de jeu, chaque agent se voit attribuer un score que l'on appelle fitness, qui détermine son taux de reproduction à chaque période. La fitness de chaque individu est donnée par une fonction globale, la fonction de fitness, qui prend en argument l'état du système. Ce type de dynamique s'appelle dynamique des réplicateurs. Comme le montre Weibull, il existe un lien fort entre les dynamiques de réplication par imitation qui ont été proposées jusqu'alors et la dynamique des réplicateurs, les premières étant d'une certaine manière réductibles à cette dernière.

Proposition: la dynamique des réplicateurs discrète correspond au cas particulier d'un jeu métamimétique avec une seule métarègle sur un graphe complet.

la formalisation de l'auteur laisse sous entendre qu'il ébauche ainsi sa première contribution au domaine de recherche. Nous éviterons de conclure trop vite, mais au regard des applications et de la portée dans les sciences économiques et sociales des concepts évoqués, la contribution semble manquer singulièrement d'ambition.

Quelques concepts de stabilité p184

L'équilibre de Nash
Les stratégies évolutionnairement stables
Les équilibres stochastiquement stables

III.1.D.d Concepts de stabilité pour les jeux métamimétiques

Les dynamiques non bruitées

Dans le cas des dynamiques non bruitées, le concept intéressant de stabilité est très proche de la notion d'équilibre de Nash en théorie des jeux. Si nous regardons au niveau individuel, un agent sera dit contrefactuellement stable s'il ne peut pas s'imaginer être mieux qu'il n'est en se mettant contrefactuellement à la place de l'un de ses voisins (théorie de la simulation). Pour un agent i, cela se traduit par:

\forall j \in \Sigma_i, s_j \neq s_i \Rightarrow v_i(s_j,s_{-j}) \leq v_i(s_i, s_{-i}) avec \sigma=(s_i, s_{-i})=(s_j, s_{-j})

III.1.D.e La codétermination des métadynamiques et de l'espace de stratégies

P^0_{\sigma \sigma'}= \prod_{i=1,...,N} F_i(\Gamma(s_i), s_i')

Nous pouvons lire sur cette expression que dans le cas des agents sans mémoire, P^0 est uniquement déterminée par F et \Gamma . La dynamique définie par la matrice de transition P^0 est une propriété intrinsèque de l'espace des stratégies S et de la topologie du réseau \Gamma .

Thèse 1: La sélection des distributions de comportement sociaux, en l'absence de perturbation, est entièrement déterminée par la classe de règles que les individus peuvent envisager et par le réseau social qu'ils forment.

Cette première thèse qui marque donc l'avancée scientifique du travail de l'auteur. On remarquera que c'est insuffisant pour caractériser l'auto-organisation, car l'élaboration de celle-ci repose sur la nature même des classes de règles. Or l'auteur étudie la réplication de ces règles mais pas leur élaboration, leur nature (s n'est pas caractérisée). Ainsi plutôt que de définir un jeu métamimétique basé sur l'insatisfaction, une étude fondée sur la jalousie en quelque sorte, nous aurions préféré aborder le sujet par une étude de la dignité qui explique que ma propre dignité est le reflet de celle des autres. On illustrera par la notion de face dans les sociétés asiatiques (Li-Hua Zheng, Les chinois de Paris et leurs jeux de face, l'harmattan)

Thèse 2: En présence de perturbations aux différents niveaux des interactions sociales, la sélection de la distribution de comportements sociaux se concentre autour des états stochastiquement stables de la dynamique non perturbée. Cette distribution dépend de la structure des perturbations, de la classe de règles que les individus peuvent envisager, et du réseau social qu'ils forment.

Thèse 3: Etant données des contraintes topologiques environnementales, et une structure de perturbations, la distribution des réseaux sociaux susceptibles de se former est entièrement déterminée par la classe de règles que les individus peuvent envisager.

Résumé du chapitre III.1
Ce chapitre a commencé par une question relative à la théorie de l'auto-organisation: comment peut-on concevoir un système qui élabore sa propre métarègle d'évolution ? Cette question est la généralisation de la problématique soulevée dans la partie I où il était question de rendre endogène une distribution sur différents types de comportements sociaux.

Les jeux métamimétiques sont donc construits autour d'un principe d'imitation, qui n'a pas de contenu en soi, et un ensemble de significations possibles, de définitions possibles de meilleur, qui s'organise sous ce principe.

En effet le travail de l'auteur, dans ce premier chapitre porte sur l'imitation, la réplication des stratégies de maximisation, c'est pourquoi notre dernier commentaire semble un peu sévère. Mais nous l'avons mentionné il y a quelques lignes, la portée et les implications des concepts présentés semblent dépasser le cadre de l'avancée scientifique consistant à formaliser mathématiquement un processus social. On illustrera par le fait que l'application de la thèse 1 de l'auteur se caractérise aujourd'hui par un système d'information international, à capitalisation boursière conséquente, appelé Facebook.

(...) Ceci étant, il reste à voir en pratique quels types de propriétés sont susceptibles de présenter de tels systèmes, ce qui fera l'objet du prochain chapitre.

Olivier Avenel dit :

12.15 III.2 Premiers exemples de systèmes métamimétiques autour du dilemme du prisonnier

(...) Le premier objectif sera de donner des exemples concrets d'auto-organisation dans un jeu métamimétique, de donner des exemples de structures émergentes, d'étudier la relation entre dynamique individuelles et dynamiques collectives et de voir de quelle manière les perturbations peuvent permettre au système de sélectionner une dynamique particulière parmi l'ensemble des dynamiques compatibles avec sa structure interne. Le deuxième objectif sera de proposer une approche nouvelle des phénomènes de coopération, dans les cas où les gains ne sont pas directement reliés à un succès reproductif, comme cela est le cas en général pour l'évolution culturelle humaine.

III.2.A Le dilemme du prisonnier métamimétique spatialisé
(...)Dans cette perspective, certains aspects de l'agent, qui dans d'autres modèles sont fondamentaux, comme les processus d'inférence, les processus d'apprentissage ou les processus éductifs, feront l'objet d'hypothèses par défaut. Nous laisserons une modélisation plus réaliste de ces aspects pour de futurs travaux.

D'après ce qui précède, les agents sont donc capables d'envisager cinq règles métamimétiques:

1) Maxi: Imitation indexée sur les gains. le meilleur voisin est celui qui a le gain le plus élevé. (...)
2) Mini: Règle d'imitation symétrique de Maxi, la fonction de valuation étant multipliée par -1.
3) Conformiste: Imitation indexée sur les densités. Les meilleurs voisins sont ceux qui ont les traits modifiables les plus communs. (...)
4) Anticonformiste: Règle d'imitation symétrique de la règle conformiste (fonction de valuation multipliée par -1). Les meilleurs voisins sont cexu qui ont les traits modifiables les plus rares. (...)
5) Aléatoire: L'agent choisit un de ses voisins au hasard et imite sa règle avec une probabilité (...)

On remarquera après l'étude des paragaphes de ce chapitre définissant la structure du jeu métamimétique que l'imitation repose uniquement sur la réplication de comportement, et que par conséquent l'élaboration d'une règle de comportement commune, une stratégie composée de variables intrinsèques à plusieurs agents, n'est pas envisagée. Ce qui pose un sérieux problème d'élaboration de l'architecture organisationnelle, qui devrait normallement faire partie de l'émergence, de l'auto-organisation.

III.2.B La dynamique interne des jeux métamimétiques

Nous allons commencer par étudier les dynamiques non perturbées du dilemme du prisonnier métamimétique. Nous illustrerons en particulier par des exemples les points suivants:

1) Les systèmes métamimétiques sont des systèmes auto-organisés présentant des attracteurs forts, avec une convergence généralement rapide vers ces attracteurs.
2) ces attracteurs sont globalement statiques
3) les attracteurs hétérogènes sont plutôt la règle que l'exception
4) les populations à l'attracteur sont structurées (formation de clusters, distribution similaire des différents types d'agents pour un large ensemble de conditions environnementales).

Comment voir un attracteur ou un SSS ?
(...)Notamment, comment rendre compte de la convergence vers une distribution limite \mu du processus de Markov définissant la dynamique du système.

On remarquera que la notion d'attracteur est démontrée par la convergence vers une limite, ce qui s'applique très bien au dilemme du prisonnier répété, caractérisant ainsi l'attraction de la compétition.

III.2.B.a Quelques cas de jeux simples

III.2.B.a.i) L'art d'être anticonformiste dans une société conformiste

(...) Tant que la proportion d'anticonformistes n'est pas trop grande et qu'ils sont suffisament éparpillés, le système sera stable du point de vue des règles d'imitation. En revanche, un système avec une proportion d'anticonformiste au dessus de 4/9 sera instable.

III.2.B.a.ii) Choisir l'opulence, faire voeu de pauvreté

III.2.B.A.iii) Devenir maximisateur par conformisme

III.2.B.b Le mélange des genres
Les trosi études que nous venons d'effectuer au a) nous permettent déjà de poser les remarques suivantes:

- l'ensemble des attracteurs métamimétiques est très vaste et peut couvrir un ensemble très étendu de distributions possibles sur les différents types d'agents.
- lors d'un processus de réorganisation à partir d'un état désordonné, seul un sous-ensemble très restreint de cet ensemble d'attracteur est atteint, celui-ci étant caractérisé par une valeur moyenne des différents types de règles et de comportements.
- les processus de réorganisation à partir d'un état désordonné aboutissent à l'émergence de distributions spatiales sur les règles et les comportements.

Conclusions de cette étude

Nous voyons là s'affirmer le parallèle entre les jeux métamimétiques et le rôle que Gabriel Tarde (1890) attribuait dans la structuration des systèmes sociaux.
C'est par des accords ou des oppositions de croyances s'entre-fortifiant ou même s'entre-limitant, que les sociétés s'organisent ; leurs institutions sont surtout cela. C'est par des concours ou des concurrences de désirs que les sociétés fonctionnent.

On remarquera le caractère de fatalité d'une convergence vers un attracteur que l'on mettra en opposition avec une auto-organisation du type division du travail.

III.2.B.b.ii) Cartographie des attracteurs

Conclusions de cette étude
Cette étude confirme les deux observations que nous avions relevées sur une étude de cas, à propos de la dynamique interne des jeux métamimétiques, à savoir:
- une population d'agents jouant à un jeu métamimétique se réorganise spontanément à partir d'un état désordonné, atteignant rapidement un état globalement stable: un attracteur métamimétique. Ce processus s'interprète en terme de cognition sociale comme un "calcul" collectif à partir d'un état donné. Ces attracteurs présentent des structures caractéristiques de l'espace des métarègles.
- les attracteurs atteints dans le cadre d'un jeu métamimétique défini par un espace symétrique de règle sont tous hétérogènes, aussi bien au niveau des comportements qu'au niveau des métarègles, lorsque la distribution initiale sur les règles est aléatoire uniforme,
- les configurations désordonnées décrites par un même taux initial de coopération et une même matrice de jeu convergent vers des attracteurs similaires en termes de distributions sur les comportements et sur les gains.
- la coopération est présente pour l'ensemble des valeurs des paramètres étudiés et est souvent prédominante.

III.2.C la sélection par le bruit

Nous venons de voir que la dynamique d'un jeu métamimétique possède en général une multitude d'attracteurs relativement statiques, qui peuvent être classés en fonction de leurs propriétés globales (dynamique définie par P^0 ). Dans cette section nous étudions la dynamique perturbée P^\epsilon . Nous montrons ainsi que:

1) Les propriétés des dynamiques internes des systèmes métamimétiques (hétérogénéité et structuration) sont résistantes à l'introduction de bruit dans le système.
2) L'introduction du bruit permet de sélectionner un ensemble de configurations concentrées autour de certains attracteurs de la dynamique interne. La dynamique du système sur le long terme acquiert alors une certaine indépendance par rapport aux conditions initiales, notamment quant à la distribution initiale des règles d'imitation.

III.2.C.a Quel avenir pour les maximisateurs myopes dans une société conformiste ?
III.2.C.a.i) Pourquoi l'erreur sur les actions favorise-t-elle le conformisme ?
Proposition:
Dans un dilemme du prisonnier métamimétique spatial composés d'agents myopes défecteurs maxi ou conformistes, avec un niveau de bruit \epsilon_a sur les actions, s'il existe un îlot stable de conformistes, la distribution limite sur les états du système est caractérisée par une population uniformément conformiste. De plus, lors du régime transitoire vers cette distribution limite, la vitesse de croissance des îlots est, au premier ordre, proportionnelle au produit de leur périmètre externe par \epsilon_a .

Proposition:
Dans un dilemme du prisonnier métamimétique spatial composé d'agents myopes maxi ou conformistes, avec un niveau de bruit \epsilon_r sur les méta-règles, la distribution limite sur les états du système est caractérisée par une proportion (1-\epsilon_r/2) d'agents maxi et une proportion \epsilon_r/2 de conformistes. De plus, durant le régime transitoire, il existe un temps Tc tel que pour t < T_c la vitesse de disparition des îlots conformistes est égale à \epsilon_r/2 le processus s'accélérant pour t>T_c .

III.2.C.b L'incertitude dans une société maxi-mini
(...)
Une société maxi/mini sera alors partagée entre des maxi défecteurs et mini coopérateurs. Celle-ci, sous l'effet des perturbations, atteindra un état avec 50% d'agents de chaque type, ce qui est effectivement observé lors de simulations.

On s'interroge sur l'utilité et les applications de telles propositions et de telles conclusions. L'application en biologie peut être intéressant, mais dans le cadre d'une population humaine, l'intérêt et les applications relèvent immédiatement du domaine de l'éthique à les utiliser. On illustrera par la notion d'attracteur métamimétique du type "apéro Facebook".

III.2.C.c L'effet des perturbations sur les systèmes métamimétiques
III.2.C.c.iv) Emergence de la coopération par différenciation

Dans le cadre d'une approche de la coopération, le formalisme métamimétique permet de voir la coopération humaine non comme le résultat d'un processus d'optimisation sous contraintes, qui est l'idée dominante en modélisation, mais comme un processus de différenciation par co-évolution. Ainsi, la question n'est pas de savoir comment des altruistes peuvent "survivre" dans un monde égoïste, avec tout le poids que la sociobiologie a pu ajouter au mot survivre, mais comment des objectifs hétérogènes peuvent se renforcer et s'entre-limiter dans leur identité propre pour aboutir collectivement aux structures observées.

On s'aperçoit ici que l'auteur ne s'intéresse pas à l'auto-organisation comme pourrait l'être la naissance de la première division du travail, mais plutôt à la formation du groupe, de la horde. La distinction provient de la différence entre une caractéristique animale, et sur ce point nous contredisons en partie ce qui a été développé dans les premières parties du document, et ce qui caractérise l'intelligence humaine, la formation au moyen d'une intelligence collective de grands systèmes complexes.

(...) Nous nous rapprochons ainsi fortement du point de vue de Dominique Lestel exprimé dans son ouvrage "les origines animales de la culture":
La question de la culture peut être posée dans toute sa plénitude, comme celle de l'espace physique, social, individuel et comportemental par lequel l'organisme développe une expérimentation par rapport aux nécessités auxquelles il est soumis, et les fait jouer les unes contre les autres. La culture est l'individuation par le collectif. Elle est en d'autres termes l'optimisation de stratégie de différenciation.

Résumé du chapitre III.2

(...) Cette étude nous a permis de proposer une approche de la coopération qui ne se poserait pas en termes "d'avantages" de tel ou tel comportement, mais qui apparaîtrait comme l'effet de l'hétérogénéité des buts des individus dans une population d'agents métamimétiques.

On remarquera que la présente caractérisation de la coopération reste vague et peut prêter à interprétations.

(...) Dans ce dernier cas, nous avons parlé d'émergence de la coopération au cours d'un processus de différenciation par co-évolution. Ceci exprime le fait que dans un monde où des agents métamimétiques sont capables de formuler un certain ensemble de règles, les structures émergentes qui apparaissent au cours de l'évolution d'une population sont la projection au niveau collectif de la structure interne de cet espace de règles d'imitation, l'angle de cette projection pouvant être modulé par le bruit. Ces structures sont donc une propriété intrinsèque de l'espace des règles considéré et la structure des perturbations, et sont indépendantes de l'état initial du système.

C'est vrai, c'est un aspect de la réalité que les bouddhistes font appartenir au monde des esprits affamés.(Fremantle, Trungpale livre des morts tibétain,)

Olivier Avenel dit :

12.16 III.3 Point de vue métamimétique sur quelques problèmes classiques de modélisation

(...) Enfin, le dernier thème dont nous allons discuter est celui de la formation endogène des réseaux sociaux, revenant ainsi sur la question qui était à l'origine de cette thèse: peut-on formaliser la création de liens dans un réseau d'agents sans imposer un critère unique sur la viabilité de ces liens ?

III.3.A Un principe d'endogénéisation des distributions des paramètres propres: l'exemple des constantes de temps

III.3.B Modéliser la co-évolution gènes culture
(...)
D'autre part, si l'on devait admettre une définition de la coopération se traduisant par un coût en terme de fitness pour l'individu, il faudrait également montrer en quoi une société métamimétique arrive à maintenir un taux de coopération élevé.
(...)
III.3.B.a Dynamique métamimétique et dynamique des réplicateurs
III.3.B.b La sélection naturelle favorise la coopération
(...)
Pour conclure, nous remarquerons que nous avons ici un exemple avec trois niveaux d'émergence enchevêtrés: une émergence de structures au niveau génétique et une émergence au niveau des comportements culturels, toutes deux étant régulées par une émergence de structures au niveau des métarègles. Ce sont donc les métadynamiques de la cognition sociale qui vont déterminer la co-évolution gènes / culture en posant des contraintes sur les dynamiques spatio-temporelles des formes émergentes au niveau génétique et au niveau des comportements des agents.

III.3.C Vers des réseaux sociaux endogènes

De manière générale, si l'on envisage que les réseaux sociaux sont à la cognition sociale ce que les réseaux neuronaux sont à la cognition individuelle (Bourgine), nous comprenons bien que la topologie des réseaux va avoir une influence non négligeable sur la dynamique du système.

Effectivement l'espoir illusoire de réaliser un cerveau artificiel grâce aux réseaux neuronaux explique le ralentissement de la recherche dans le domaine pendant les années 1980. Cependant comment expliquer le glissement sémantique qui fait qu'aujourd'hui Facebook, Viadéo, Linkedin sont appelés réseaux sociaux ?

Résumé du chapitre III.3
La dernière question, qui est certainement la plus importante dès lors que nous parlons d'imitation ou de cognition sociale: Qui peut voir qui ? Qui peut interagir avec qui ? C'est donc la question de l'origine du réseau social sous jacent aux interactions ( \Gamma ). Nous avons alors suggéré d'élargir l'approche des modèles de formation endogène des réseaux sociaux, qui s'appuient sur un critère fixe de sélection des liens, en considérant un ensemble de critères de sélection, qui évolueraient en tant que traits modifiables sous des dynamiques métamimétiques. L'ensemble des agents, vu comme un collectif, sera alors un système qui s'auto-organise, tant du point de vue de sa dynamique interne, que du point de vue de sa topologie, sous l'action de l'espace de règles.

Olivier Avenel dit :

12.17 Conclusion

L'auto-organisation du social par les phénomènes métamimétiques

Nous avons vu dans les premiers chapitres que celle-ci ne peut pas coïncider avec l'évolution biologique pour des raisons bien simples d'échelles de temps: sur les quelques milliers d'années d'évolution culturelle galopante, le génome, n'a pas évolué. Il est donc nécessaire d'envisager les systèmes sociaux comme des systèmes autonomes par rapport aux phénomènes biologiques. Théâtres de l'émergence de ce que Hayek a qualifié d'ordre "spontané", ils ne peuvent évoluer que sous l'effet de forces internes.

(...)
La direction de recherche que nous avons proposée est une manière de dissocier le principe d'imitation des éléments qui entrent dans la description des formes d'imitation. Ceci nous a été suggéré par l'analyse de travaux en psychologie et en éthologie, qui mettent en évidence l'importance de la réflexivité et de la méta-cognition dans la définition des processus cognitifs propres à l'espèce humaine.

(...) Nous avons ainsi dégagé un concept de stabilité propre aux phénomènes mimétiques: un agent est contrefactuellement stable s'il ne peut s'imaginer être mieux qu'il n'est en se mettant contrefactuellement à la place d'un de ses voisins.

(...)"Quelle stratégie est la meilleure ?". Or, sauf à se placer dans un cadre normatif où il est admis qu'une norme exogène détermine les buts des agents, cette question en appelle inévitablement une autre: "Quelle définition de meilleur est la meilleure ?". Cette dernière n'est cependant pas du ressort du modélisateur. En effet, posée au niveau individuel, toutes les opérations de terrain indiquent qu'il n'existe pas de critère unique qui guiderait tous les comportements individuels. Posée au niveau collectif, elle devient une question éthique, philosophique ou politique, mais ne concerne en rien la façon de modéliser les comportements individuels.
(...)
Certes l'imitation, telle que nous l'avons présentée, ne participe que pour partie à la détermination des comportements sociaux, et une théorie des systèmes sociaux se doit d'intégrer un ensemble bien plus vaste de phénomène (éduction, apprentissage, mémoire, processus automatique, renforcement, etc, ). Mais quand bien même l'idée de stabilité contrefactuelle devrait être élargie et complétée, si l'approche présentée ici est pertinente, la question qui incombe au modélisateur n'est plus "Quelle stratégie est la meilleure ?", mais "Quelles sont les configurations sociales qui sont stochastiquement contrefactuellement stables ?", ces configurations n'étant pas nécessairement "désirables".

On remarquera que l'équilibre attracteur de la compétition associé à un attracteur métamimétique caractérise assez bien pourquoi l'empire ne s'inscrit pas dans la durée, tout au plus quelques siècles.(Philippe Richardot, Les grands empires, ellipses). Plus pragmatiquement, une configuration indésirable se caractérise également assez bien avec la notion "d'apéro Facebook", surtout si une évolution vers la violence se produit.

Limites de cette approche

Les agents métamimétiques et leurs institutions

De la même manière, l'émergence d'une religion peut être vue comme la proposition d'un ensemble de règles par un petit groupe d'individus, adopté par la suite par un groupe plus large. après s'être propagés, ces nouveaux traits sont perçus par un grand nombre d'agents mimétiques, et deviennent des entités susceptibles de s'auto-renforcer et d'acquérir une très grande stabilité. Ces entités interviennent alors de fait, dans la coordination des comportements des agents, et peuvent être vues comme des institutions.
Mais ces entités peuvent elles-mêmes dans certains cas, s'institutionnaliser "en dur", en se dotant de représentants. Il y a alors création d'un nouvel agent, qui a souvent la particularité d'avoir un voisinage bien plus large que la moyenne des individus. Ses actions et les règles qu'il diffuse ont alors plus d'impact.
(...)

Pour conclure, on remarquera que l'auteur, à l'époque où il écrit ces lignes, est conscient des enjeux que nous avons développés dans nos commentaires.

13 Chigolet Gregory, Recherche sur la notion d'équilibre et ses applications aux théories de la planification économique, thèse

by Olivier Avenel | octobre 5, 2009 2:16

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<Abstract>

Incontestablement, les équilibres sont à l'heure actuelle la situation de référence de pratiquement toutes les théories économiques (néo-classique, post-keynesienne ...). Plusieurs motifs expliquent cette focalisation. Cet état de fait résulte d'abord de la difficulté à analyser les situations de déséquilibres qui se caractérisent par des effets reports extrêmement complexes à saisir. D'autre part, on peut légitimement s'interroger sur l'intérêt de déployer des efforts non négligeables pour comprendre ces situations qui sont par essence extrêmement fugaces. Mieux vaut donc se concentrer sur des états pérennes. Enfin le recours croissant aux mathématiques, en particulier aux différentes versions du théorème du point fixe, constitue une dernière cause explicative.

Quoi qu'il en soit, et bien qu'elle soit continuellement employée, il est étonnant de constater que la notion d'équilibre est mal définie (Hahn 1976) et que le concept s'avère "ni aussi simple ni aussi évident qu'il peut y paraïtre à première vue.

</Abstract>

<Sommaire>

<Chapitre 1>Les caractéristiques de l'équilibre</Chapitre 1>

<Chapitre 2>L'équilibre comme point fixe d'un processus</Chapitre 2>

<Chapitre 3>L'équilibre comme ensemble d'accords finals</Chapitre 3>

<Chapitre 4>Trajectoires et orbites</Chapitre 4>

<Chapitre 5>Propriétés et sélection des équilibres</Chapitre 5>

<Chapitre 6>La stabilité des processus</Chapitre 6>

<Chapitre 7>Temps et amplification des déséquilibres. Le principe d'entropie</Chapitre 7>

<Chapitre 8>De la possibilité de gérer l'activité économique par un système planifié</Chapitre 8>

<Chapitre 9>Planification étatique et contrôle optimal</Chapitre 9>

<Chapitre 10>La planification de l'entreprise</Chapitre 10>

<Conclusion>

</Sommaire>

<Auteur>

Gregory Chigolet:

</Auteur>

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Olivier Avenel dit :

13.1 Introduction générale

Incontestablement, les équilibres sont à l'heure actuelle la situation de référence de pratiquement toutes les théories économiques (néo-classique, post-keynésienne ...). Plusieurs motifs expliquent cette focalisation.

Cet état de fait résulte d'abord de la difficulté à analyser les situations de déséquilibres qui se caractérisent par des effets reports extrêmement complexe à saisir. D'autre part, on peut légitimement s'interroger sur l'intérêt de déployer des efforts non négligeables pour comprendre ces situations qui sont par essence extrêmement fugaces. Mieux vaut donc se concentrer sur des états pérennes. Enfin le recours croissant au mathématiques, en particulier aux différentes versions du théorème du point fixe, constitue une dernière cause explicative.

Quoi qu'il en soit, et bien qu'elle soit continuellement employée, il est étonnant de constater que "la notion d'équilibre est mal définie [...] (Hahn 1976, p226) et que le concept s'avère "ni aussi simple ni aussi évident qu'il peut y paraitre à première vue." (Balasko 1988, p2). Avant d'aller plus loin nous allons éclaircir ce point.

Les deux formulations courantes
Dans l'introduction de son ouvrage de 1984, Benassy évoque l'existence de deux conceptions de l'équilibre qui tendent d'ordinaire à se confondre:
"On trouve en effet dans la littérature deux significations différentes de ce mot. La première que nous avons utilisé ci dessus, se réfère à la notion d'équilibre d'un marché, c'est à dire l'égalité de l'offre et de la demande sur ce marché. C'est la notion que l'on trouve chez Marshall, Walras, et chez la plupart des auteurs ultérieurs dans la tradition néoclassique. Cependant il existe une autre définition du mot équilibre empruntée aux sciences physiques et qui décrit intuitivement un état de repos d'un système [...]. Bien que cette seconde définition soit beaucoup plus générale que la première, elles ont souvent été confondue, notamment en théorie micro économique où l'égalité de l'offre et de la demande sur les marchés apparaissent comme la condition la plus naturelle pour un équilibre selon la seconde définition.

Ce point, en première page du document, illustre la conception statique de l'équilibre. On remarquera l'illusion d'avoir cette notion de repos lorsque l'offre égalise la demande. Illusion que l'on pourra illustrer par la définition d'équilibre en théorie des jeux, qui précise qu'une position d'équilibre est une position dont on ne peut dévier sans inévitablement diminuer son utilité. Ainsi, on lui préféra une notion d'équilibre dynamique plutôt qu'une notion d'équilibre de repos, statique. Ces deux notions d'équilibre étant des notions duales, opposés, qui coexistent dans la vie et dans l'économie. La notion d'équilibre statique, d'équilibre de repos est ce que nous appelerons un équilibre attracteur, comme l'illustre l'équilibre de la compétition dans la matrice du dilemme du prisonnier en théorie des jeux. Equilibre attracteur qui implique le repos, l'immobilité et dans certain cas la mort du système. Par opposition l'équilibre dynamique est une notion qui caractérise une situation de mouvement impliquant une stabilité. Cette situation de stabilité est maintenue par différents mécanismes, qui permettent de tenir une position ou de faire évoluer l'équilibre vers une autre position sans pour autant tomber dans ce que l'auteur appelle "un déséquilibre", une chute, une crise. Cette notion d'équilibre est caractérisée par la présence d'un moteur dans le cas d'une situation physique d'un navire ou d'un aéronef. Dans le cas d'une situation économique, le moteur est constitué matériellement par un système d'information qui permet de maîtriser, de planifier les flux de ressources (matières, humaines, infrastructures) et les flux financiers, qui par consommation d'énergie, comme toute motorisation, seront transformés pour élever le niveau de vie d'une population. La notion de planification est centrale dans le propos, elle fait appel aux concepts les plus modernes d'intelligence artificielle, c'est pourquoi nous sommes étonnés de la forme que prend cette introduction de thèse au regard de son titre: "Recherche sur la notion d'équilibre et ses applications aux théories de la planification économique". La lecture du document nous dira, si l'auteur s'est fourvoyé pendant ces trois années de thèse avec la complaisance de ses tuteurs.

La version générale
Une façon similaire de présenter la notion d'équilibre, dans son sens général, est celle de A. Lalande (1928, 1999) qui considère, en mécanique, qu'un "système est en équilibre sous l'action de forces déterminées lorsqu'il est susceptible de rester indéfiniment dans cet état en présence de ces actions." Ce qui une fois appliqué aux sciences économiques aboutit à la présentation de Machlup (1958) selon laquelle un équilibre correspond à une "constellation de variables choisies, reliées et ajustées les uns aux autres de telle manière qu'elles interdisent toute tendance au changement dans le modèle qu'elles constituent." p25.

La compatibilité des plans des agents
Plutôt que d'exposer les choses en termes d'égalité entre l'offre et la demande, d'autres auteurs préfèrent utiliser un corollaire. Tel est, par exemple, le cas de Hicks (1934) pour qui: "Un marché est en équilibre, d'un point de vue statique, si chaque individu agit de manière à atteindre sa position préférée, dans la limite des occasions qui lui sont offertes. Cela suppose que les actions des protagonistes sont compatibles. (p51)

Effectivement, puisque la démarche microéconomique se fonde sur un principe de maximisation simultanée sous contrainte de l'utilité et du profit, l'équilibre se caractérise par un contexte de compatibilité des plans des agents. Aucun d'entre eux n'ayant intérêt à modifier sa position. Ce que l'on résume parfois à travers la formule : "rien ne bouge".

La maximisation simultanée sous contrainte de l'utilité et du profit, caractérise une notion d'intelligence d'artificielle qui s'applique aux théories de l'équilibre classique. Selon notre conception il suffit de mentionner la maximisation de l'utilité sans mentionner le profit, car c'est précisément le calcul exhaustif de l'utilité, englobant le profit, qui est sujet aux interprétations les plus diverses. On mentionnera la théorie du coût global de possession pour illustrer en quoi le calcul de l'utilité ne se résume pas à un simple aspect de comptabilité ou trésorerie d'une entreprise, mais s'évalue plutôt au niveau national pour y intégrer les aspects sociaux et environnementaux liés aux activités industrielles, et qui ne figurent pas dans le bilan d'une entreprise. D'autre part on remarquera que si l'on ajoute une dimension temporelle, caractéristique d'une évolution dynamique, on prendra l'exemple de la vitesse v=d/t, alors la maximisation sous contrainte et son résultat deviennent des valeurs évolutives, ce qui prouve le caractère dynamique de l'équilibre.
On remarquera que l'évidence du caractère dynamique de l'équilibre se matérialise dans les esprits, lors d'une informatisation de la maximisation sous contrainte (Un simple tableur excel suffit ...). Il reste à avoir l'ambition d'informatiser l'équilibre au niveau national et c'est précisément ici que l'on attend les développements de l'auteur sur la planification. On remarquera également que la maximisation sous contrainte figure dans tout bon progiciel de gestion de production, dans la partie planification et MRP (Material Requirement Planning).

Malinvaud (1991) remarque alors que:
"La compatibilité a deux dimensions toujours présentes, ne serait -ce qu'implicitement dans certains modèles: (1) les diverses action d'un même agent sont compatibles entre elles, compte tenu des contraintes qui s'imposent à lui et des objectifs qu'il poursuit, éventuellement avec une rationalité limitée; les actions des divers agents sont compatibles entre elles : par exemple un échange sur un marché est un achat pour un agent et une vente pour un autre. Ainsi je propose la définition suivante: Dans la représentation abstraite d'une catégorie de phénomènes économiques, un équilibre est un état dans lequel les actions des divers agents sont mutuellement cohérentes entre elles et sont, pour chaque agent, compatibles avec le comportement que cette représentation lui attribue." (p152)

Equilibre et vertus du système économique
Ces propos sont représentatifs de l'état d'esprit des économistes. La plupart associent systématiquement l'équilibre à une situation idéale. Dans ce domaine, la position sans doute la plus répandue est d'assimiler "équilibres non walrasien" et "déséquilibre". Implicitement, cela revient à spécifier que l'équilibre correspond uniquement à une coordination adéquate de l'activité économique (où chaque individu peut réaliser son plan optimal):
"Pour passer du monde de Walras à celui de Keynes il suffit de supposer qu'il n'y a pas de mécanisme de tâtonnement. L'élimination de ce processus signifie simplement que l'élaboration de l'information nécessaire à la coordination des activitéséconomiques dans un vaste système où la décision est décentralisée prend du temps et implique des coûts économiques, il n'est nécessaire d'éliminer aucune autre hypothèse classique [...] il n'est pas nécessaire de nier l'existence d'un vecteur de prix non négatif et de taux d'intérêt compatibles avec l'utilisation complète des ressources. Pour être Keynésien, il suffit de prendre en compte les difficultés de trouver le vecteur prix qui équilibre les marchés." (Leijohnufvud 1967 p 404)

Dans un premier point on remarque un moyen de parfaire notre connaissance des équilibres Walrasien qui selon l'auteur peuvent être assimilés à des déséquilibres, nous rapprochant ainsi du dualisme équilibre dynamique, équilibre statique attracteur.
Dans un deuxième point on remarque des doubles négations "nier l'existence d'un vecteur de prix non négatif" qui forme de manière crapuleuse l'hermétisme des sciences économiques et de la finance pour l'homme du commun.

(...)
La notion d'équilibre en cas d'absence de compatibilité des plans
En effet, si on se réfère à Keynes (1936), le niveau d'équilibre de l'emploi correspond au "niveau où rien n'incite plus les entrepreneurs pris dans leur ensemble à développer ni à contracter l'emploi". (p55). L'analogie avec une situation où rien ne bouge est claire mais il n'est pas fait référence à une quelconque idée de compatibilité. Tout au plus peut -on estimer qu'il en existe une au sens de Malinvaud.

Le cas échéant, la nécessité d'avoir une notion d'équilibre utilisable dans le cas où les plans des agents ne sont pas forcément compatibles, ne résulte pas d'une difficulté à faire converger les prix (absence de flexibilité) mais de la prise en compte de l'incertitude. Si l'on désire que le concept d'équilibre ne serve pas qu'à l'étude de cas particuliers (des économies sans incertitude), il faut pouvoir prendre en considération l'incertitude sans cacher la difficulté derrièer un problème de "flexibilité".

On remarque que la définition d'équilibre dans le domaine social, "les actions des divers agents sont mutuellement cohérentes entre elles", "dans le cas où les plans des agents ne sont pas forcément compatibles". Cette dimension sociale se caractérise par une analyse des conflits entre agents. C'est précisément ce qui nous a poussé intuitivement à préconiser un mécanisme de régulation des conflits partiellement ou en totalité automatisé ( Michael Porter, l'avantage concurrentiel ) reposant sur les mécanismes de la théorie des jeux et de l'intelligence artificielle (Marjorie Le Bars, Un simulateur Multi-Agent pour l'aide à la décision d'un Collectif, thèse) et de dynamique des organisations (A,B,H,L, Les nouvelles approches sociologiques des organisations).

"Sans cacher la difficulté derrière un problème de "flexibilité" : Il est dommage que l'auteur ne précise pas plus explicitement ce débat d'initiés. Nous inférerons qu'il parle de la flexibilité du système d'information papier existant jusque dans les années 1990.

HYPOTHESE DE BASE (H1)
Après cette brève discussion, concluons sur notre problème de base, qui est de présenter diverses formulations du concept d'équilibre afin de fournir un point de départ à notre recherche. A la vue des éléments énoncés, on commencera celle - ci en posant l'hypothèse que l'équilibre est une situation où rien ne bouge ou, ce que l'on considérera comme équivalent, qu'il s'agit d'un état de repos d'un système.
Cette hypothès n'est pas particulièrement restrictive car, autant que l'on sache, personne ne la conteste. Les débats sont liés à la possibilité de l'affiner et/ou de l'élargir ainsi qu'à l'étude de ses propriétés.
Soulignons toutefois que cette hypothèse ne permet pas de prendre en compte un éventuel aspect "dynamique". Pour cause, on remarquera lors du chapitre VII qu'un équilibre ne peut en aucun cas être "dynamique".

Cette hypothèse est ce qui nous a le plus surpris à la première lecture. Commençons par examiner "autant que l'on sache personne ne la conteste." à la lumière de la "bible" de la théorie des jeux: Theory of games and economic behaviour de Von Neuman et Morgenstern. Nous avons noté il y a bientôt deux ans la remarquable modération du propos de l'ouvrage concernant la théorie économique de l'équilibre statique et qui consiste à dire qu'en l'état la théorie est loin d'être achevée et qu'il est difficile de prédire qu'elle forme elle aura une fois aboutie (Von Neumann and Morgenstern, Theory of Games and Economic Behavior, Princeton). Et lorsqu'il s'agit de traiter l'aspect dynamique, on remarque également que l'ouvrage parle d'étude non appropriée de la théorie statique (Von Neumann and Morgenstern, Theory of Games and Economic Behavior, Princeton).

Continuons et faisons un peu de sémantique sur l'extrait "l'hypothèse que l'équilibre est une situation où rien ne bouge ou, ce que l'on considérera comme équivalent, qu'il s'agit d'un état de repos du système".
"Rien ne bouge", "Un état de repos du système" sont très éloignés de la nature compétitive de l'économie, ce qui illustre assez bien pourquoi ce genre de théorie (Classique, Néo classique, ...) est inadéquate pour comprendre les mécanismes économiques et financiers internationaux. En effet, loin d'être de tout repos, l'économie est le terrain d'une lutte sans merci entre les intérêts financiers, de politique intérieure et de géopolitique, le terme courament utilisé est celui de guerre économique, ou guerre hors limites.

Nous assimilons le propos à la seule caractérisation de l'équilibre statique attracteur, que l'on illustre souvent par l'équilibre compétitif du dilemme du prisonnier impliquant effectivement le repos, voir la mort des protagonistes. Ce qui nous intéresse ici, c'est l'autre équilibre, celui de la coopération, celui que nous qualifions d'équilibre dynamique en se référant à l'image du navire ou de l'aéronef tenant une position en mer ou en l'air, position qui nécessite un moteur et du carburant. On pourra ergoter qu'il ne s'agit pas exactement d'un équilibre, alors accordons nous sur la sémantique commune de la notion d'équilibre, qui consiste à y voir une position qu'il faut maintenir avec des moyens internes contre des conditions externes. Cette notion d'équilibre plus large est enveloppe de l'équilibre statique, de repos, mais caractérise également des notions très différentes comme celle citée plus haut d'une intelligence technologique contre son environnement, ou tout simplement de la vie sur terre. L'image de l'équilibre pour caractériser la vie sur terre n'est elle pas la plus belle illustration de cette énergie intelligente qui luttant pour sa survie est en perpétuelle exposition, en perpétuel équilibre au bord du gouffre, au bord de la mort, tel le pendule dans sa position haute, soumis au moindre souffle de vent.

Objectifs de la thèse
Cette thèse a une triple ambition: dégager les fondements théoriques de la notion d'équilibre, démontrer que le modèle d'équilibre général décrit les principes de base d'une économie planifiée et réhabiliter la planification. Approfondissons un peu chacun de ces objectifs.

Les fondements théoriques
D'après le dictionnaire, l'étude du fondement d'une notion correspond à l'examen de ses éléments essentiels. C'est donc cette tâche que l'on se propose d'entreprendre. Toutefois selon le cadre théorique qui emploie la notion d'équilibre, la signification que ce concept recouvre peut varier. On ne peut donc pas se contenter d'énoncer quelques caractéristiques générales. Une étude modèle par modèle doit être entreprise. La situation est même plus complexe que cela, car à l'intérieur d'un même cadre théorique la notion d'équilibre a des implications différentes selon la nature des techniques mathématiques mobilisées. Bien que fastidieux, un examen attentif de la notion d'équilibre ne peut pas faire l'économie d'une étude au cas par cas.

Très bien, on va pouvoir voir ce qu'est l'équilibre Walrasien.

L'équilibre général comme modèle de planification

L'analyse actuelle des économies de marchés se fonde sur un double paradoxe. Le premier est, qu'en dépit du degré élevé de centralisation qu'il implique (se référer au chapitre 2), le modèle d'équilibre général est identifié aux économies de marchés. Etrangement ce rapprochement n'est pas que le fait de non-initiés, mais il est également opéré par les plus grands spécialistes:
"L'objectif de la théorie de l'équilibre général est de décrire et d'expliquer les phénomènes économiques du marché dont les plus remarquables se rapportent aux prix." (Balasko 1988, p5)

Pourtant l'aspect centralisé (ou plus exactement semi-centralisé) du modèle d'équilibre général est aux antipodes de l'idée, même intuitive, que l'on se fait des économies de marchés.

Le second paradoxe est que malgré des résultats décevants en matière d'unicité et de stabilité (voir chapitre VI), l'équilibre général - ainsi que les économies de marchés auxquelles il s'identifie - continue à être présenté comme un modèle idéal de coordination de l'activité économique. Là encore, cette conviction se décèle parmi des économistes réputés:
"Dans le monde Walrassien, un équilibre est caractérisé par la compatibilité des plans des divers agents économiques, [...]. Il est bien connu que ce sont les prix qui assurent la compatibilité des plans élaborés." (Younes 1970, p1)
Comment expliquer ces paradoxes ? Nous pensons qu'ils ont vocation à masquer le véritable caractère du modèle d'équilibre général. A savoir que celui-ci constitue un cadre théorique servant de base aux économies planifiées. Afind 'étayer ce point de vue, on va recenser les principales difficultés auxquelles le modèle d'équilibre général est confronté. La finalité étant d'observer que ces difficultés s'atténuent considérablement lorsqu'on conçoit explicitement le modèle d'équilibre général comme un système de planification.

Le discernement du propos contraste avec la médiocrité de la première partie de l'introduction.

La réhabilitation de la planification
L'idée de réhabiliter la planification est peut être plus intrigante. Toutefois, nous avons la conviction que les techniques de planification peuvent être réadaptées avec succès lorsqu'elles mettent la notion d'équilibre au centre de leurs préoccupations et qu'elles s'appuient sur la théorie néo-classique.

Soulignons d'emblée que toutes les techniques de planification n'ont pas pour but de rechercher un équilibre général. Ainsi les méthodes des balances matières et des chaînons conducteurs se proposent juste d'atteindre des objectifs privilégiés (voir Andreff 1993). On ne les traitera pas dans cette thèse.
Pour autant, la volonté de planifier l'économie sur la base de la notion d'équilibre n'est pas particulièrement nouvelle. Des méthodes élaborées de planification ont, par le passé, cherché à déterminer un équilibre ou du moins à l'approximer par l'intermédiaire d'algorithmes appropriés (confère la dernièer section du chapitre VIII). Mais aucune de ces méthodes sophistiquées n'a permis d'éviter le déclin de la planification. Comment l'expliquer ?

Bien que l'on admire l'effort porté à leurs améliorations, nous jugeons que ces méthodes ont insuffisament pris en compte les caractéristiques propres à la notion d'équilibre. Ce faisant, des problèmes d'unicité, de stabilité, de dynamique ... ont été sous estimés. Dès lors, les techniques de planification fondées sur la notion d'équilibre n'ont pas apporté les résultats escomptés. notre but, après avoir mené une analyse approfondie des difficultés qu'engendre la notion d'équilibre, est d'y remédier en utilisant les outils mathématiques récents en matière de "contrôle optimal" et de "partitionnement du domaine".

Il me fait penser à quelqu'un ... Du point de vue où nous nous trouvons actuellement, la première supposition qui nous vient à l'esprit concernant l'absence de planification au niveau national, parlons d'une économie centralisée, est que cela dérange notre bienveillant grand frère (Big Brother) américain, qui lui n'ignore en rien ce qu'est la planification, on illustrera par la division du plan de l'armée de l'air des Etats Unis d'Amérique qui a obligeament posté sur internet sa stratégie de cyber dissuasion (Martin C. Libicki, Cyberdeterrence and cyberwar, Rand corporation).
La deuxième supposition concernant la remarquable minorité des articles de recherche sur la planification, est qu'elle fait partie d'une zone classifiée de la guerre économique d'origine américaine, et qu'à ce titre ne nous parviennent que des éléments de propagande, y compris de nos propres chercheurs. On saluera le courage des propos de l'auteur et on illustrera par ce document:Angel Asensio, Le fonctionnement des économies de marché .

Olivier Avenel dit :

13.2 Partie 1 Les fondements théoriques de la notion d'équilibre

Chapitre 1 Les caractéristiques de l'équilibre

Autant que l'on sache, Malinvaud (1991) fut l'un des premiers économistes à remarquer cela et à dégager des caractéristiques que doit posséder un équilibre pour être reconnu comme tel. Malheureusement, il ne dresse pas une liste explicite de ces caractéristiques dans son ouvrage. Ces dernières sont évoquées de façon éparse. En suivant son analyse, on peut néanmoins recenser trois grandes caractéristiques : l'existence d'un ensemble d'interactions, d'un cadre institutionnel et d'un processus.

SECTION 1 L'existence d'un ensemble d'interactions
En fait, l'équilibre est un concept de solution à l'une des grandes interrogations des sciences économiques qu'exprime Debreu (1996): puisque les décision des agents "sont indépendantes les unes des autres et dictées par leur intérêt personnel, pourquoi n'en résulte t-il pas un chaos ? ". Comment une société peut - elle fonctionner sur la base d'agents agissant de manière autonome ? L'équilibre est alors la situation à laquelle les décisions individuelles des agents aboutissent. Selon l'optique des différents auteurs, ce point d'aboutissement peut être désirable ou non. Quoi qu'il en soit, il n'a un sens que dans la mesure où il représente la combinaison des choix des agents.

1.1.1 L'approche coopérative
L'approche coopérative toruve ses racines dans la théorie des jeux. Ce qui amène Arrow, dans son article de 1868, à formuler la remarque suivante:
"En principe, la théorie des jeux fournit une notion d'équilibre très générale qui devrait soit remplacer le principe d'équilibre concurrentiel soit l'inclure comme cas particulier. (p379).

Formation et évolution des coalitions
Pour von Neumann et Morgenstern l'existence de coalition est une donnée initiale.
(...)
Solution et équilibre
L'idée de Theory of games and economic behavior est d'établir un concept de solution, permettant de rendre compte de la stabilité des coalitions, tel qu'il y aura un état d'équilibre absolu ou ce qui revient à chacun sera déterminé avec précision (p34)".

(...)
On est ici confronté au problème majeur et récurrent de l'existence de l'équilibre. La résolution d'un tel problème est loin d'aller de soi. elle nécessite notamment de mettre en place un cadre institutionnel spécifique et de recourir à une série d'abstractions de telle sorte "qu'on ne peut quasiment plus parler d'une bonne approximation de la réalité (Wald (1951), p396).

Le concept d'imputation
Von Neumann et Morgenstern ont donc été amenés à suivre une autre voie et renoncer ce faisant, à la notion d'équilibre. Ils ont ainsi introduit le concept "d'imputation". Ce dernier désigne comme stable les coalitions qui permettent à chacun de leurs membres de gagner au moins autant que s'ils n'en étaient pas membre et dont l'allocation des ressources est Pareto optimal.

La lecture sociologique, anthropologique du propos pourrait eb remarquer le fondement opportuniste ; fondement qui n'est en aucun cas une règle générale, une loi de comportement ni une norme, malgré la tendance certaine du matraquage médiatique à en promouvoir de ce genre.

La notion de coeur
Généralement, l'ensemble des imputations est très vaste. C'est pourquoi, Shapley et Gillies (1953) ont proposé un concept de solution plus restrictif: "le coeur". En fait la notion de coeur présente l'avantage de réconcilier l'approche coopérative avec une analyse en terme d'équilibre.

L'évolution de la notion de coeur
L'idée de coeur est déjà ancienne puisqu'elle se retrouve chez Edgeworth (1881) bienqu'il n'utilise pas exactement ce vocabulaire et parle plutôt de "courbe des contrats" (voir Shubik (1959)). Néanmoins, il faut attendre 1963 et la publication par Debreu et Scarf de l'article "A limit theorem on the core of an economy" pour voir une formalisation rigoureuse de cette notion. Plus formellement, une coalition S de consommateurs bloque une allocation si les conditions suivantes sont vérifiées pour tous les membres de la coalition:

(a) \sum_{i \in S} (Q{^\prime}{_i}- Q_i)= 0

(b) Q{^\prime}{_i} \geq Q_i avec une inégalité stricte pour au moins un i

Dans ces conditions, "The core of the economy is defined as the collection of all allocations of the total supply which cannot be blocked by any set S." (p239). Bien entendu, "One immediate consequence of this definition is that an allocation in the core is Pareto optimal." (p239)

1.1.2 L'approche non coopérative
A l'opposé de la coopération se trouve, bien entendu, l'approche non coopérative. Celle-ci est également issue de la théorie des jeux. Son intérêt, pour notre propos, réside dans son concept de solution privilégié: "l'équilibre de Nash". Ce dernier a été d'un importance capitale pusiqu'il a inspiré la plupart des démonstration d'existence d'un équilibre général concurrentiel des années cinquante. Ce qui fait dire à Hildenbrand (1974) que la notion de coeur relève d'un concept d'équilibre coopératif tandis que l'équilibre général concurrentiel repose sur un point de vue non coopératif:
"The central problem of the theory [...] is the relationship between two fundamental concepts of equilibrium for an economy,which is a cooperative equilibrium concept and Walras equilibrium, which is non cooperative concept.( p vii)"

Fondement de l'approche non coopérative
On part ici du principe que "l'unité d'analyse est un individu [...]" et non le groupe (p11, Kreps 1990). Ceci n'excluant pas que les agents se regroupent en coalitions, mais "c'est parce que de tels individus estiment alors qu'il s'agit du comportement le plus approprié du point de vue de leur intérêt [...]"
(...) Dans cette perspective, on peut donc également considérer que la notion de coeur procède d'un conept d'équilibre s'insérant dans une démarche holiste alors que l'équilibre général concurrentiel s'inscrit dans une perspective d'individualisme méthodologique.

L'équilibre de Nash
L'idéee que recouvre "l'équilibre de Nash" est élémentaire pusiqu'elle correspond au fait que chaque agent fait "le meilleur choix possible pour lui compte tenu de ce qu'il anticipe être le choix des autres."

Equilibre et croyances
"En fait, il est plutôt remarquable que, dans Theory of Games [...], le concept d'équilibre de Nash ne soit pas défini, ni l'existence démontrée, puisqu'au moins Morgenstern connaissait bien les travaux de Cournot. Je suppute que la principale raison de cela est qu'aussi bien von Neumann que Morgenstern cherchaient un moyen d'éviter le raisonnement circulaire "Je pense qu'il pense que je pense", typique des situations stratégiquement interdépendantes. Tous deux voulaient trouver une façon de jouer qui soit indépendante de ce que chacun pense que ses adversaires feront." (p106)

1.1.3 L'agent représentatif

L'agent représentatif dans les écrits des économistes
"Comme dans la théorie usuelle de la croissance, on suppose l'existence d'un ménage représentatif [...]" (Prescott 1982 p 1345)

(...)
Une première procédure pour insérer le concept d'agent représentatif est d'évoquer l'existence d'un "grand nombre d'agents" tous "identiques". Ainsi, Romer (1996) utilise la présentation suivante: "On suppose que l'économie consiste en un grand nombre d'entreprises et de ménages identiques" (p44) ; celle de De Long et Plosser (1983) est semblable: "Le modèle que nous considérons comporte un individu unique (ou un nombre constant d'individus identiques)." (p43)

Une seconde manière d'opérer, à l'instar de Solow (1956), est de parler de "communauté". On laisse alors croire à une possible interaction entre les individus qui la compose. Néanmoins, tous les membres de la communauté ont pour particularité d'avoir la même fonction de production.

Agent représentatif et équilibre
De nombreux auteurs qui convoquent le concept d'agent représentatif y associent la notion d'équilibre. Tel est le cas, par exemple, de Kyland et Prescott qui appellent "équilibre" la "maximisation du bien -être du ménage représentatif compte tenu des contraintes d'ordre technique et informationnel" (p1357)

Le problème de l'agrégation
En définitif, le recours à l'agent représentatif permet de contourner un problème fondamental: celui de l'agrégation.
Jusqu'à maintenant on s'est cantonné à l'examen des comportements individuels et à leurs interactions. Cependant, comment passer de cette étude à la déduction de "lois" valables pour l'économie dans son ensemble ? C'est là une difficulté qu'on ne peut laisser de coté dès lors qu'on s'intéresse, par exemple, à la question de la croissance.

L'agrégation des biens
(...) Pour notre part, ce commentaire nous permet surtout de mettre l'accent sur un second problème fondamental auquel on devra régulièrement faire face: celui de la multiplicité des équilibres.

L'agrégation des fonctions
Une autre forme problématique d'agrégation est celle des fonctions de productions. Nous allons en dire quelques mots en se basant sur l'article de Fisher (1969).
La question est de savoir si l'addition de la production de toutes les entreprises d'une économie est équivalente à la production agrégée. En d'autres termes, si l'on note F la fonction de production agrégée et \sum_{j=1}^{n} f_j(.) la production totale, a-t-on F(.)=\sum_{j=1}^{n}f_j(.) ?

Si on se réfère aux observations de Fisher, la réponse est négative dans le cas général. En effet, à moins que les f_j soient toutes identiques et linéaires il est impossible d'obtenir une fonction de production agrégée. En réalité, il est tout de même possible d'y parvenir en dehors de ce cas particulier, en imposant une contrainte supplémentaire à savoir une répartition optimale des inputs entre les entreprises. On a alors F(.)=max f_j(.)

Ce point illustre la négation d'un système centralisé de planification. Cela mérite d'être étudié plus attentivement en se référant à l'oeuvre de Fisher, mais au premier abord nous ne voyons pas pourquoi nous ne pouvons agréger les fonctions de productions sous prétexte qu'elles ne soient pas identiques et linéaires. Cela nous semble surprenant.

Evidemment l'interrogation est de savoir qui procède à cette répartition optimale ?
Une réponse plausible est de faire appel à un planificateur. Ce dernier cherchera à amener l'économie dans une situation d'équilibre qui correspond également à une affectation optimale des facteurs de production. On voit ici nettement que la théorie néo-classique contient les germes d'une théorie de la planification.

Le passage à la macroéconomie

Même en supposant que l'on obtienne une fonction de production agrégée, de la forme Q=F(.), celle-ci ne suffit pas à décrier l'économie dans son ensemble. Il manque une prise en compte de la dimension temporelle. Or, le thème de l'évolution dans le temps est un sujet majeur qui ne cessera de nous préoccuper.
Une façon de procéder pour intégrer le temps est de considérer des états stationaires.

On remarque que l'auteur saisit la problématique dans son ensemble, comme le confirme cette remarque corroborant l'aspect dynamique de l'équilibre. Nous nous interrogeons, lors de la lecture, sur le biais qui s'introduit sur l'hypothèse H1. En effet, l'auteur aurait du attendre quelques mois supplémentaires et continuer à réfléchir sur son sujet pour fatalement y découvrir les hypothèses bancales. Plusieurs réponses s'imposent à nos yeux. D'une part le matraquage, la propagande économique sont tels qu'il faut vraiment faire cet effort de prise de recul, dans une situation pérenne, pour que le subterfuge se dissipe et laisse apparaitre les failles de la théorie véhiculée, sans doute à dessein, par les américains. D'autre part on remarque que cette hypothèse bancale peut être le résultat d'un esprit abruti, comme dans le premier cas, par la vie festive estudiantine. On y perçoit en effet un raisonnement alcoolisé. On peut aussi suggérer que l'auteur, visionnaire, a constaté l'issue fatale pour sa carrière qui se dégageait de son sujet de mémoire.

Conclusion
Dès lors qu'on s'intéresse sérieusement à la notion d'équilibre d'un point de vue macroéconomique, il est impossible de contourner la question de l'agrégation. Il est alors inutile de cacher la difficulté derrière l'idée d'un agent unique dont le comportement représenterait de façon satisfaisante l'évolution des agrégats économiques. Ce constat est largement partagé par Malinvaud (1991).
"La pratique la plus courante consiste, nous l'avons vu, à transposer la loi de comportement obtenue pour une unité dite représentative en une loi de comportement analogue censée s'appliquer aux agrégats des unités de même nature. Cette pratique a pour effet non seulement de poser un modèle agrégé, mais aussi de lui donner une forme particulière qui reflète directement la forme déduite de l'analyse de l'unité représentative. Justifier l'existence d'un modèle agrégé, selon l'optique exposée précédemment, ne suffit donc pas à justifier la pratique macroéconomique. Il faudrait aussi montrer la similitude des relations du modèle agrégé avec celles du modèle détaillé." (p204)

Le peu de fondement théorique qui sous tend le concept d'agent représentatif, lui fait même affirmer que l'emploi de celui-ci relève d'un effet de mode.

Notre avis diverge en ce sens, qu'il est dangereux pour les libertés individuelles d'utiliser un modèle d'agent représentatif. En effet la standardisation de l'agent appliquée à l'homme ne peut qu'accompagner une idéologie nazi, imposant la bestialité à l'ensemble de la population. Notre approche évacue complètement cet aspect d'agent représentatif et procède d'une démarche procédurale, éventuellement arbitrale, plutôt que de standardisation.

Section II

I.II.1 Le degré de centralisation
(...)
C'est pourquoi, on préfère distinguer trois types de situations:
- La centralisation totale, qui implique simultanément une centralisation de l'information, des échanges et une absence de prise des décisions.
- La centralisation partielle ou semi-centralisation, qui porte soit sur l'information, soit sur les échanges et qui généralement tolère l'autonomie des décisions.
- La décentralisation dont les caractéristiques sont évidentes.

Le point relève d'un débat qui prend place en dynamique des organisations et qui consiste à concevoir l'organisation la plus performante d'un point de vue de la réactivité, de l'efficacité et de l'efficience. Il est évident que ce que l'auteur appelle la centralisation totale et la décentralisation ne sont pas adaptés. Il ne reste donc que la centralisation partielle qui reste un concept relativement vague. Nous illustrerons par ce début d'analyse A,B,H,L, Les nouvelles approches sociologiques des organisations.

La décentralisation
Bien que les discours ambiants insistent sur l'aspect décentralisé des économies, on ne trouve pas de trace au niveau théorique de modèle qui s'inscrive dans le cadre d'une organisation totalement décentralisée.

La semi-centralisation
La centralisation partielle exige soit la décentralisation de l'information, soit celle des échanges. On va analyser la première configuration avant de s'intéresser à la seconde. Dans les deux cas, on sera amené à parler du phénomène de path dependance (ou hystérésis). Ce phénomène traduisant le fait que le processus influence la forme de l'équilibre.
Notons que l'on suppose, dans tout ce qui suit, que les agents choisissent librement le type et la quantité de biens qu'ils désirent consommer. De surcroît, pour un motif de clarté de l'exposé, on retient l'hypothèse néo-classique selon laquelle les prix sont l'unique source d'information.

On vient de le voir à l'instant la décentralisation de l'information pose le problème de son origine. Pour y répondre, l'extrême majorité des auteurs est obligée de revenir à un système plus centralisé. De ce point de vue, Fisher (1983) est une exception puisqu'il refuse de spécifier qu'un agent unique fixe le prix de chaque bien. Dans ces conditions, il est amené à considérer des prix individualisés. Chaque producteur est libre de fixer le prix qui lui plait. confrontés à cela, les agents effectuent des arbitrages et révisent en permanence leurs plans. Les conjectures et les anticipations des individus prennent alors toutes leur importance. A tel point que les équilibres du système sont profondément liés à la façon dont les agents reconsidèrent leurs plans. Autrement dit, on se trouve confronté à un phénomène d'hystérésis qui résulte de l'interaction entre processus et équilibre. Or, les conjectures et les anticipations, à la base du processus, se fondent sur les croyances des individus qui sont des éléments particulièrement délicats à formaliser. Il en résulte qu'en présence d'hystérésis la nature de l'équilibre est souvent indéterminée.
Pour éviter cet inconvénient, une autre manière d'introduire une dose de décentralisation est de considérer que le planificateur (ou une "autorité centrale") reçoit une information imparfaite: "Nous avons souligné que l'importance d'une décentralisation de la planification provenait d'une information imparfaite [...]" (Picard (1979, p 38)). Ceci étant, si on enreste là, on retrouve la procédure classique de tâtonnement où l'information manquante est acquise par l'annonce, de la part des agents, des quantités qu'ils désirent échanger. Il faut en plus, supprimer la myopie des conjectures afin de permettre aux ménages d'anticiper le comportement du planificateur et par ce biais de manipuler l'information. Les travaux de Arrow et Hurwicz (1960) montrent que lorsque les agents ont la faculté d'anticiper, par l'intermédiaire d'effets d'apprentissages, la règle de variation de prix, ils ont toujours intérêt à annoncer une demande inférieure à celle effective qui maximise l'utilité. Il en est de même pour l'offre. Cette manipulation perpétuelle de l'information empêche toute forme d'équilibre.

L'auteur appuie son raisonnement sur ses connaissances économiques sans laisser au lecteur le loisir d'en comprendre les subtilités et les hypothèses, hormis pour "l'hypothèse néo-classique selon laquelle les prix sont l'unique source d'information". Cette dernière hypothèse est d'ailleurs une simplification, que l'on qualifiera de grotesque, qui ne caractérise pas la réalité avec suffisament de précision. On prendra l'exemple de la quantité, de la variété, de la localisation géographique, ... qui sont toutes des éléments d'information importants.
On le voit bien, le raisonnement économique du propos s'appuie sur des hypothèses bancales, qui ne sont pas forcément du fait de l'auteur, mais également sur des motivations qu'il conviendrait d'analyser à la lumière de la préservation des libertés individuelles.

La centralisation totale
Les économies décentralisées ou semi-centralisées se caractérisent par la diversité des conjectures qu'émettent les agents. Il en résulte une infinité d'équilibres. Dans ces conditions, on peut se demander s'il n'est pas possible d'instaurer des institutions pouvant contraindre les anticipations et les choix des individus. Bien entendu, c'est là une préoccupation d'un planificateur omniscient. Quoi qu'il en soit, il n'existe pas à notre connaissance de modèle théorique qui propose simultanément une centralisation de l'information et des échanges tout en contraignant le choix des agents. On voit aisément la récupération idéologique qui pourrait être faite d'un tel modèle. C'est pourquoi, les théoriciens se contentent de mettre en place des institutions qui influencent l'attitude des ménages. L'objectif étant que ces derniers adoptent les conjectures qui arrangent le modélisateur.

On remarque que l'auteur est conscient des problématiques éthiques de sa discipline. On s'interroge également sur les pratiques extra-nationales "d'influence des ménages" qui deviennent, en quelque sorte, des actions relevant de la stratégie géopolitique. En effet, on observe assez bien dans la presse nationale française, cette influence, cette propagande, concernant les technologies de l'information et de la communication d'origine américaine. Propagande qui sert les intérêts économiques américains au détriment des intérêts économiques nationaux, mais qui sert également les intérêts militaires, stratégiques dans la mesure ou l'érection du Big Brother (Facebook, twitter, Google, Youtube, ...) n'est pas éloigné d'un modèle omniscient.

Section III
L'existence d'un processus
Dans les modélisations traditionnelles, comme en histoire de la pensée économique, l'équilibre est conçu comme le point d'aboutissement d'un processus. D'après Malinvaud (1991):
"Il importe aussi, pour la clarté de la conceptualisation et des applications, qu'on sache comment la compatibilité en question s'établit. Il y a implicitement l'idée d'un mécanisme qui assure la réalisation d'un équilibre." (p135). En d'autres termes, "si l'on parle d'équilibre, c'est bien qu'on accepte l'idée qu'un processus [...] devrait exister (p 125).

I.III.1 Représentation d'un processus
X^{'}=F(t,X)
I.III.2 La stabilité d'un point d'équilibre
Les modèles présentent de deux façon le problème de la stabilité:
- la première vision, plus prisée chez les microéconomistes, est de considérer qu'un processus est stable s'il converge vers la solution d'équilibre.
- la seconde vision, souvent le fait des macroéconomistes, est d'estimer qu'un équilibre est stable, si suite à un "choc" exogène aléatoire produisant un déséquilibre, le processus permet de revenir à la situation d'équilibre.

On mesure ici l'aspect dynamique de l'équilibre, qui se rapproche de notre définition "une position qu'il faut maintenir avec des moyens internes contre des conditions externes.

Les fonction de Lyapounov: DEFINITION
On appelle fonction de Lyapounov associée à l'équation (1.2 => différentielle), une fonction V de \mathbb{R}^n dans \mathbb{R}_+ qui est :
a) continue
b) constante dans le temps si et seulement si X(t) est un équilibre.
c) positive V(X) \ge 0 et décroissante dans le temps (c'est à dire  \langle \nabla V(X), f(X) \rangle =0 \forall t sinon.

Les fonctions modifiées de Lyapounov
Le point c) est assez restrictif. C'est pourquoi ce dernier a fait l'objet d'un léger aménagement. Il est alors possible de substituer par la condition d), qui implique que la fonction V soit:

d) positive V(X) \ge 0 et tel que V(f(X(t))) converge lorsque t tend vers l'infini, et cela pour tout point X(0) \in E

On énonce maintenant trois théorèmes qui garantissent la stabilité d'un point d'équilibre. Tous, bien sûr, supposent que les conditions Cauchy-Lipschitz soient vérifiées.
Théorème 1 (de Lyapounov)
Si X_e est un point d'équilibre contenu dans E, un ouvert de \mathbb{R}^n , et s'il existe une fonction de Lyapounov en ce point, alors X_e est stable sur E.
Théorème 2 (de Lyapounov)
Si X_e est un point d'équilibre contenue dans E, un ouvert de \mathbb{R}^n , et s'il existe une fonction de Lyapounov stricte en ce point, alors X_e est stable sur E.
Principe de Lasalle
Si la fonction V: E \rightarrow  \mathbb{R} :
a) est de Lyapounov en X_e
b) est propre \Leftrightarrow \forall L \in V(E), V^{-1} ([0;L]) est un compact dans E
c) si ( X(t), t \leq 0) est une solution de (2) tel que (  \langle \nabla V(X), f(X) \rangle =0 \forall t

alors X(t)=X_e \forall t \geq 0 et X_e est asymptomatiquement stable.

La difficulté inhérente à ce type de méthode est de déterminer la fonction de Lyapounov. Dans la plupart des cas que l'on va étudier, elle apparaît cependant naturellement. A l'instar de la physique, un argument de type économique peut permettre de la trouver.

On remarquera l'utilisation d'équations différentielles qui sont caractéristiques d'un temps continu et non d'un échantillonage temporel discret. On fera le lien avec Stuart Russell, Peter Norvig, Intelligence artificielle, Pearson. On précisera que l'utilisation d'un échantillonage discret facilite grandement la compréhension, même si cela ne caractérise pas la réalité avec la plus grande précision. La question que nous nous posons consiste à savoir comment informatiser le propos, question qui ne transparaît manifestement pas dans la démarche de l'auteur.

I.III.3 La stabilité d'un processus
Nous allons maintenant changer de méthode et se pencher sur la stabilité d'un processus. Auparavant, on choisissait implicitement un point d'équilibre à l'avance avant de regarder les propriétés des trajectoires qui lui étaient associées. Désormais, on examine tout de suite les propriétés des trajectoires sans savoir vers quels équilibres elles conduisent.

DEFINITION
On dit que le processu défini par l'équation (1.2) est localement stable sur une partie de \mathbb{R}^n , si:
On peut définir une norme sur \mathbb{R}^n de sorte que pour tout \varepsilon \ge 0, il existe \delta + \delta(\varepsilon) \ge 0 tel que pour tout X_0 , appartenant à cette partie de \mathbb{R}^n , vérifiant la relation \|X_0-X_e\| \le \delta + \delta(\varepsilon) , la solution de l'équation  X^{'}=f(X) se prolonge pour tout t \geq 0 et satisfait l'inégalité \|X(t,X_0)-X_e\| \le \varepsilon

De même, un processus peut être globalement ou localement stable. La stabilité asymptotique, quant à elle, implique d'avoir :  \lim_{t \to \infty} X(t, X_0)=X_e

(...) L'économiste n'a souvent en sa possession que des indications qualitatives. Dans cette configuration, la démonstration de la stabilité d'un processus relève d'un tour de force. D'où l'idée de passer par une étape intermédiaire afin de faciliter la démonstration. Pour ce faire, on mobilise la notion de "quasi-stabilité" proposée par l'économiste japonais Uzawa (1961).

Quasi-stabilité
On considère qu'un processus est quasi-stable si ses valeurs d'adhérences sont des équilibres.

I.III.4 La vitesse de convergence
Une fois l'étude de l'existence et de la stabilité achevée, il reste à s'interroger sur la vitesse à laquelle converge le processus. On comprend aisément qu'une trajectoire qui met un temps infini à atteindre un équilibre n'est pas d'un grand secours en pratique.

Stabilité de l'équilibre, stabilité du processus et convergence forment les bases théoriques (mathématiques) sur lesquelles s'appuie le mécanisme de formation de l'équilibre, de la convergence des décisions d'achat et de vente. On remarquera que la définition mathématique est d'une portée immédiate malgré son apparente complexité, mais qu'elle reste insuffisante pour n équilibres.

Olivier Avenel dit :

13.3 Chapitre II L'équilibre comme point fixe d'un processus

Section 1 L'équilibre général concurrentiel
Les versions d'Arrow et Debreu (1954), McKenzie (1959) et Debreu (1959), du modèle d'équilibre général, se présentent comme des représentations modernes et rigoureuses des travaux de Léon Walras. Par la suite de nombreux auteurs ont cherché à développer ce modèle (pour une comparaison des dverses variantes voir Quirk et Saposnik (1974)). Toutefois, ces trois interprétations demeurent, pour le courant néo-classique, le point de départ de toute réflexion théorique rigoureuse. On décrit ici les hypothèses primordiales qui leurs sont, pour la plupart, communes. On privilégie néanmoins la formulation la plus aboutie c'est à dire celle de Debreu (1959).

II.I.1 Le statut des agents: les principales hypothèses touchant le producteur et le consommateur

La convexité des ensembles de production et des préférences
La convexité des ensembles de production est une hypothèse nécessaire pour des raisons techniques puisqu'en excluant les rendements croissants et les coûts fixes, elle assure l'existence d'un profit maximum. Il en va de même pour la convexité des préférences, traduisant un goût pour les mélanges, et qui s'avère "cruciale en raison de son rôle dans toutes les démonstrations existantes de plusieurs théorèmes économiques fondamentaux." (Debreu (1959, p57))

Absence de faillite et Survie du consommateur: la continuité
Etroitement liée à la convexité, l'absence de faillite a pour but d'éviter les discontinuités qui résulteraient de la disparition de certaines entreprises. Identiquement, l'hypothèse de survie du consommateur assure que ce dernier bénéficie de dotations initiales suffisantes pour survivre sans faire d'échanges.

L'hypothèse de concurrence parfaite
Une telle hypothèse signifie que producteurs et consommateurs prennent les prix comme données et ne pensent pas pouvoir les influencer à leurs profits. Ce comportement price taker provenant de conjectures plates qui sont rendues impératives par le "courtier", "market participant" ou "commissaire priseur". Ces derniers sont chargés d'empêcher les agents de se rendre au marché et de constater l'existence de déséquilibres en cours de processus:
"D'une façon générale, le rôle du courtier est de figurer que l'agent, resté chez lui, est preneur de n'importe quel prix malgré la conscience du déséquilibre que lui apporterait sans doute sa présence effective au marché." (Rebeyrol 51999), p73).

II.I.2 La structure de l'économie
La propriété privée
Debreu (1959) désigne sous le nom d'"économies de propriété privé" le fait que "les consommateurs possèdent les ressources et contrôlent les producteurs".(p85)

L'hypothèse d'un système complet de marchés
Elle implique que les agents formulent, à la période initiale, leurs offres et demandes en intervenant sur le marché à terme, pour tous les biens présents et futurs. Cette hypothèse, sans doute la plus contestable du modèle, élimine toute incertitude en estimant que les agents lient "dès le départ" des contrats pour toute la durée de vie de l'économie. Par conséquent, le comportement de la totalité des intervenants est connu. (...) Relevons, pour finir, qu'une semblable hypothèse entraîne une multiplication des marchés à terme et contingents dont le coût d'organisation est loin d'être négligeable.

L'invariance du nombre d'entreprises
(...) Il ne peut y avoir ni création, ni disparition d'entreprises.

La semi-centralisation
Si les agents prennent bien leurs décision de façon autonome (choix de leurs consommations ou quantités qu'ils désirent produire), il y a néanmoins une centralisation de l'information et des échanges.

II.I.3 Conclusion
La conception de l'équilibre
Les hypothèses, ci-dessus, ont été introduites pour faciliter la démonstration d'existence d'un équilibre général.(...)
- L'équilibre est inter-temporel puisque les offres et demandes sont formulées pour toute la durée de vie de l'économie.
- en vertu du premier théorème de l'économie du bien -être, l'équilibre général concurrentiel est un optimum de Pareto.
La monnaie
Puisque l'équilibre est inter-temporel et que l'économie fonctionne sans véritable incertitude, la monnaie dans ses fonctions de moyen de paiement et de réserve de valeur devient inutile. La demande de monnaie est nulle. Il demeure uniquement son rôle d'étalon de mesure.
La formation des prix
La principale faiblesse de l'équilibre général est, de nore point de vue, le peu de place accordée au problème de l'origine des prix. Pour preuve Debreu (1959), si rigoureux par ailleurs, reste vague sur ce thème:
"Le fait que le prix d'une marchandise est positif, nul ou négatif n'est pas une propriété intrinsèque de cette marchandise; il dépend de la technique, des goûts, ..., de l'économie." (p36)
C'est pourquoi les principales procédures de planification par les prix, qui s'inscrivent dans le cadre du modèle d'équilibre général, nécessitent au préallable pour s'initialiser la connaissance d'un plan réalisable (Arrow et Hurwicz (1960), Malinvaud (1967), Younes (1972), ...).
Il s'agit là d'un obstacle important que l'on devra prendre en compte dès lors que l'on s'inscrira dans une optique planificatrice (dernière partie).

Ces hypothèses, toutes plus ou moins simplistes, voire fantaisistes, ont été posées dans le but de la démonstration de l'existence de l'équilibre. Notre interrogation porte ici sur la motivation qui est nécessaire pour produire de tels travaux sans avoir d'applications concrètes associées. Ce qui nous étonne provient de la distinction entre le savoir, la théorie, et le savoir faire, la technique. On pourrait objecter que cette distinction se retrouve dans les sciences économiques et les sciences de gestion et que de nombreuses applications existent prouvant l'existence de l'équilibre comme par exemple les progiciels de gestion intégrés.
On discerne assez clairement les enjeux politiques d'un équilibre général et de la planification qui lui est associée. On supposera qu'elles sont le coeur de la motivation des économistes.

On remarquera également qu'il est utile de s'intéresser au non-dit de ces hypothèses. On illustrera par l'absence de rôle joué par la monnaie.

On remarquera en outre que l'auteur ne définit pas ses variables, et qu'il faut donc, en conséquence, avoir des connaissances préallables en économie pour comprendre les expressions mathématiques.


Section II Théorème du point fixe de Brouwer et équilibre économique

II.IV.2 La démonstration d'Arrow-Debreu (1954)
Solution modifiée et équilibre économique
La suite est bien connue puisqu'on considère que l'équilibre procède d'une opération d'optimisation simultanée, sous contraintes, des fonctions d'utilités des m consommateurs et du profit des n producteurs. On obtient:

\begin{array}{1} max_{i=1,...,n} u_{i}(.) \\ max_{j=1,...,m} \pi_{j}(.)\end{array} \bigg\} \Rightarrow \sum_{i=1}^m \sum_{h=1}^{l}d_{jh}(P) = \sum_{j=1}{n} \sum_{h=1}^{l} s_{jh}(P)

On observe ainsi le résultat des différentes démonstrations, que l'on pourra voir en détail ici: Angel Asensio, Le fonctionnement des économies de marché . On remarquera que le problème est également traité en intelligence artificielle dans le chapitre "exploration en situation d'adversité": Stuart Russell, Peter Norvig, Intelligence artificielle, Pearson

Section III La généralisation aux correspondances
Section IV Interprétation et portée de la notion de point fixe
Conclusion
"Si on peut considérer un ouvrage unique comme canonique dans ce domaine, il s'agit de Theory of Value [1959] de Debreu".

Le point de vue de Quirk et Saposnik
"Dans cette section nous allons reformuler le problème de l'existence dans toute sa complexité et nous verrons comment on peut établir l'existence d'un équilibre concurrentiel en posant des conditions sur les ensembles de production et de consommation. Nous utiliserons essentiellement la formulation de Debreu."

"Si les relations d'offre et de demande sont des correspondances, même s'il y a un seul vecteur prix normalisé, il peut exister plusieurs état de l'économie conduisant à un équilibre."

Olivier Avenel dit :

13.4 Chapitre III L'équilibre comme ensemble d'accords finals

"Il apparaît clairement que la théorie de l'équilibre concurrentiel ne peut être fondée de manière satisfaisante sur le plan analytique qu'à condition de définir un autre concept d'équilibre, plus fondamental, et qui pourrait l'être sans référence aux prix annoncés, tout en demeurant plausible même pour de petites économies." (Hildenbrand (1983), p131)

Section I La représentation d'une économie de marchandage

III.I.1 Le travail pionnier d'Edgeworth
Le comportement des agents: la gouvernance des forces du plaisir
Les agents sont alors dépeints comme des machines à plaisir: "[...]the conception of Man as a pleasure machine [...]" (p15)

Guerre ou coopération

"The first principle of Economics is that every agent is actuated only by self-interest. the working of this principle may be viewed under two aspects, according as the agent acts without, or with, the consent of others affected by his actions. In wide senses, the first species of action may be called war; the second contract." (ibid, p16-17)

La semi-centralisation
Ainsi Edgeworth (1881) envisageait de rassemble tous les individus en un lieu ou de les connecter par téléphone afin qu'ils puissent acquérir l'information nécessaire.

Sur le plan théorique, la centralisation de l'information est indispensable. si tel n'était pas le cas, on se heurterait rapidement au problème de la "double coïncidence" des besoins et le processus d'échange se trouverait bloqué.

III.I.2 La formalisation par Debreu et Scarf
III.1.3 La représentation actuelle
Section II L'approche par les duplications successives. Le théorème limite du coeur.
III.II.1 Concurrence parfaite et coeur
III.II.2 Coeur et concurrence parfaite
III.II.3 Conclusion
Section III La méthode du continuum d'agents
III.III.1 Le statut des agents
III.III.2 Coeur et équilibre
Section IV La question du processus et du rayonnement des modèles de marchandage
III.IV.1 Existence d'un processus et stabilité
III.IV.2 L'influence de l'oeuvre d'Edgeworth. Les modèles de marchandage versus la théorie de l'équilibre générale
Pour achever cette analyse, on va tenter de répondre de manière plus précise à la question suivante: pourquoi, en dépit d'un résultat convaincant en matière de stabilité, les modèles de marchandage n'ont pas sur-planter le modèle d'équilibre général, typique de l'approche walrasienne ?

Un manque de réalisme associé à un obscurantisme
Peu de réflexions approfondies ont été consacrées à ce sujet. Nicholas Kaldor (1934) est l'un des quelques théoriciens à s'être interrogé là-dessus. Il expose en ces termes sa conviction:
"While Edgeworth's analysis may be slightly obscure and Walra's assumption slightly ridiculous [...]" (p 127)

A ses yeux, l'aspect ridicule de l'approche walrasienne est liée à un manque évident de réalisme. Il vise en particulier le processus de tâtonnement.

Conclusion
De ce dernier point de vue, les modèles de marchandage - fondés sur la théorie d'Edgeworth - apparaissent comme de simple contributions à l'analyse de la concurrence imparfaite. En dépit de leur originalité, ils ne restent que des raffinements de la théorie de l'équilibre général.

Olivier Avenel dit :

13.5 Chapitre IV Trajectoires et orbites d'équilibres

On va à présent changer de perspective et s'intéresser non plus à l'équilibre comme un "point" mais en tant que trajectoire".

On mesure dans le propos l'aspect dynamique de la théorie (et non de l'équilibre). La trajectoire étant une suite continue ou séquentielle de points d'équilibre. En arrivant à ce stade on comprend mieux pourquoi l'auteur a posé son hypothèse H1: il considère l'équilibre comme un point. Dans les faits on estime que le travail de l'auteur est d'une utilité significative à notre propre réflexion, les points de divergences venant d'une incompréhension sémantique. En effet, selon notre conception l'équilibre s'évalue au niveau système (n composants), alors que pour l'auteur l'équilibre s'évalue au niveau individuel (un point). On remarquera que nous restons tout à fait d'accord sur l'aspect dynamique, jusqu'à plus ample lecture.
On remarquera que l'évaluation au niveau système d'un équilibre permet d'en caractériser la nature motrice ou attractive.


Section I Présentation du modèle de Von Neumann

IV.I.1 La structure
Le propos du modèle est d'étudier un processus de production circulaire. Outre le facteur de travail, les marchandises sont produites à l'aide d'autres marchandises.

Notation
Les biens de cette économie sont au nombre de l , caractérisés par l'indice h , et notés G_1,...,G_l. Ceux-ci peuvent être produits en utilisant plusieurs types de processus de production f_1,...,f_n. En fait les processus sont des "applications" symbolisables comme suit:

(4.1) f_j:\sum_{h=1}^l a_{jh} G_h \rightarrow \sum_{h=1}^l b_{jh} G_h

Précisons que a_{jh} et b_{jh} représentent respectivement les quantités du h-ième input et output utilisées et crées durant le j-ième processus de production.

Coefficient d'expansion et facteur d'intérêt
Une technique de production peut être employée de façon plus ou moins intensive.
C'est pourquoi, il est adjoint à chaque processus une "intensité" d'utilisation représentée par un élément du vecteur X=(x_1,...,x_j,...,x_n).
Von Neumann fait l'hypothèse que les intensités relatives sont constantes. Par contre, elles peuvent être toutes multipliées par un même scalaire \alpha appelé coefficient d'expansion de l'économie. Il en résulte que le taux de croissance est uniforme.
Parallèlement, il définit un facteur d'intérêt \beta tel que \beta=1+\frac{z}{100} (z étant le taux d'intérêt).

Détermination du coefficient d'expansion et du facteur d'intérêt

(4.2) \alpha = Min_{h=1,...,l}=\frac{\sum_{j=1}^n b_{jh} x_j}{\sum_{j=1}^n a_{jh} x_j}

(4.3) \beta = Max_{j=1,...,l}=\frac{\sum_{j=1}^n b_{jh} P_h}{\sum_{j=1}^n a_{jh} P_h}

Sphère réelle et sphère monétaire
L'une des spécificités de ce modèle est, de l'aveu même de son auteur, d'établir un lien entre l'économie réelle et monétaire à travers le coefficient d'expansion et le facteur d'intérêt.

IV.I.2 Hypothèses complémentaires

Les hypothèses sur les intensités et les prix
Les intensités et les prix sont positifs c'est à dire que l'on a :

(4.4) x_j \geq 0 et (4.5) P_h \geq 0

Toutefois, cette hypothèse n'élimine pas le cas extrême ou l'ensemble, des intensités ou des prix, serait nul. C'est pourquoi, il ajoute l'exigence suivante:

(4.6) \sum_{j=1}^n x_j > 0 et (4.7) \sum_{h=1}^l P_h > 0

Les hypothèses sur les inputs et les outputs

Fondamentalement, ce modèle de croissance s'intéresse exclusivement à la production. La consommation des ménages n'y est jamais évoquée. Seule celle "d'inputs" intervient par l'intermédiaire de la condition de cohérence suivante:

(4.8) \alpha \sum_{j=1}^n a_{jh}x_j \leq \sum_{j=1}^n b_jh x_j

La consommation
On a présenté jusqu'ici les principes qui régissent la détermination des quantités offertes mais la consommation des ménages n'a pas encore été évoquée. Pour cause, elle ne joue pratiquement aucun rôle ! En fait, Von Neumann estime qu'elle est prise en compte dans le processus de production à hauteur d'un niveau de subsistance:
"Consumption of goods take place only through the processes of production which include necessities of live consumed by workers and employees. In other words we assume that all income in excess of necessities of live will be reinvested."

On remarque ici la mention d'une gestion de la surproduction liée à un déficit de consommation. L'hypotèse s'oppose ici à l'équilibre général de la théorie classique et qui postule que l'équilibre correspond à l'égalisation de l'offre et de la demande.

Le cas de la surproduction
Un des attraits de l'article de von Neumann est d'envisager le cas d'une surproduction. Ce qui nous sera précieux au moment d'aborder les problèmes de planification. Toujours est-il, que la possibilité d'une surproduction apparaît dans l'équation ci-dessous:

(4.9) \alpha \sum_{j=1}^n a_{jh} x_j < \sum_{j=1}^n b_{jh} x_j \Rightarrow P_h=0

De Leontieff à von Neumann
Le modèle de croissance de von Neumann est une généralisation de celui de Léontieff au cas où il y a production jointe. En effet, comme dans l'analyse entrée-sortie, les relations techniques sont linéaires (confère équationb 4.1), tout ce qui est produit sert à une nouvelle production (voir équation 4.8) et les rendements d'échelle sont constants. En réalité, la différence principale réside dans la prise en compte par von Neumann de biens durables.

La vision du temps

La modèle envisage donc le long terme. Celui-ci est dépeint comme une suite de processus de production de court terme c'est à dire d'une unité de temps.

Section II L'équilibre

IV.II.1 La nature du problème

La nature du problème

La question qui préoccupe von Neumann est celle du choix du processus de production permettant d'obtenir la croissance la plus élevée possible:
"The problem is rather to establish which processes will actually be used and which not (being "unprofitable")."
Un tel processus doit alors satisfaire une condition "d'équilibre".

La condition d'équilibre
La condition d'équilibre que doit satisfaire un processus, pour accéder à la croissance la plus importante possible, est décrite à l'aide de deux équations:

(4.10) \beta \sum_{h=1}^l a_{jh} p_h \geq \sum_{h=1}^l b_{jh}p_h

(4.11) \beta \sum_{h=1}^l a_{jh} p_h > \sum_{h=1}^l b_{jh}p_h \Rightarrow x_j=0

ces équations signifiants simplement qu'"in equilibrium no profit can be made on any process". En fait, cette condition d'équilibre n'est pas une hypothèse du modèle mais une conséquence.

Le point est intéressant dans la mesure où il précise que la maximisation du profit est un phénomène qui s'oppose à la maximisation de la croissance, et que d'autre part la maximisation de la croissance est un phénomène intrinsèque, endogène à l'organisation industrielle.

IV.II.2 La formalisation

Les étapes
Première "étape": Von Neumann commence par considérer que les vecteurs X=(x_1,...,x_n) et P=(p_1,...,p_h,...,p_l) constituent respectivmeent les intensités maximums et les prix minimums que peut atteindre l'économie. Il introduit ensuite deux autres vecteurs intensités et prix, notés X\prime=(x^\prime_1, ...,x^\prime_n) et P^\prime=(p^\prime_1,...,p^\prime_h,...,p^\prime_l), ce qui lui permet de définir une fonction \Phi de la forme:

(4.12) \Phi(X^\prime, P)=\frac{\sum_{j=1}^n \sum_{h=1}^l b_{jh} x^\prime_j p_h}{\sum_{j=1}^n \sum_{h=1}^l a_{jh} x^\prime_j p_h}

(4.13) \Phi(X, P^\prime)=\frac{\sum_{j=1}^n \sum_{h=1}^l b_{jh} x_j p^\prime_h}{\sum_{j=1}^n \sum_{h=1}^l a_{jh} x_j p^\prime_h}

Deuxième étape: On observerque (4.12) a une valeur maximum pour X^\prime si X^\prime=X . De la même manière (4.13) a une valeur minimum pour P^\prime=P . Dans ce cas, on est alors typiquement dans une situation de type "point selle" puisque max \Phi(X^*,P)=\Phi(X,P)=min\Phi(X,P^*).

Troisème étape: Le coefficient d'expansion \alpha et le facteur d'intérêt \beta dépendent des intensités et des prix. En effet, il est concevable de les mettre sous la forme:

(4.14) \alpha=\frac{\sum_{h=1}^l [\sum_{j=1}^n b_{jh} x^\prime_j ] p_h}{\sum_{h=1}^l [\sum_{j=1}^n  a_{jh} x^\prime_j ] p_h}=\Phi(X^\prime,P)

(4.15) \beta=\frac{\sum_{j=1}^n [\sum_{h=1}^l b_{jh} p^\prime_h ] x_j}{\sum_{j=1}^n [\sum_{h=1}^l  a_{jh} p^\prime_h ] x_j }\Phi(X,P^\prime)

Il en découle que la recherche de croissance le plus élevé possible, compte tenu du coût des inputs, revient à résoudre un problème de détermination d'un point selle.

IV.II.3 Solution

Interprétation de la solution
Pour établir sa preuve von Neumann se sert donc d'une version généralisée du théorème du point fixe aux fonctions multivoques. CE qui l'amène à formuler un lemme qui préfigure le théorème de Kakutani, et qui à son instar, rend compatible point fixe et rendements d'échelle constants. La mobilisation de ces derniers a pour conséquence d'épuiser le produit \sum_{j=1}^n \sum_{h=1}^l b_{jh} x_j en rémunération factorielle. Le profit ne peut alors être que nul à l'équilibre.

IV.II.4 Commentaires
Bien que le théorème du point fixe soit employé, l'équilibre ne peut évidemment pas être perçu ici dans le sens traditionnel d'une égalité entre l'offre et la demande. Cette dernière ne jouant abolument aucun rôle dans la mesure où, souvenons-nous, l'intégralité de ce qui est produit sert à une nouvelle production.

La notion d'équilibre chez von Neumann

Plusieurs commentateurs ont alors assimilé cette notion d'équilibre à un état quasi-stationnaire. Tel est, par exemple, le cas de Champernowne (1945-46):
"Prof v. Neumann's method is the familiar one of examining the conditions of equilibrium of his simplified model of the economic world. The first point is to get clear what is meant by equilibrium. The definition of equilibrium is very similar to that of the economist's stationary state: but in v. Neumann's article equilibrium differs from stationary state's equilibrium in the vital respect that a uniform expansion of the whole system is allowed under equilibrium. Such a state of equilibrium may be called a quasi-stationary, although V.Neumann does not in fact use this term.

"Equilibrium" ou "balanced growth"
D'autres théoriciens préfèrent insister sur son aspect dynamique. Concrètement, cela se traduit dans les commentaires par la substitution du terme "balanced growth" à celui d'"equilibrium":
"We can also view the dynamics of the economy from a long-run perspective, in the sense of keeping account of actual amounts produced and consumed in each period, where the economy is assumed to operate in an efficient manner for an infinite time. A natural growth of production and consumption capacity appears to be associated with the economic process; we seek to determine the rate of this growth. This expansion process is kown as the balanced growth.
We begin with a description of the classical model of an expanding economy proposed by von Neumann."

Ce point illustre très bien notre vision de l'équilibre dynamique, comme étant moteur et donc caractéristique d'évolution maîtrisée, de croissance. On remarquera que la notion d'expanding economy illustre assez bien en quoi l'excédent commercial allemand, chinois, américain(?) est synonyme de croissance à l'internationale, pour écouler la production que le marché national est impuissant à consommer. On terminera en rappelant qu'un déficit commercial au niveau national, comme celui de la France depuis plus de dix ans, est également synonyme de décroissance, et plus généralement d'une prédation économique étrangère, d'une guerre économique.
On remarquera également que le modèle de Von Neumann préconise implicitement un interventionisme étatique jusque dans les décisions stratégiques des différentes entreprises constituant l'organisation industrielle, par la régulation du prix et de l'intensité.

Un équilibre ?

D'après nos "critères", est on en droit de voir un équilibre dans le modèle mis au point par Von Neumann ?
(...)
Dans sa publication, von Neumann ne s'intéresse qu'à l'existence d'un point selle et ne dit rien sur la manière d'y parvenir. En fait son modèle prend toute son importance dans une perspective de planification. Il appartient alors au planificateur de le déterminer.

Limites
Comme toutes théories, le modèle de von Neumann pose plusieurs difficulté liées au choix des simplifications. On a choisi d'en souligner deux:
- En premier lieu, le taux de croissance dépend uniquement des techniques de production et le niveau de consommation des ménages est totalement absent du modèle. En d'autres termes, l'existence de problèmes de débouchés n'est pas envisagée.
- Une seconde critique concerne l'absence de signification économique donnée à la fonction \Phi . Von Neumann est d'ailleurs le premier à admettre ce point et suggère de chercher une interprétation du coté de la thermodynamique:
"A direct interpretation of the function \Phi(X,Y) would be highly desirable. Its rôle appears to be similar to that thermodynamic potentials in phenomenological thermodynamics; it can be surmised that the similarity will persist in its full phenomenological generality (independently of our respective idealisations)."

En dépit de ces limites, le modèle de von Neumann a joué un rôle fondamental puisqu'il a ouvert la voie à l'application des méthodes de programmation linéaire et non linéaire en économie.

On arrive ici à une conclusion qui a mené les industries américaines, allemandes, chinoises à un excédent commercial conjugué à un impérialisme économique, une suprématie économique, s'appuyant sur une planification gouvernementale, depuis plus d'une décennie. A l'heure (2012-06-25) où l'Europe s'enfonce dans la crise à cause des économies grecques, espagnoles, françaises, anglaises, on remarque que ce point n'est toujours pas compris par la majorité des décideurs gouvernementaux européens.

Section III La programmation

De façon générale, la programmation a pour objectif de déterminer les extremums de fonctions, linéaires ou non linéaires, soumises a des contraintes en forme d'inégalités. Afin d'y parvenir plusieurs méthodes sont utilisées. Toutes ont joué, et joueront encore, un rôle crucial dans l'élaboration des techniques de planification. On présente ici les méthodes dont on se servira dans la troisième partie.

IV.III.1 Le théorème de la dualité

Présentation
Le théorème de la dualité permet de résoudre des problèmes de programmation linéaire. Son principe consiste à établir un lien entre un programme à maximiser, le "primal", et un autre à minimiser : le "dual".

Le primal
Si on prend le modèle de Von Neumann, dont le but est d'obtenir la croissance la plus importante possible, la fonction à maximiser est \Phi(X^\prime,P). Bien entendu la maximisation s'effectue par rapport au premier argument. Quant à elles les contraintes sont données par les équations (4.4), (4.6) et (4.8).
Autrement dit, le primal s'écrit:

\left| \begin{array}{c} max_X \Phi(X^\prime, P) \\ \alpha \sum^n_{j=1} a_{jh} x_j \leq \sum^n_{j=1} b_{jh} x_j \\ \sum^n_{j=1} x_j > 0 \\ x_j \geq 0 \end{array}

Le dual
A partir du primal, il est possible en respectant certaines règles précises de construire un programme dual. Dans notre exemple, celui-ci prend la forme suivante:

\left| \begin{array}{c} min_{P^\prime} \Phi(X,P^\prime) \\ \beta \sum^l_{h=1} b_{jh} p_h \\ \sum^l_{h=1} p_h > 0 \\ p_h \geq 0 \end{array}

Le théorème de la dualité
Si on note respectivement X^* et P^* la solution du primal et du dual, le théorème de la dualité indique que \Phi(X^*,P)=\Phi(X,P^*).
En d'autres termes, le théorème de la dualité (appliqué ici au modèle de von Neumann) est un moyen simple de garantir l'existence d'un point selle.

IV.III.2 La méthode de Lagrange
Comme précédemment le but poursuivi est de rechercher les extrema d'une fonction objective soumise à une série de contraintes. Ces dernières prennent, le cas échéant, la forme d'une égalité.

La fonction de Lagrange
Multiplicateurs de Lagrange
Interprétation économique

Pour l'introduction mathématique de la fonction de Lagrange voir Alain Planche, Mathématiques pour économistes, analyse, Dunod

IV.III.3 Le théorème de Khun et Thucker dans le cas linéaire
Bien que la méthode de Lagrange soit un instrument précieux, elle ne peut généralement pas s'appliquer directement en économie où la plupart des problèmes d'optimisation font intervenir des contraintes sous forme d'inégalités. Il est alors souvent indispensable de recourir au théorème de Khun et Tucker ainsi qu'à un artifice: les variables quadratiques de niveau.

Les variables quadratiques de niveau
Methode et multiplicateurs de Lagrange
Conditions d'applications: le théorème de Khun et Tucker
Point selle et maximum du lagrangien
Lagrangien et point selle

Section IV Conclusion. Les débats sur la croissance équilibrée
Le thème d'une "trajectoire d'équilibre" est présent depuis longtemps dans l'analyse économique sous la forme de discussions sur le régime de croissance. Ces dernières avaient trouvé un écho important dans le cadre de la planification:
"Les problèmes de croissance représentent pour les économistes des pays socialistes des questions liées aux problèmes de la planification. Aussi, n'est-il pas surprenant qu'au cours de la toute première étape de la société soviétique se soit déroulé un débat théorique d'une ampleur considérable portant sur les modalités de l'allocation des ressources nationales à travers la planification en vue de l'industrialisation." (Rosier (1970), p608)

Notre opinion sur le sujet repose, à la différence d'une planification soviétique que nous devrons étudier ultérieurement, sur la rencontre entre la planification (l'approche top-down) et l'emergence (l'approche bottom-up). Pour un début d'analyse sur l'émergence, voir David Chavalarias, Métadynamiques en Cognition Sociale, Quelle définition de meilleur est la meilleure ?, thèse.
On remarquera néanmoins qu'une analyse sociologique de l'économie, telle que le fit Weber Max Weber, Economie et société, tome 1, pocket, illustre assez bien en quoi la planification arroge un pouvoir de monopole hautement convoité, et plus simplement, en quoi l'exercice de l'activité économique, de la mise en place d'un système d'exploitation économique est un instrument de domination qu'il convient d'utiliser avec des valeurs humanistes et démocratiques. On illustrera la notion par l'effondrement de l'URSS pour des raisons d'épuisement économique liées à la corruption et au népotisme de l'organisation politique. On pourra illustrer également, mais nos connaissances dans le domaine reste à approfondir, par les purges des intellectuels dont les soviétiques et les chinois ont fait usage pour mettre en place un nouveau système d'exploitation économique, procédé témoignant de l'exercice du pouvoir autoritaire, de la dictature, et donc hautement condamnable.

IV.IV.1 Contexte et Présentation du débat
Au cours des années vingt, le besoin de fonder le développement économique de l'URSS sur l'industrialisation fait l'objet d'un consensus. Toutefois une discorde apparaît concernant le modèle de développement à mettre en oeuvre. Les partisans d'un modèle de développement donnant une priorité absolue à l'industrie, s'opposent à ceux qui désirent suivre un modèle de "croissance équilibrée" plus respectueuse des intérêts de la paysannerie. Préobrajensky s'inscrit dans cette première tendance tandis que Boukharine s'insère dans la seconde.

Le modèle de développement de Préobrajensky
Sa conception du développement se fonde sur "la loi de l'accumulation socialiste primitive", par analogie à l'accumulation capitaliste primitive de Marx, qu'il définit comme "l'accumulation entre les mains de l'Etat de ressources matérielles tirées principalement de sources situées en dehors du complexe de l'économie d'Etat."

Dans l'esprit de Préobrajensky, au même titre que l'exploitation capitaliste implique un échange inégal des quantités de travail, l'accumulation socialiste s'effectue via de nombreux investissements industriels dont le financement exige de ne pas respecter un principe d'équivalence. Un transfert net de ressources doit s'effectuer au détriment du secteur agricole, par divers moyens (impôts, droits de douanes), vers le secteur étatique afin que celui-ci puisse acquérir de nombreux éléments matériels de productions.

La conception du développement de Boukharine
A l'opposé de la vision précédemment exposée, se trouve celle de Boukharine. Ce dernier milite en faveur d'une croissance équilibrée. Pour justifier sa position, Boukharine évoque l'amplification des déséquilibres initiaux par des effets reports. Il préconise, entre autre, que le développement du secteur industriel ne se fasse pas au détriment de la croissance du secteur agricole. Selon lui, toute idée de priorité doit être rejetée sous peine d'engendrer des goulots d'étranglements.
L'argumentaire de Boukharine est commenté en ces termes par Bernard Rosier (1970):
"Le plan doit donc, pour Boukharine, respecter la proportionalité de la division sociale, et le principe d'équivalence en vue d'assurer un équilibre entre branches de la production et sphères de l'activité économique: Nous avons donc, avec le courant d'analyse qu'il représente, une théorie de l'équilibre clairement formulée." (p609)

On remarquera, malgré le jargon technico-socio-économique dont la sémantique reste à préciser, que la problématique de rencontre entre la planification et l'émergence est présente dans ce dernier paragraphe.
On remarquera également que la théorie économique des années 50 développe les concepts mathématiques qui valident une théorie de la planification au niveau national, et que ces concepts théoriques sont issus d'un des plus brillants cerveaux nord américain en pleine guerre froide Von Neumann and Morgenstern, Theory of Games and Economic Behavior, Princeton.

(...)
Pour pouvoir être équilibrée, la croissance doit être identique dans l'ensemble des secteurs. Afin que cela soit le cas, les décisions d'investissements sont strictement encadrées par l'Etat. A ce titre, et sans entrer plus avant dans le détail de l'argumentaire de Boukharine, il est déjà intéressant pour notre étude de remarquer que le choix d'une croissance équilibrée amène à mettre en avant les bienfaits des rigidités. Hirschman (1958) évoque ce point:
"C'est, en effet, sur la théorie de la croissance équilibrée qu'on s'appuie d'ordinaire pour justifier la centralisation et la coordination par l'Etat du processus de développement [...]. La production doit être intégré et planifiée à l'échelon central comme s'il s'agissait d'un "trust" unique [...]" (p. 70)

Le débat sur le régime de croissance ne se cantonne pas aux polémiques des années vingt. Il s'étend, certes de manière plus ambigüe, à la période de l'après guerre.

IV.IV.2 Les extensions récentes du débat

La critique de Hirschman et Rostow

Le reproche central que formule Hirschman, à l'encontre de la théorie de la croissance équilibrée, tient à la somme colossale de savoir faire entrepreneurials et administratifs qui sont nécessaires pour faire croître les secteurs de l'économie à un rythme homothétique. Une telle mise en oeuvre de savoir est, d'après lui, incompatible avec la situation des pays sous-développés.

(...)
De plus, si la théorie de la croissance équilibrée par du sentiment honorable de ne pas vouloir engendrer des inégalités ; elle introduit, toujours d'après Hirschman, pour cela des coûts sociaux insupportables - à travers l'intervention étatique qu'elle implique -pour des pays en développement.

Le niveau de culture nécessaire à la mise en place d'une croissance équilibrée, conjugué aux coûts sociaux insupportables illustrent assez bien une époque révolue, une époque du système d'information papier. Aujourd'hui à l'époque du Personal Computer et d'Internet ces points devraient être considérés comme des arguments techniques en faveur de la mise en place d'un système d'information numérique dans le domaine de l'activité économique ou de l'activité culturelle. L'enjeu réside alors non plus sur les barrières à l'entrée empêchant l'accession pour les pays en développement à la croissance équilibrée, mais dans le cadre d'une mondialisation, à celui, l'état, le gouvernement, ..., qui administrera ce système d'information, et de fait exercera le pouvoir économique. Le débat n'est pas neutre dans la mesure où le risque observable aujourd'hui est de voir la culture, l'économie nationale administrée par une puissance étrangère, on prendra l'exemple de l'impérialisme américain en Europe.

On remarquera, d'autre part, que l'élévation du niveau culturel est une condition pour avoir une croissance équilibrée. Ce qui se rapproche de notre conception de la société du savoir qui permettra des innovations sociales, techniques, industrielles comme, par exemple, le voyage lointain dans l'espace ( Voir nos commentaires dans: Mes mots sont faciles à comprendre, Lao Tseu, Le courrier du Livre, Critique de la société de l'information, CNRS éditions , Stuart Russell, Peter Norvig, Intelligence artificielle, Pearson, Michael Porter, l'avantage concurrentiel, Dunod) .

Ces arguments en faveur d'un régime de croissance déséquilibrée trouvent, semble t-il, une accréditation historique lorsque Rostow explique la phase de "démarrage" de la croissance grâce à des affectations prioritaires de ressources.

Ce point confirme une analyse sociologique de l'émergence historique des systèmes d'exploitation économique qui ont pris naissance dans des monarchies, des empires, des dictatures. Néanmoins on remarquera que l'exercice démocratique du pouvoir est un équilibre moteur dans la mesure où il caractérise une société évoluée et éduquée qui cohabite avec un modèle de croissance équilibrée. En effet la caractéristique motrice de l'équilibre impose un modèle d'exercice démocratique du pouvoir. On remarquera que les crises européennes du début du XXIième siècle cohabitent avec un affaiblissement des valeurs démocratiques comme peuvent l'illustrer le quart de siècle d'exercice du pouvoir par la droite en France (Chirac, Sarkozy), et qui s'est traduit dans le domaine économique par un déficit commercial irrévocable et sans précédent, et dans les domaines politiques, par des taux d'abstention records et une émergence de l'extrême droite.

La position de Myrdal
L'argumentaire qu'emploie Myrdal est littéralement à l'opposé de celui d'Hirschman. Il estime, au contraire, que les pays sous-développés ont hérité d'une importante administration leur permettant de mettre en application une politique de croissance équilibrée.

(...)
La planification lui apparaît alors comme une condition au développement et à la mise en place d'un régime de croissance équilibrée.

On fera le lien avec "la crise de la dette" qui frappe les différents pays d'Europe, France comprise et qui s'oppose à un interventionnisme d'Etat en faveur de la croissance. On remarquera qu'en ce début du XXIième siècle, l'instauration de la rigueur par les décideurs gouvernementaux est le fait des socialistes, comme des républicains, de la gauche comme de la droite.

L'opinion de Harrod
L'article de Harrod fournit, pour sa part, une objection au second argument de Hirschman à propos du caractère insoutenable des coûts sociaux dans une économie sous développée.

La thèse de Lewis
Enfin, mentionnons le travail de Lewis. Ce dernier croit en la nécessité d'investir massivement dans l'ensemble des secteurs afin que ceux-ci se développent à un rythme à peu près équivalent.

(...)
Si à ce stade l'argument est plutôt usuel, l'originalité de Lewis réside dans le fait qu'il ne lie pas la mise en place d'un régime de croissance équilibrée avec l'instauration d'un système totalement planifié. La planification peut se contenter d'être partielle.

(...)
Son analyse va jusqu'à préciser les conditions d'exercice d'une planification fragmentaire. Celle-ci doit s'exercer lorsque les effets sociaux des mécanismes de marché ne sont plus acceptables et quand la loi de l'offre et la demande n'arrive pas à équilibrer le marché.

Ce point confirme notre analyse sur une approche mixte "planification-émergence" ou de planification partielle.
On remarquera que nous faisons ce commentaire 1 an après avoir débuté la lecture de cette thèse et que malgré le commentaire sévère du début de l'ouvrage, cette partie nous rassure sur la stratégie générale qui se dessine dans le contexte de politique intérieure mais également de politique internationale, de géopolitique en ce début du XXIième siècle (2012-06-26).

Commentaire
Comme nous serons amenés à le constater dès le chapitre VI, la "loi de l'offre et de la demande" n'équilibre quasiment jamais spontanément les marchés. Un dégré très élevé de planification est un élément indispensable pour le faire. Ceci étant la conséquence des théorèmes, tel celui de Sonnenschein, des années soixante-dix, reposant sur les phénomènes d'interactions des marchés.
Par conséquent, notre démarche s'inscrit dans le cadre des régimes de croissances équilibrées basés sur la planification.

Notre intérêt pour le sujet repose sur la notion de logistique, de Supply Chain Management.
On remarquera qu'une attaque de Supply Chain, comme le mentionne Libicki (Martin C. Libicki, Cyberdeterrence and cyberwar, Rand corporation) dans son ouvrage sur la Cyberdissuasion Américaine, est rendue possible parce que la notion de logistique, de Supply Chain n'a pas été comprise par les gouvernements qui en sont victimes.

Conclusion de la première partie

(...)
Bien que possédant des structures différentes, ces trois modèles sont étroitement corrélés. ainsi, les équilibres concurrentiels peuvent se confondre avec les allocation du coeur tandis que le modèle d'équilibre général présente une analogie formelle avec le modèle de von Neumann.

Pourtant, la théorie de l'équilibre général est incontestablement la plus adaptée pour mener une analyse en termes d'équilibre.
Ceci s'explique, d'une part, par l'absence de prix au sein des modèles de marchandages qui sont amenés à privilégier les rapports de forces. Or, cette perception est loin d'être la plus aisée pour établir à coup sûr l'existence d'un équilibre. D'autre part, la prédominance de la théorie de l'équilibre général à intégrer la notion d'équilibre s'explique par le caractère limité du modèle de von Neumann. Celui-ci se propose uniquement d'étudier un processus de production et n'a pas pour prétention de constituer une véritable alternative. On peut même soutenir qu'il est susceptible de s'incorporer, en tant que conception de la croissance, au sein du modèle d'équilibre général. C'est une opinion similaire que défend Weintraub (1980), lorsqu'il affirme concernant la filiation entre la contribution de Von Neumann et le modèle d'équilibre général.

Olivier Avenel dit :

13.6 Partie 2 Examen des principales difficultés théoriques liées à l'usage de la notion d'équilibre

Le modèle d'équilibre général concurrentiel constitue désormais notre cadre institutionnel de référence. La notion d'équilibre qui lui associée est celle du point fixe. Ce qui est équivalent au fait que la demande nette de chaque agent s'annule sur tous les marchés.

Pourtant, bien que la théorie de l'équilibre général soit la plus apte à appréhender la notion d'équilibre, l'usage de celle-ci n'est pas sans poser des difficultés. Ces dernières concernent les points suivants:
- l'abondance ainsi que les caractéristiques des équilibres
- la recherche de processus permettant d'atteindre un état d'équilibre
- la mise en rapport du temps et de l'incertitude avec la notion d'équilibre.

(...)
A travers cet examen, notre propos est de démontrer que le modèle d'équilibre général concurrentiel offre une base théorique plus adaptée à l'élaboration d'un système de planification plutôt qu'à la compréhension des économies de marchés.

Notre opinion converge avec celle de l'auteur, notamment sur la programmation (linéaire,...) qui découle de l'optimisation pour aboutir à l'équilibre général. Néanmoins on remarquera que l'auteur soutient sa thèse en 2008, ce qui signifie que la chose relève de l'innovation par opposition au corpus théorique enseigné en université.

Chapitre V Propriétés et sélection des équilibres

Au fil de la partie précédente, nous avons cherché à préciser le contenu de la notion d'équilibre. Mais rien, jusqu'ici, ne permet de soutenir qu'il s'agit d'une situation particulièrement souhaitable.
Il est donc indispensable de préciser les conditions dans lesquelles un équilibre a des vertus qui en font une situation à établir. Autrement dit, il convient de prouver qu'un équilibre est susceptible d'être le "meilleur" état possible pour l'économie. Evidemment, une partie du débat porte sur le critère qui définit le "meilleur état possible".

Section I Les théorèmes de l'économie du bien-être

Si les analyses en termes d'équilibres sont autant utilisées, ceci est dû aux théorèmes de l'économie du bien-être. Ces derniers sont les premières et uniques preuves d'existence d'un lien entre un concpet d'équilibre et un critère philosophique caractérisant une situation idéale.

V.I.1 Equilibre et optimum de Pareto

Les théorèmes de l'économie du bien-être ont pour vocation de donner une consistance philosophique au concept d'équilibre. Plus précisément, ils prouvent que tout équilibre général concurrentiel est un optimum de Pareto. Et inversement.

Rappel sur l'optimum de Pareto
Rappelons qu'un état de l'économie est un optimum de Pareto s'il est réalisable et s'il n'est plus possible d'accroitre l'utilité d'un ou plusieurs agents sans dégrader celle d'un ou plusieurs autres. Pour sa part, un état réalisable se définit comme une distribution de l'ensemble du stock de ressources d'une économie entre les ménages.

V.I.2 Démonstration

Premier théorème et principales hypothèses

Le second théorème
Le second théorème de l'économie du bien-être est plus délicat à prouver. Il établit un lien entre optimum de Pareto et équilibre général concurrentiel.

V.I.3 Portée des théorèmes

Planification et optimum
Si on se réfère à Novozilov (1972), il ne fait pas de doute qu'une théorie de la planification doit être basée sur celle de l'optimum:
"La planification socialiste est notoirement fondée sur la connaissance et l'application des lois économiques. Puisque le principe de l'optimum s'étend à l'application des lois en vigueur dans le socialisme, la théorie de la planification doit être, essentiellement, une théorie de la planification optimale." (p.47)

L'enthousiasme pour les optimums s'explique par les techniques de programmations mathématiques qu'ils permettent de mobiliser (voir chapitre IV). CEs dernières, selon Kantarovitch et al(1979), présentent l'atout de pouvoir simultanément prendre en compte la diversité des critères économiques, l'aspect concret des projets ainsi que l'évolution des techniques:
"Les modèles mathématiques d'optimisation sont, par construction, aptes à prendre en compte les exigences qu'impose la nature socialiste des relations de production. Ils permettent d'utiliser les critères généraux de maximisation de l'efficacité économique, de minimisation des coûts, de maximisation de la croissance, jusqu'au niveau des décisions relatives à des projets concrets. [...]. En outre, pour la gestion de l'économie, les méthodes d'optimisations sont un instrument puissant de mise en pratique des lois économiques. De plus l'utilisation des méthodes informatiques pour les calculs d'optimisation permet d'associer les avantages du système économique socialiste et les acquisitions les plus récentes de la révolution scientifique et de la technique." (p.1054).

Pourtant, les théorèmes de l'économie du bien-être sont à mettre en relation avec le cadre institutionnel retenu. Ils prennent place dans une société bien différente de celle que l'on connaît.

Un monde néoclassique

Les réponses apportées dans les ouvrages avancés

L'applicabilité ?

Conclusion

On peut tout d'abord laisser le processus sélectionner "naturellement" un équilibre. Evidemment, cela suppose de s'assurer qu'il soit stable. Toutefois, cette méthode possède une part importante d'indétermination puisque l'étude de la stabilité ne renseigne pas précisément sur l'équilibre qui sera atteint.

En second lieu, on peut essayer de mettre au point un deuxième critère de sélection ou bien encore affiner celui existant.

Une dernière méthode consiste à s'interroger sur l'origine de la multiplicité des équilibres. Celle-ci est souvent due à la diversité des conjectures et des anticipations des agents. Dès lors, il convient - par des méthodes appropriés - de les orienter dans le sens voulu de manière à rendre l'équilibre unique. C'est cette piste qu'on suivit la majorité des auteurs néoclassiques et que l'on développe.

On remarque ici que la caractérisation de l'équilibre comme un point, est insuffisante pour décrire l'équilibre au niveau système. On remarquera également que l'optimum de Pareto s'appuie sur la notion d'équilibre en théorie des jeux, comme par exemple celui du dilemme du prisonnier. Or notre thèse repose sur la caractérisation de différentes sortes d'équilibres, attracteur, moteur,... car nous trouvons que la notion employée en théorie des jeux ne décrit pas avec suffisamment de précision la nature des mécanismes en jeux. La multiplicité des définitions de l'équilibre dans d'autres domaines que la théorie des jeux n'arrange rien à la confusion provoquée par l'incompréhension sémantique qui nous fait critiquer avec virulence l'hypothèse H1 posée par l'auteur.

Section II L'unicité de l'équilibre

Les hypothèse les plus souvent utilisées, par les théoriciens néo-classiques, pour démontrer l'unicité de l'équilibre sont celles de la substituabilité brute et de la domination diagonale.

V.II.1 Substituabilité brute et domination diagonale

Présentation
Equilibre et unicité: les conséquences de l'hypothèse de substituabilité brute

Les fondements de la substituabilité brute
L'idée sous-jacente à l'hypothèse de substituabilité brute est que "l'effet prix" prédomine sur "l'effet revenu". Par conséquent quand les agents voient le prix d'un bien augmenter, ils lui substituent d'autres biens. On ne tient pas compte du fait que la hausse du prix d'un bien est synonyme pour les détenteurs de celui-ci d'une élévation de leurs revenus. Pour justifier cela, les auteurs néo-classiques, mettent en avant le rôle joué par les conjectures des agents. Ces derniers seraient plus sensibles à la hausse du prix plutôt qu'à une augmentation de leurs revenus. La question qui intervient est de savoir pourquoi les agents ont de telles conjectures qui apparaissent contraire à la "rationalité" ?

En fait, il n'y a pas vraiment de réponse à cette interrogation. L'hypothèse de substituabilité brute ne repose sur aucun fondement institutionnel et s'avère largement dépourvue de justification théorique. C'est pourquoi, plutôt que de recourir directement à cette hypothèse, de nombreux théoriciens préfèrent utiliser celle de "domination diagonale".

La domination diagonale
On estime qu'il y a "domination diagonale" lorsque la demande nette d'un bien quelconque est plus sensible à la variation de son propre prix plutôt qu'à la somme des effets provenant des variations du prix de tous les autres biens.

Substituabilité brute et domination diagonale

V.II.2 Les allocation B.C.P.E
La sélection des équilibres par introduction du concept d'allocation B.C.P.E (Budget Constrained Pareto Efficient) est largement méconnue. Il est vrai que ce concept amène, en matière d'unicité de l'équilibre, à des résultats moins satisfaisants que les hypothèses de substituabilité brute et de domination diagonale. Pourtant, il s'avère beaucoup mieux fondé et plus cohérent sur le plan théorique.

Le concept d'allocation B.C.P.E
L'idée implicite est d'affirmer que les agents consomment en priorité certains biens essentiels à leurs survies. L'habitat ou l'alimentation sont de bons exemples. La consommation de ce type de biens est élevé au rang de "droit fondamental". Plus spécifiquement, une allocation B.C.P.E a pour caractéristiques:
- de saturer la contrainte budgétaire d'un agent étant donné le système de prix.
- d'être un optimum de Pareto

A la différence de ce que l'on observe dans le modèle d'équilibre général traditionnel, les allocations B.C.P.E ne maximisent pas nécessairement l'utilité des agents. Ce qui est une conséquence du fait que les "droits fondamentaux" de chaque individu sont d'abord satisfaits avant d'autoriser l'acquisition d'autres types de biens. En somme, il s'agit d'une interprétation au sens large de l'hypothèse de survie.

On remarque ici la fondation stratégique d'une planification au niveau national par la maîtrise des approvisionnements stratégiques. Notre interprétation diverge en ce sens qu'il n'est pas nécessaire de planifier par un calcul des besoins nets (CBN) de chaque agent, de chaque élément de la population. Ainsi la mixité d'approche entre la planification et l'émergence prend place dans une démarche pour favoriser l'innovation mais également dans une démarche pour favoriser les libertés individuelles qu'apportent un marché concurrentiel et en quelque sorte la libre concurrence, le libre échange. Le compromis à trouver réside dans ce domaine, économie socialiste, rationnée ou économie du libre échange, déréglementée. Le compromis est déjà observable dans des pays comme les Etats Unis, La Chine qui s'est ouvert au capitalisme et a favorisé l'émergence de la consommation dans ses frontières et à l'internationale, ainsi que dans des pays européens qui ont abandonné la planification et leur organisation industrielle pour une économie de consommation.

Le vecteur "prix-revenu"
Le fait de revendiquer des droits fondamentaux oblige à ne plus concevoir séparément le niveau des prix et celui des revenus:
"Notons qu'il n'est pas économiquement justifié de considérer les revenus indépendamment des prix. En effet, les problèmes relatifs aux droits à consommer n'apparaissent que dans la mesure où, à revenus donnés, les prix de certains biens essentiels sont si élevés, qu'ils ne peuvent être acquis par tous les agents en quantités suffisantes par rapport à ce que recouvre la notion de droit à consommer." (Balasko (1988), p155)

On remarque que l'auteur parle ici de droits fondamentaux, de droits à consommer, alors que nous parlons de libertés individuelles et que ces attributs s'appliquent à l'agent, à l'élément individuel de la population. On ne peut que constater l'implication fasciste de la notion, dans la mesure ou le droit à consommer est indissociable du droit à entreprendre qui se retrouve également dans les libertés individuelles. Le monopole du droit à entreprendre, de la création de richesse est en effet une caractéristique des organisations politiques autoritaires, des dictatures, des monarchies. On remarquera qu'une étude de la société française en ce début du XXIième siècle présente des caractéristiques démontrant que le droit à entreprendre est bridé, contenu dans certains domaines, notament dans le domaine des technologies de l'information. On illustrera par l'absence de concurrents nationaux pour Dell, Intel, Facebook, Google, ... et on avancera que la cause provient d'une complicité nationale et d'un interventionnisme étranger.

Théorème d'existence
Il existe au moins une allocation BCPE associée à un vecteur prix-revenu quelconque.

L'unicité
Si le vecteur de demande nette est arbitrairement petit alors l'unicité de l'allocation B.C.P.E est assurée.

Changement d'approche et portée de la nouvelle approche

(...)On peut alors se demander si le concept d'allocation BCPE ne constitue pas un cadre adéquat pour la théorie de l'équilibre général ?

Il est bien délicat de répondre de façon tranchée à cette question. On voit néanmoins que le concept d'allocation B.C.P.E génère une interprétation plus séduisante de l'hypothèse de survie. de plus, il exhibe des résultats convaincants d'unicité locale. La contre partie étant que les allocation BCPE accroissent les prérogatives de l'Etat en lui donnant pour mission de garantir les droits fondamentaux.

Le point évoque de façon pertinente le rôle de l'Etat et des différents gouvernements successifs, celui d'assurer la survie de la population, de garantir ses droits fondamentaux.

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13.7 Chapitre VI La stabilité des processus

Section I Le tâtonnement walrasien

Incontestablement, le tâtonnement est la méthode qui a connu l'engouement le plus important pour parvenir à égaliser l'offre et la demande. On se propose donc de la commenter et d'examiner les conclusions auxquelles elle aboutit.

VI.I.1 Formes des fonctions de demande nette et tâtonnement

Rappel sur la modélisation du processus de tâtonnement
L'idée du tâtonnement est décrite initialement en ces termes par Walras (1874): "Lorsque cette égalité (entre l'offre et la demande effectives) n'existe pas, il faut pour arriver aux prix d'équilibre, une hausse du prix des marchandises dont la demande effective est supérieure à l'offre et une baisse du prix de celles dont l'offre effective est supérieure à la demande effective" (p.133)

Le tâtonnement comme interprétation de la loi de l'offre et la demande

Un dilemme théorique
La preuve de la stabilité du processus de tâtonnement a constitué pendant longtemps un thème majeur de recherche. Les premières stratégies pour en prouver la stabilité étaient de recourir à des hypothèses de domination diagonale ou de substituabilité brute (confère Arrow et Hahn (1971)).

Théorème Sonnenschein-Mantel-Debreu
Au début des années soixante-dix quelques économistes eurent l'intuition de renverser la problématique. Ils se demandèrent alors si les fonctions de demandes nettes n'étaient pas tout simplement quelconque. Par ce biais trois auteurs différents, Sonnenschein (1973), Mantel (1974) et Debreu (1974), arrivèrent aux mêmes conclusions. Ces dernières prennent la forme du théorème suivant:
Toute fonctions de \mathbb{R}^l_{++} dans \mathbb{R}^l qui est continue, homogène de degré zéro et qui vérifie l'identité de Walras, peut être considérée comme une fonction de demande nette d'une économie d'échange où les agents ont des préférences monotones et strictement convexes.

Autrement dit, la forme des fonctions de demandes nettes se caractérise uniquement par l'homogénéité de degré zéro et par le respect de l'identité de Walras. Tout autre propriété est suceptible d'être rejetée.

VI.I.2 Démonstration du théorème Sonnenschein-Mantel-Debreu

VI.I.3 Epilogue: instabilité et chaos des marchés
Si ce théorème a une importance aussi primoridale c'est qu'il ruine tout espoir d'établir des propriétés générales à partir des fonctions de demandes nettes. Il en résulte que la stabilité du processus de tâtonnement, et donc de la loi de l'offre et la demande, n'est en rien assurée. Pire encore, plusieurs articles invitent à penser que l'instabilité et le chaos constituent la norme.

De la stabilité des équilibres à celle des processus
La manière la plus intuitive d'étudier la stabilité est de considérer que les équilibres stables constituent un sous-ensemble de l'ensemble des équilibres. On s'interroge alors sur la place qu'occupe ce sous-ensemble dans l'ensemble. Malheureusement, cette manière d'opérer n'a jamais apporté les résultats escomptés:
"Les résultats disponibles portent uniquement sur la connexité par arc de ces ensembles et sur leur localisation dans l'ensemble des équilibres." (Balasko (1988), p94)

D'où l'idée de changer d'approche et de s'intérresser à la stabilité des trajectoires. Pour ce faire, on les partitionne. Les trajectoires convergentes deviennent alors un élément parmi d'autres. Si l'on prend une trajectoire au hasard: quelle est la probabilité que celle-ci converge ?

Notre opinion sur le sujet repose sur le fait que l'équilibre au niveau système n'est pas caractérisé avec suffisamment de précision par la notation ensembliste. Notre interprétation repose quant à elle sur la notion d'architecture, d'organisation.

Probabilité de convergence

Section II Mécanisme de variation des quantités. Les équilibres à prix fixes.

V.I.II.1 Présentation

En premier lieu, mentionnons que ces approches mettent l'accent sur les équilibres non walrasiens:
"Nous avons vu dans le chapitre précédent les concepts de bases d'une théorie microéconomique valable dans le cas où l'offre et la demande ne sont pas égales sur tous les marchés. Nous allons maintenant rassembler ces éléments et construire un certain nombre de concepts d'équilibres non walrasiens que nous désignerons sous le nom générique de K-équilibres. [...]. Ces concepts seront cependant non walrasiens dans la mesure où les signaux en quantité joueront dans les processus d'ajustement un rôle aussi important que les signaux prix. Quant aux prix, même s'ils sont flexibles, ils ne s'ajusteront pas nécessairement de façon à équilibrer l'offre et la demande sur tous les marchés." (Benassy (1984), p26).

Structure du modèle et formation des prix

Le choix du vecteur prix fixé une fois pour toute est de la responsabilité d'un agent i: "Nous supposerons donc dans ce qui suit que les biens sont différenciés non seulement par leur caractéristiques physiques, mais éventuellement aussi par l'agent qui en fixe les prix, de sorte que les prix d'un bien sera fixé par un seul agent." (p21).

Les autres individus ont un comportement price taker:
"C'est au niveau de la formation des contraintes anticipées que l'agent i diffère des autres agents qui ne contrôlent pas les prix. En effet les autres agents prennent les prix et les contraintes anticipées comme des données paramétriques qu'ils ne peuvent influencer."

Notons qu'à la différence du commissaire priseur walrasien l'agent i est muni d'une fonction d'utilité semblable à celle des autres agents, qu'il cherche à maximiser.

Le prix annoncé n'égalise généralement pas l'offre et la demande. Par conséquent, certains agents ne pourront acquérir ou vendre la quantité voulue. Ils seront alors rationnés.

Schémas de rationnement et règle du coté court

Dans ce contexte, l'équilibre engendré dépend étroitement de la règle de partage des rations instaurées par le modélisateur. En réalité, il existe au moins autant d'équilibres possibles que de schémas de rationnement.
Pour sa part Benassy instaure la règle du "côté court" qu'il décrit en ces termes:
"Le coté court d'un marché est celui ou le volume global des transactions désirées est le plus faible. C'est donc le coté de la demande s'il y a excès d'offre, le coté de l'offre s'il y a excès de demande. L'autre coté est appelé le coté "long"."
En d'autres termes, seuls les agents du coté court réalisent leurs offres ou demandes.

(...) En ce qui nous concerne, il est important de remarquer que cette fonction ne décrit en aucun cas un processus mais traduit simplement "l'organisation des marchés". Il n'y a pas d'idée d'ajustement sous-jacente.

VI.II.2 La nature du processus
La notion de demande effective
La perception des contraintes à l'origine du processus
La teneur du processus

VI.II.3 Equilibre et convergence
L'équilibre
De ce point de vue, l'équilibre s'appréhende intuitivement comme une situation ou "rien ne bouge". En effet, lorsque les nouvelles demandes nettes effectives qu'adresse le centralisateur aux agents ne modifie pas leurs perceptions des contraintes et donc leurs demandes nettes effectives: le circuit se reproduit bien à l'identique. On retrouve l'idée de point fixe sur laquelle va s'appuyer la démonstration d'existence.

On remarquera que l'auteur ne définit pas toutes les fonctions et variables de ses modèles mathématiques.

Théorème d'existence d'un K-equilibre
Si les hypothèses du théorème du point fixe de Brouwer sont vérifiées et si, de surcroît, les schémas de rationnements demeurent continus, alors il existe au moins un K-équilibre.

Réflexion sur la nature de l'ajustement
Définition
Hypothèse sur les conjectures
Conclusion
Comme on l'a observé, les modèles d'équilibres à prix fixes, dans la mesure où ils s'inscrivent dans la perspective du modèles d'équilibre général, n'échappent pas à la nécessité d'une centralisation importante. A cela s'ajoute le fait que leur complexité les rend délicats à manipuler. C'est la raison pour laquelle une part importante des économistes ont privilégié une autre démarche.

Section III Méthode de Newton et tendance des recherches

A l'inverse de Benassy, la majorité des théoriciens a préféré élaborer d'autres processus - pour parer à l'échec du tâtonnement walrasien - tout en conservant un mécanisme de prix pour assurer la convergence. Les travaux les plus célèbres étant ceux de Smale (1976) ainsi que Saari et Simon (1978) sur la méthode généralisée de Newton. On se contentera pour notre propos de présenter cette méthode sans recourir à sa forme généralisée.

VI.III.1 Méthode globale de Newton
La stabilité du tâtonnement, quelle que soit la forme de la fonction f, ne peut être démontrée que sous des hypothèses de "domination diagonale" ou de "substituabilité brute". Ces dernières sont infondables à partir des comportements maximisateurs des agents. C'est pourquoi, au début des années 1970, est apparu l'idée de préciser la forme de f afin d'obtenir des résultats de stabilité plus convaincants.

On remarquera que l'approche par tâtonnement ressemble, en quelque sorte, à une incantation vertueuse, dans la mesure où, par définition, la stabilité de l'équilibre est à trouver ; c'est un objectif incertain, dont on ne connait pas les valeurs.
On remarquera également qu'une approche Marketing, par arbres de décisions, destinée à former la décision de l'acheteur avec, par exemple, la publicité, est observable aujourd'hui dans les médias. Ainsi l'approche Marketing possède une démarche prosélyte destinée à créer la demande là où elle n'existe pas encore. L'objectif d'équilibre est donc une donnée d'entrée, qui permet de planifier la démarche de communication sur Internet, dans la presse, à la télévision, ..., pour atteindre l'objectif d'écoulement des stocks.

Présentation de la méthode de Newton
Théorème (de domination diagonale)
stabilité

VI.III.2 Tendance des recherches

Les deux orientations
Les travaux sur la méthode de Newton illustrent parfaitement un penchant: accroître le rôle de l'Etat (et d'un planificateur) pour trouver un mécanisme de prix visant à établir une convergence. En fait, on observe deux tendances. La première, comme on vient de le dire, est celle de la centralisation croissante. La seconde consiste à rechercher une régularité au sein des systèmes chaotiques.

La régularité dans le chaos
Le processus de tâtonnement, représentatif de la loi de l'offre et de la demande, conduit à une évolution chaotique.
(...) Par exemple, l'enjeu dans le cadre du tâtonnement est d'essayer de dégager ces régularités.
Bien qu'il y ait une piste de recherche sur le plan mathématique, celle-ci n'en est qu'à ses balbutiements.

Orientation de la troisième partie
Dans la troisième partie de cette thèse, on s'engagera plutôt sur le thème de la "centralisation croissante" car rien n'indique que ces régularités ne soient pas des cas tout à fait exceptionnels. Notre but sera de prouver le caractère planifiable de l'économie ainsi que d'élaborer une méthode simple de planification. Mais avant d'aborder ce sujet, on se doit de traiter des difficultés induites par la prise en compte du temps en théorie économique.

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13.8 Chapitre VII temps et amplification des déséquilibres. Le principe d'entropie.

Section I Les notions de statique et dynamique dans les écrits des économistes

VII.I.1 Les positions triviales

Les définitions que nous présentons maintenant, que l'on qualifie de "triviales", esquivent selon nous les véritables enjeux et entretiennent une confusion. Toutes ont pour point commun de lier les concepts de statique et de dynamique avec une approche en terme d'équilibre.

Equilibre et convergence
La première de ces positions triviales, sans doute la plus répandue, consiste à décrire la statique comme l'étude de l'équilibre alors que l'analyse dynamique correspond à l'étude de la convergence vers celui-ci.

Système non perturbé et système perturbé
Une seconde vision triviale, présentée notamment par Moore (1929), consiste à définir la statique comme l'étude de l'équilibre au sein d'un système non perurbé. Dans cette optique, la statique examine les équilibres stables. Inversement, la dynamique a pour objet la compréhension de l'équilibre au sein d'un système perturbé. C'est l'étude des équilibres mouvants.

Le mérite de cette présentation, par rapport à celle précédente, est d'envisager des situations plus "incertaines" où l'équilibre peut être perturbé. Toutefois afin de maintenir le lien entre dynamique et équilibre, les partisans de cette définition sont conduits implicitement à formuler une hypothèse "d'équilibre permanent". Ainsi même si le système est perturbé, la dynamique demeure l'analyse des équilibres (mouvants). Il n'est plus question de trajectoire, de processus et de convergence.

Notre position sur la nature motrice ou attractive des équilibres prendrait place dans ce domaine scientifique. On remarque que l'auteur est prisonnier de la sémantique de l'équilibre consistant à y voir une unicité de sa nature. On illustrera par sa définition d'équilibre permanent évacuant les notions de trajectoire, de processus et de convergence.

La variable temps
Enfin, une dernière distinction s'effectue par rapport au temps. Pour Hayek (1941), par exemple, la statique correspond à une "théorie de l'équilibre sans considération de temps." Alors que la dynamique s'appréhende comme une théorie de l'équilibre intertemporel" (p22-23)

VII.I.2 Les positions avancées

L'idée de distinguer la statique de la dynamique en incluant une dimension temporelle n'est pas récente car on la retrouve notamment chez Hicks (1939):
"J'appelle statique Economique, les parties de la théorie économique où nous ne nous préoccupons pas de la date ; j'appelle Dynamique Economique les parties où chaque quantité doit être datée" (p.115)

Commentaire
(...) Le traitement du temps étant un élément essentiel de l'analyse économique, ce genre de position supprime quasiment tout intérêt à la démarche statique.

Personnellement on pense que cette définition reprend les concepts développés dans d'autres domaines scientifiques comme la physique. Ainsi la mécanique introduit la notion de statique mais ses plus grands développements caractérisent les phénomènes dynamiques.

Hypothèse (H2)
On qualifie d'analyse statique l'ensemble des phénomènes économiques dont l'étude s'effectue en immobilisant le temps c'est à dire en "coupe instantanée".

On sent bien dans ce passage que l'auteur a un problème de sémantique, notamment dans la mention d'immobilisation du temps, que l'on aurait plutôt appelé un échantillonage, comme en théorie du signal. On explique la chose par des aller retours fréquent entre l'anglais et le français, par la multiplicité des approches qui procèdent à obscurcir, rendre flou, une définition unique de l'équilibre, et la jeunesse de l'auteur qui empêche une approche multi-culturelle efficace. Or il faut bien se rendre à l'évidence, la notion d'équilibre ne se caractérise pas de façon unique, comme nous l'avons précédemment développé.

Section II Au sujet de la distinction entre processus et dynamique
VII.II.1 Processus et réduction à une approche statique

L'exemple du modèle d'équilibre général

Pseudo dynamique et incertitude
En fait, toutes les hypothèses permettant d'opérer ces réductions statiques sont effectivement vouées à éliminer l'incertitude des modèles. L'un des premiers auteurs à l'avoir remarqué est Hart (1940). Ce dernier a eu l'idée, pour définir la dynamique, d'ajouter à la dimension temporelle "les anticipations et l'incertitude".

Le rôle des anticipations
On l'a déjà dit, les anticipations trouvent leur fondement dans les croyances des agents. Celles-c dérivant d'élements aussi subjectifs et variés, que le caractère, la vision du monde ... Il n'y a, a priori, aucun motif pour que les individus aient des croyances identiques. On voit alors aisément que la diversité des anticipations, provenant de l'abondance des croyances, est l'un des phénomènes à l'origine de l'incertitude.

VII.II.2 Définitions
Maintenant que l'on a achevé ce tour d'horizon, on est en mesure de présenter une définition des termes de processus et de dynamique. Evidemment, on ne prétend pas ici mettre les économistes d'accord sur le sens exact à donner à ces notions. C'est pourquoi, les définitions proposées prennent la forme d'hypothèses. L'objectif étant d'avoir une base de travail solide sur ces thèmes.

Hypothèse (H3)
On appelle "processus" ou trajectoire, un ensemble de phénomènes évoluant dans le temps et conçus comme une chaîne causale progressive.

On remarque que la notion de processus n'est pas étrangère aux sciences de gestion, dans la mesure ou le réengineering des processus, la cartographie des processus est une activité qui a pris naissance dans les entreprises au début des années 2000. Cette activité consistait concrètement à identifier le gisement de valeur stratégique et réorganiser l'entreprise en conséquence. Pour l'anecdote, elle était souvent prétexte à une externalisation des activités dans les pays à bas coûts de main d'oeuvre.

Hypothèse (H4)
On appelle "analyse dynamique" l'ensemble des processus qui tiennent compte de l'incertitude.

Observation
On constate immédiatement, à travers cette définition, que dans une analyse dynamique tout n'est pas décidé dès le départ puisqu'il existe de l'incertitude. La dynamique correspond donc à la partie des processus ne pouvant pas faire l'objet d'une régression statique.

Section III Origine et formulation du principe d'entropie
A l'origine du phénomène d'entropie se trouve l'incertitude. C'est pourquoi, on se propose à présent d'exposer la façon dont les économistes la conçoivent.

VII.III.1 L'incertitude

La formulation de Knight: probabilité et incertitude
Knight distingue l'idée de risque de celle d'incertitude. D'après lui:
"La différence pratique entre les deux catégories, le risque et l'incertitude, est que, s'agissant de la première, la distribution du résultat parmi un ensemble de cas est connue (soit par calcul a priori, soit pas des statistiques fondées sur les fréquences observées), tandis que ceci n'est pas vrai de l'incertitude en raison de regrouper les cas, parce que la situation à traiter présente un degré élevé de singularité." (p 233)

Autrement dit, l'incertitude ne peut pas être réduite à un calcul en raison de la nouveauté d'une situation ou de sa complexité. Par abus de langage on qualifie souvent le risque de "probabilité objective" tandis que l'incertitude est appelée "probabilité subjective". Ce qui ne fait qu'entretenir une confusion car l'incertitude est indépendante de toute notion de probabilité.

Les objections de Savage (1954)

Incertitude et temps

La matrice de Savage représente une fonction univoque. Pour un état de la nature donné et une action choisie, est asociée une seule conséquence: "Or, more formally, an act is a function attaching a consequence to each state of the world." (Savage (1954), p14).
Du propre aveu de l'intéressé, une telle hypothèse est difficilement justifiable: "Again, the formal description might seem inadequate in that it does not provide explicitly that one decision may lead to another."

En effet, la conséquence induite par une action implique de réaliser un nouvel acte lequel entraîne une autre conséquence. Ainsi de suite. Seule une absence de prise en compte de développement temporel rend l'hypothèse de Savage plausible. Son modèle est donc profondément statique. Dès que l'on intègre une évolution dans le temps, la chaîne de décisions est infinie et on ne peut pas recourir au calcul probabiliste.

Outre la singularité d'une action, le passage du risque à l'incertitude est lié au temps. C'est d'ailleurs la conception que développe Keynes dans la théorie générale et dans ses commentaires ultérieurs:
"Il me faut expliquer que, par l'expression de connaissance "incertaine", mon intention n'est pas simplement de distinguer ce qui est su avec certitude de qui est seulement probable. Le sens dans lequel j'utilise ce terme est celui selon lequel la perspective d'une guerre européenne était incertaine, ou encore le prix du cuivre et le taux d'intérêt dans vingt ans, ou la date d'obsolescence d'une invention nouvelle, ou la position des détenteurs de fortunes privées dans le système social de 1970. En ces matières, il n'y a pas de fondement scientifique sur lequel on puisse formuler, de façon autorisée, quelques raisonnement probabilistes que ce soit. Nous ne savons pas, tout simplement." (Keynes 1937, p 144)

Les conceptions actuelles
L'incertitude probabilisable (ou tout simplement le risque) se caractérise par le fait que les agents affectent des probabilités à la réalisation des états de la nature. Ces dernières sont dites objectives puisqu'elles sont une donnée. Il est donc possible de dénombrer, ex ante, l'ensemble des évènements aléatoires et de leur associer une unique probabilité. Il en découle que chaque agent possède une vision, et donc des anticipations, rigoureusement identiques. La seule modification intervenant dans ces modèles est que les agents nouent des contrats conditionnels (voir Debreu (1959), chap 7).

VII.III.2 Principe d'entropie et solutions apportées
Après avoir identifié les causes de l'incertitudes, on va maintenant énoncer le principe d'entropie. Celui-ci est à la base de la réflexion proposée dans la dernière partie.

Enoncé
Tout déséquilibre dans un système dynamique, entendu au sens de (H4), ne peut pas régresser avec le temps. Par conséquent, il ne peut que ce stabiliser ou s'amplifier.

(...) Plus récemment, North (2005) souligne également que la mathématisation de l'économie s'accompagne d'une absence de prise en compte de l'incertitude:

"Les économistes eux-mêmes se montrent assez ambigus sur le sujet: ils raisonnent largement comme si l'incertitude était une condition exceptionnelle, alors que la condition usuelle, la certitude, permet d'établir les élégants modèles mathématiques de l'économie formelle." (p32)

La flèche du temps
Le temps est perçu comme suivant une trajectoire linéaire allant du passé vers le futur. Sur le plan économique cela prend la forme d'une irréversibilité du processus de production:
"Le processus de production ne peut pas être inversé puisque, en particulier, la production prend du temps et les marchandises sont datées. (Debreu(1959), p43).

Il est vrai que des démonstrations lèvent cette hypothèse (confère chapitre II). Néanmoins, cela n'est qu'une astuce servant à contourner les problèmes des seuils de rentabilité lorsque les rendements d'échelle sont décroissants. En aucun cas, on envisage dans la littérature économique une inversion du temps ou l'insertion de celui-ci dans le corps des complexes.

Notre thèse repose également sur une dimension différente du temps pour caractériser la dynamique. En effet, la mesure énergétique, au sens mécanique du terme et qui inclue la variable temporelle nous semble supérieure en terme de performance sociale à une stricte variable temporelle. On illustrera par le traité de Tactique Théorique de Yakovleff (Col Michel Yakovleff, Tactique Théorique, Economica) qui décrit les mécanismes en oeuvre lors d'un conflit armé d'un point de vue stratégique. On a en effet remarqué que la notion de temps ne prend son sens qu'en fonction de la géographie, par exemple dans le cadre de la guerre en montagne (Courrèges, Givre, Le Nen, Guerre en montagne, Economica ) ou de la guerre en plaine ; ce qui se caractérise par le niveau d'énergie, le mental du combattant.
D'autres éléments, que l'on développera ultérieurement, nous portent à croire que la théorie de l'équilibre dynamique, moteur, est une théorie énergétique, tout comme la théorie sur la nature même de la vie.

Système dynamique et incertitude
Cette précision étant faite, on va prouver que toute approche dynamique est incompatible avec l'existence d'un équilibre. Ceci étant à la fois le fruit de notre perception du temps et des effets de l'incertitude. Remarquons d'ailleurs que le principe d'entropie demeure vrai même si l'on se réfère comme c'est le cas, à un cadre théorique particulièrement simple.

La solution par des hypothèses sur les croyances
Afin de garder une conception du temps, sans pour autant faire face à une incertitude, est apparue l'idée d'attribuer aux croyances des agents des caractéristiques particulières.
1) La première consiste à admettre l'existence d'une croyance particulière selon laquelle la situation présente est l'indicateur le plus approprié pour connaître les perspectives futures.
2) Il découle du premier point que les individus (rationnels) vont chercher à extrapoler sur la base de leurs connaissances et opinions présentes.
3) Pour s'assurer du caractère acceptable de leurs anticipations, les agents vont les ajuster de manière à ce qu'elles soient partagées par un groupe. En d'autres termes, les individus se règlent sur des prévisions moyennes.

On remarquera qu'une théorie économique s'appuyant sur l'incertitude est une théorie de la connaissance, une théorie du signal, de l'information.

Naturellement, si chaque agent détermine ses anticipations sur la base de celles des autres, on aboutit à un jeu de miroir caractéristique des situations stratégiquement interdépendantes. Aucune anticipation ne peut se former.

La notion d'équilibre métamimétique dans les réseaux sociaux caractérise assez bien l'imitation des anticipations entre agents. (David Chavalarias, Métadynamiques en Cognition Sociale, Quelle définition de meilleur est la meilleure ?, thèse)

Le rôle des institutions
Une utre façon de réduire l'incertitude est de créer des institutions comme l'explique North(2005):
"Les croyances et les institutions imaginées par les humains ne sont compréhensibles que comme une réponse permanente aux divers niveaux d'incertitudes auxquels ils ont été et restent confrontés au cours de l'évolution du paysage physique et humain. L'effort accompli par les humains pour structurer l'environnement afin de le rendre plus prévisible a été et demeure la source profonde des institutions " (p33).

Les exemples les plus adéquats d'institutions instaurées pour diminuer l'incertitude sont celles du modèle d'équilibre général. En particulier le commissaire priseur, ou ce qui est équivalent, le bureau central de la planification en délivrant les prix présents et futurs (hypothèse du système complet de marchés) évince l'incertitude du modèle. CEci est essentiel pour prouver l'existence d'un équilibre général, car en l'absen,ce d'un système complet de marchés une telle preuve est loin d'aller de soi.

Section IV Entropie et existence de l'équilibre. L'exemple des "équilibres temporaires".

Les travaux de Grandmont (1977) ont justement pour but de s'absoudre du système complet de marchés. La conséquence immédiate de la disparition de cette hypothèse est l'introduction d'une incertitude qui remet en cause l'existence d'un équilibre général. Désormais, l'économie est morcelée en "périodes" ou en "séquences" dont rien ne garantit à priori que chacune d'elles possède un équilibre:
"A recurrent problem in temporary competitive equilibrium models is precisely to prove the existence of a price system that matches supply and demand at a given moment." (Grandmont (1977), p 10 et 11).

VII.IV.1 Logique et problèmes du modèle

Le modèle de Grandmont est un aménagement de celui de Debreu (&959). A part l'absence d'un système complet de marchés, on a toujours entre autres:
- une économie semi-centralisée avec un prix unique par bien.
- des agents avec un comportement price taker ; le commissaire priseur veillant à ce qu'ils conservent des conjectures myopes.

Choix et anticipations des agents

Pour simplifier, nous allons considérer à l'instar de Grandmont - deux périodes. Dans un premier temps, on se cantonne à l'étude d'une économie d'échange. Le principe de fonctionnement du modèle est le suivant.
A la période initiale t, les agents recoivent, du commissaire priseur, un signal prix P_t . A partir de celui-ci ils se font une première idée de leurs choix a_t de consommation. Toutefois comme l'économie s'étend sur deux périodes, les ménages doivent tenir compte, avant de se décider définitivement, de ce que sera la situation économique en "t+1" ainsi que de l'impact de leurs choix présents sur leurs consommations futures. Pour cela, les prix étant les seuls signaux, ils ne peuvent qu'extrapoler sur la base de P_t , selon une règle floue qui dépend essentiellement de leurs croyances, ce que sera P_{t+1}:
"It may be influenced by all observations made by the agent up to the current period. In particular, it will be influenced by the signal s_1[P_t] currently perceived, and in some cases, by the action a_1 chosen by the agent. In order to keep the formal exposition simple, I will single out the dependance on the current signal, and represent it by the agent's expectation function \Psi which maps S_1[{P_t}] into the space of probability distributions M(S_2)[M({P_{t+1})].

Une fois les prix en t+1 extrapolés, les agents anticipent leurs choix futurs de consommation. Selon ceux qu'ils anticipent, les ménages peuvent être incités à revoir l'idée première qu'ils se faisaient de leurs choix présents. Cette modification ayant elle-même pour effet de modifier les anticipations de consommations (" a_{t+1} ").

Représentation schématique
Le schéma suivant résume la logique du modèle:

L'absence de flèche allant des choix vers les prix s'explique par les conjectures myopes des agents. Ceux-ci sont fondamentalement prices takers. D'autre part, cette représentation permet de visualiser une circularité: les choix présents déterminent les choix futurs, et inversement. Il y a ici une indétermination majeure qui découle directement de l'absence d'un système complet de marchés.

Identification des sources d'incertitude
Plus généralement, l'absence d'un système complet de marchés crée de l'incertitude sur les deux aspects suivants:
- le niveau des prix en t+1. Cela a pour conséquence d'obliger les agents à l'anticiper. Or, cette anticipation risque à la fois d'être erronée et différente d'un individu à un autre. Les chances de prouver l'existence d'un équilibre dans ce contexte sont particulièrement minces. A moins de supposer, comme le font les modèles à anticipations rationnelles des nouveaux classiques, que les agents connaissent tous le véritable fonctionnement de l'économie ...
- la spécification des fonctions de demandes nettes. En effet, les choix présents a_t dépendent de P_t et a_{t+1} . Ce que l'on peut écrire ainsi: a_t(P_t, a_{t+1}). Malheureusement, a_{t+1} dépend à son tour de P_{t+1} et de a_t . En tenant compte de l'ensemble de ces dépendances, on obtient finalement: a_t(P_t, a_{t+1}(P_{t+1}(P_t),a_t(.))). Sous cette forme, on voit facilement que le problème tient à la présence de a_{t+1} en tant qu'arguement de a_t . Car ce dernier est lui-même un argument de a_{t+1} . Cette circularité enlève tout espoir de raisonner à partir des fonctions de demandes nettes.

Résolution des difficultés

Une méthode pour contourner la première difficulté a été proposé par Green(1973). Celui-ci dote les individus d'anticipations communes. Ainsi, confrontés à l'indétermination de P_{t+1}, les agents l'anticiperont tous de manière identique. A la différence des nouveaux classiques, il ne dit rien sur l'exactitude de cette anticipation. Peu importe qu'elle soit erronée. L'essentiel est ici que tout le monde soit dans l'erreur ou au contraire dans l'exactitude.

Pour évincer la seconde difficulté, Grandmont propose de couper l'implication entre a_{t+1} et a_t . Ceci revenant à faire l'hypothèse que les agents n'ont plus la possibilité de corriger leur consommation présente en fonction de ce qu'ils estiment consommer dans le futur. Leur marge de manoeuvre se limitant à adapter les choix futurs. On se trouve par ce biais amené à résoudre un programme classique d'optimisation sur la seule période t.

VII.IV.2 Le choix du consommateur

Formalisation de von Neumann-Morgenstern et index de Bernouilli

VII.IV.3 L'existence d'un équilibre temporaire

Définition
On considère qu'une économie est un équilibre temporaire, si pour une séquence donnée, le vecteur prix permet d'égaliser les offres et demandes sur l'ensemble des marchés.

Le traitement des équilibres temporaires par Green (1973)

L'une des démonstrations les plus célèbres d'existence d'équilibres temporaires a été réalisé par Green (1973).

Toutefois, comme on l'a déjà mentionné, cette démonstration s'appuie sur une hypothèse d'anticipation commune tout à fait injustifiable du point de vue de la rationalité. De plus, bien qu'identique, ces anticipations peuvent également être erronées. Il s'ensuit des risques de faillites et de banqueroutes en chaîne. En effet, suite à de mauvaises anticipations, certains agents peuvent ne pas être en mesure d'honorer les engagements pris sur les marchés à terme. Or une hypothèse fondamentale du modèle d'équilibre général, qui n'a pas été ici remise en cause, est la "survie du consommateur". Il faut donc mettre en place un mécanisme institutionnel permettant d'annuler une partie des dettes contractées tout en ne créant pas un risque systémique lié cette fois à une banqueroute des créanciers. Pour résoudre le problème, Green propose, en cas de banqueroute, d'obliger l'agent à choisir lors de la séquence suivante une consommation nulle.

VII.IV.3 Observations complémentaires et conclusion

Remarques sur l'introduction de la production
En présence d'un système complet de marchés, où le futur est parfaitement connu aux aléas de la nature près, les consommateurs et les producteurs sont en accord sur les plans de productions qui maximisent le profit. Tel n'est plus le cas ici où les anticipations des agents vont diverger. De nouveau, il est indispensable d'introduire un mécanisme institutionnel afin de savoir qui décide et comment sont prises les décisions ?

On remarque ici la mention d'un protocole de négociation tel qu'évoqué sur le site du MIT dédié au eCommerce en 2004,(Negociation Decision functions for autonomous Agent, Faratin, Sierra, Jennings), dans le cadre d'un mécanisme de régulation des conflits tel que nous l'avons décrit dans Michael Porter, l'avantage concurrentiel, Dunod.

Les agents, non satisfaits des décisions adoptées, peuvent décider de vendre leurs actions. Pour que cela soit possible, une "bourse des valeurs" doit être instituée sur laquelle va se reposer inévitablement la question de l'existence d'un équilibre (voir, par exemple Arrow et Hahn (1971)).

La place de la monnaie
Bien que laissant ouvert la manière dont s'effectue les transactions, le modèle d'équilibre général ne fait pas appel à la monnaie; on ne peut pas maintenant la négliger.
Plusieurs motifs invitent à la considérer:
- la distribution des dividendes se fait désormais période par période et non au terme de la durée de vie de l'économie. D'ailleurs l'achat d'actions dépend largement de la politique de versement des dividendes.
- il faut pouvoir procéder à une allocation inter-temporelle des ressources. Les biens étant généralement considérés comme périssables, ils ne peuvent jouer ce rôle.
- les agents pouvant délibérément se mettre en banqueroute, la monnaie intervient comme moyen de "sanction sociale". En effet, en rajoutant au programme de maximisation du consommateur une contrainte monétaire, si on se limite au cadre d'une économie d'échange, on écrit: max(q_t,q_{t+1}) sous les contraintes p_t q_t +m_t \leq p_t w_t + m_t ainsi que p^a_{t+1} . q_{t+1} \leq m_t où w représente les dotations initiales et m la monnaie. Si l'agent choisit de tout consommer en t (c'est à dire m_t=0), il aura pour sanction d'avoir une consommation nulle en t+1.

Le vocabulaire de l'auteur concernant les "sanctions" du consommateur illustre en quoi la contrainte budgétaire (Alain Planche, Mathématiques pour économistes, analyse, Dunod) est un facteur de cohésion sociale et un outil de domination au sein d'une nation mais aussi entre les nations, sur le terrain géopolitique.

Une première méthode, pour prendre en compte la monnaies, est de l'intégrer en tant qu'argument de la fonction d'utilité (voir Patinkin (1965)). Toutefois, cette solution est bien peu satisfaisante car elle revient à lui conférer une utilité en soi.

Conclusion
Même dans un cadre théorique très simplifié où l'on a envisagé que deux périodes ainsi qu'une économie d'échange, il a fallu faire appel à une série d'hypothèses complémentaires pour prouver l'existence d'un équilibre temporaire. Les principales hypothèses mobilisées, outre celles usuelles, ont alors été:
- l'existence d'anticipations communes
- l'existence d'une consommation nulle à la période suivante en cas de banqueroute
- l'impossibilité d'adapter les choix présents en fonction de ceux futurs

Section V Généralisation du principe d'entropie

On a illustré le principe d'entropie par l'intermédiaire de la théorie des équilibres temporaires. Le constat aurait été identique si l'on avait étayé notre propos à l'aide d'exemples empruntés en dehors du cadre du modèle d'équilibre général. Comme le souligne von Neumann et Morgenstern (1967):
"A static theory deals with equilibria. The essential characteristic of an equilibrium is that it has no tendency to change, i.e that it is not conducive to dynamic developments." En somme, "The dynamic theory deals also with inequilibria - even if they are sometimes called "dynamic equilibria"."(p45)

On remarque ainsi une distinction entre équilibre statique et équilibre dynamique par von Neumann et Morgenstern.

VII.V.1 Généralisation

A travers l'étude des équilibres temporaires, nous avons vu comment l'incertitude entraîne une absence de spécification des fonctions de demandes nettes. En fait, c'est là un cas particulier des problèmes que posent les situations stratégiquement interdépendantes. Que celles ci soient des interactions entre agents, temporelles ou encore une forme mixte.

VII.V.2 A la recherche d'une solution. Planification et entropie

La planification, et la centralisation qu'elle implique, va apparaître comme une solution naturelle au principe d'entropie.

Planification et système complet de marchés

Planification et anticipations
Par essence le plan permet d'orienter les anticipations des agents en instituant des rigidités. Ces dernières jouent à la fois un rôle coercitif et de stabilisation des anticipations en réduisant les marges de manoeuvre. Si on en croît le spécialiste des institutions qu'est North(1005), une des causes favorisant le désordre est justement la disparition d'un "conformisme résultant d'une certaine alliance entre l'intériorisation des normes et leur application coercitive." (p139)

Planification et équilibre dynamique
Ces remarques nous permettent de mettre le doigt sur l'atout majeur de la planification.
Elle peut produire suffisamment de stabilité pour assurer l'existence d'un équilibre dynamique sans annihiler complètement l'incertitude de sorte que l'équilibre ne se réduise pas à une forme pseudo-dynamique.

Conclusion de la deuxième partie

La théorie de l'équilibre général est donc confrontée à, au moins, trois grands types de difficultés qui concernent: (a) les propriétés ainsi que la multiplicité des équilibres, (b) l'instabilité de son mécanisme de tâtonnement, (c) l'existence d'entropie.

Les solutions qui ont été apportées pour y remédieront toutes pour points communs d'élever le niveau de centralisation de l'économie. Ainsi:
(a) les hypothèses de substituabilité brute et de domination diagonale, en portant directement sur la forme des fonctions de demandes nettes, n'ont de sens que dans la mesure où un organisme veille à ce que les agents aient des conjectures myopes. D'ailleurs, ces hypothèses sont souvent évoquées pour justifier des approches par "l'équibre partiel". Mais du point de vue du modèle d'équilibre général, elles sont sans lien avec le comportement "maximisateur" des agents. Il en va de même pour les allocations B.C.P.E qui, en imposant des droits fondamentaux, accroissent les prérogatives de l'Etat.
(b) les autres processus, qu'il s'agisse du tâtonnement en quantité où plus encore de la méthode de Newton, nécessitent un véritable bureau central de la planification.
(c) les effets de l'incertitude, liés à l'évolution temporelle, sont minimisés grâce au système complet de marchés ou au contrôle acéré des conjectures. Ces deux remèdes imposent un commissaire omnipotent.

En répondant point par point à l'auteur, on remarque que:
(a) la multiplicité des équilibres n'est pas une difficulté mais elle traduit une organisation, une architecture en équilibre au niveau système,
(b) l'instabilité du mécanisme de tâtonnement n'est plus une difficulté lorsque l'on considère que les premiers milliards de dollars d'investissements US dans l'intelligence artificielle consistaient à élaborer des logiciels de planification pour le déploiement de troupes ( DART, Dynamic Analysis and Replanning), et qu'aujourd'hui une pléthore d'outils et d'algorithmes peuplent les librairies d'intelligence artificielle (Stuart Russell, Peter Norvig, Intelligence artificielle, Pearson),
(c) l'entropie définie par l'incertitude n'est plus, non plus, une difficulté dans la mesure où les technologies médiatiques façonnent l'opinion et les tendances commerciales (Web 2.0, mode vestimentaire, Facebook,...).

On peut alors se demander s'il ne serait pas plus adéquat de formuler explicitement une théorie de la planification, préservant la propriété privée des moyens de productions, plutôt que de s'obstiner à vouloir maintenir une économie de marchés qui n'en porte plus que le nom ? Comme le fait remarquer Andreff (1993):
"Des premières théories et des premières expériences de l'économie socialiste, on peut tirer un bilan assez paradoxal. S'agissant d'un système élaboré au nom de la théorie maxiste, celle-ci n'en précise pas les modalités pratiques de fonctionnement, et c'est au sein de la théorie néo-classique qu'est démontrée la possibilité pratique d'une économie socialiste rationnelle." (p56).
Dès que l'on accepte l'optique de la planification, cela permet d'inclure des rigidités qui facilitent grandement les choses. C'est ce que l'on se propose de voir dans la troisième partie.

admin dit :

13.9 Partie 3 Application de la notion d'équilibre à la planification

Chapitre VIII De la possibilité de gérer l'activité économique par un système planifié

Si on se réfère au rapport Jean de Gaulle (1994), commandé par le premier ministre Monsieur Balladur, la planification consiste à organiser un futur désiré et les moyens d'y parvenir dans un cadre temporel donné" (p47). Cependant, le principal reproche qui lui est adressé tient à sa "difficulté croissante à anticiper l'avenir, et l'incapacité à prévoir des crises majeures d'un contexte mondial de plus en plus perturbé [...]" (p.24)

Le propos semble venir d'une génération qui a baissé les bras face à la mondialisation. Comment peut on dire que la planification a "une difficulté croissante à anticiper l'avenir" alors que c'est précisément la planification, et plus particulièrement des préoccupations géopolitiques de maîtrise des approvisionnements, qui provoquent les crises. La planification n'a pas à anticiper les crises, elle se doit d'être un cap que l'on maintient dans la tempête. On remarque dans cette simple citation le recul de la volonté nationale, de la volonté gouvernementale.

Il peut donc sembler étrange, à l'heure actuelle où l'on parle de "crise" voir de "discrédit sur l'exercice de la planification", de traiter dans une thèse un tel sujet. Il est vrai que ces dernières années ont plutôt été marquées, dans l'ensemble des pays européens, par un recul de cet exercice. Pradoxalement, le recours croissant à la formalisation ainsi que la formation mathématique de plus en plus poussée des économistes devrait au contraire favoriser une effervescence dans l'élaboration de nouvelles techniques de planification.
Pour notre part, nous pensons qu'elle s'avère être, pour peu qu'on l'utilise correctement, un formidable instrument d'analyse économique constituant une application essentielle de la notion d'équilibre.

Le thème de la planification est tombé en désuétude depuis la fin des années soixante dix. A notre connaissance, la thèse de Picard (1979) est l'une des dernières recherche effectuée en France sur ce thème. il n'est donc pas inutile de rappeler les grandes lignes théoriques qui président à l'élaboration et la mise en oeuvre d'un programme de planification.

Section I L'horizon temporel du plan
Historiquement les économies socialistes ont toujours élaboré des plans intégrants différents horizons temporels. Ainsi, il existait des plans annuels et quinquennaux. Pourtant, seuls ces premiers jouaient un rôle primordial. Outre le fait qu'ils étaient les plus "tenables", ils permettaient également d'énoncer de façon détaillée les objectifs poursuivis:
"La planification de type soviétique prend en compte plusieurs horizons temporels. Le plan quinquennal est plus connu, mais pas le plus important, car il ne détermine pas les objectifs de productions courants pour les entreprises. [...]. Le véritable plan impératif est le plan annuel. Il contient des objectifs détaillés pour l'économie nationale dont la désagrégation permet d'obtenir des chiffres de contrôle destinés aux différents ministères sectoriels, puis après une deuxième désagrégation ceux des entreprises." (Andreff(1993), p71)

Les propos de Kornai (1996) sont similaires:
"Du point de vue de la durée, il y a des plans annuels à court terme, et des plans à moyen terme, qui sont des plans quinquennaux dans la majorité des cas. La planification annuelle est le véritable outil opérationnel pour la direction de l'économie nationale. Le plan quinquennal est plutôt une manifestation d'intention de politique économique [...]" (p.143)

VIII.I.1 Incertitude et investissement

L'investissement dans un programme de planification

L'avantage du plan annuel

L'aspect formel

VIII.I.2 Incertitude et choix des agents

(...) Evidemment, la planification socialiste n'a pas non plus échappé à cette difficulté comme le reconnait Ellman (1999):
"Dans bien des cas, le conflit entre "produire pour le plan" et "produire pour les besoins" ne provient pas d'un conflit entre "les préférences des planificateurs" et "les préférences des consommateurs", mais du fait que les autorités ne savent ni ce que préfèrent les consommateurs ni quelles sont les possibilités de production réelles des entreprises." (p135)

La dictature des besoins
La plupart du temps, les erreurs d'anticipations du planificateur - liées à la mauvaise connaissance des préférences des agents - conduisaient à une pénurie. Ceci faisant rapidement affirmer à Boukharine (1920), qu' à l'inverse du capitalisme, le socialisme se caractérisait par une sous-production.

(...) D'après les travaux de Feher, Heller et Markus (1983), les économies socialistes tentaient de résoudre ce problème, de connaissance des préférences des agents, en instituant une "dictature sur les besoins". Autrement dit la solution consistait à élaboer, ce que nous avons appelé une centralisation totale (voir chapitre I). Si l'on souhaitre maintenir le caractère semi-centralisé de l'économie, une autre réponse doit être trouvée.

La prévision du choix des agents

Origine et risque de la surproduction
La surproduction est liée au fait qu'une partie des ménages ne dépense pas l'intégralité de leurs revenus. En effet plus la production est importante, plus la distribution de revenus est conséquente. Ce qui permet alors l'achat des biens produits. Hélas, une fraction du revenu étant épargnée, celui-ci devient insuffisant pour que les entreprises puissent écouler la totalité de leur production.
En fait, si la surproduction nous préoccupe c'est qu'elle a pour inconvénient de baisser le niveau de profit des entreprises. Dans ce cas, pourquoi prendraient-elles le risque de produire au maximum de leurs capacités et de faire des pertes ?

Une stratégie de surproduction a besoin du libre échange pour écouler le surcroit de production que la population locale ne peut acheter.
On remarquera que la communication gouvernementale des années 2000-2010 consistait à inciter à la consommation. Le problème français est que la consommation des ménages ne conduit pas à une redistribution des revenus à l'intérieur des frontières mais à des industriels étrangers comme l'illustre le déficit commercial.

Mécanisme de transfert
Pour inciter les entreprises à produire au maximum de leurs capacités de production, tout en maintenant une économie de propriété privée, un mécanisme de transfert est envisageable. Ainsi, une partie de l'épargne des consommateurs peut être redistribuée aux entreprises dans le but de compenser leurs pertes. Une autre possibilité est d'instituer un dispositif de solidarité entre les entreprises réalisant du profit et celles faisant des pertes.

Rendements d'échelle croissants
Comment alors, en présence d'une surproduction, minimiser la baisse des profits ? La réponse est simple : en se situant dans une zone où les rendements d'échelle sont croissants. Les pertes unitaires encourues par les entreprises y sont plus faibles. Ceci nous amenant alors à nous pencher sur le rôle des rigidités.

Section II Rigidités et ensemble de stabilité. L'existence, l'unicité et la stabilité de l'équilibre en question

VIII.II.1 La réfutation des objections par les rigidités

Outre la manière contestable dont Kornai présente la concurrence qui est assimilée à une sorte de compétition où les plus faibles trépassent, nous voulons déjà faire remarquer que ces rigidités présentent des avantages. En imposant des règles strictes, la bureaucratie évite les évolutions chaotiques, résultant des disparitions et créations d'entreprises, qui engendrent des discontinuités (voir chapitre II). Par ce biais, elle limite l'incertitude et facilite les investissements à long terme favorables au développement de l'activité économique.

L'ouverture des économies
Un des éléments les plus fréquemment avancés à l'encontre de la planification a trait à l'abondance des échanges internationaux qui influencent de manière erratique le mouvement des prix intérieurs, rendant encore plus délicate la construction du plan. On retrouve ici une autre justification aux rigidités : elles permettent suite à un choc exogène, une mauvaise conjoncture internationale par exemple, d'empêcher le mouvement du système de sortir de sa zone de stabilité. En d'autres termes, elles modèrent l'impact du choc subi le ramenant à terme vers un équilibre.

Propriété des moyens de production et développement technologique
Enfin, notons, que dans l'esprit de la plupart des économistes, la planification était associée, y compris chez les théoriciens du "socialisme de marché", à l'idée de propriété publique des moyens de productions.

(...) On ne va pas s'attarder d'avantage sur ces remarques qui ont pour seules vocations de renforcer les préjugés ambiants. Il existe par contre d'autre difficultés beaucoup plus sérieuses que peut rencontrer la planification.

On a vu les motifs pour lesquels l'année est, d'après nous, l'intervalle de temps le plus adapté à l'élaboration d'un programme de planification. Néanmoins bien que cette vision de court terme réduise l'incertitude, elle ne l'élimine pas complètement. Il est incontestable que de nombreux évènements peuvent encore survenir au cours d'une année venant perturber la réalisation du plan. Il est donc nécessaire de limiter l'impact de ses perturbations en maintenant l'économie dans sa zone de stabilité.

En logistique industrielle, le MRP (Material Requirement Planning) se décompose en plusieurs plans:
Le PIC (Plan Industriel et commercial) qui est chargé de définir la stratégie sur le long terme, quelques mois, quelques années.
Le PDP (Plan directeur de production) qui est issu du PIC après un affermissement sur le court terme, qui est chargé de planifier par objectifs stratégiques le processus de production
Le CBN (Calcul de Besoin Net) qui est issu du PDP et qui prévoit les approvisionnements de chaque composants de la chaîne de production.

VIII.II.2 Au sujet de l'importance des ensembles de stabilité et des rigidités pour la planification

Choix de l'équilibre, rigidités et stabilité
D'un strict point de vue mathématique un équilibre ne peut pas, en règle générale, être atteint en un temps fini.

Une façon astucieuse de contourner la difficulté est d'en choisir un a proximité immédiate des "conditions initiales". Encore faut-il qu'un tel équilibre existe et qu'il soit stable. La première condition est aisément remplie puisque les ensembles de production et de consommation sont bornés. Le théorème des valeurs intermédiaires s'applique et garantit l'existence d'au moins un équilibre sur la durée du plan. En fait, le planificateur va davantage être confronté à une multitude d'équilibres dont la plupart sont instables. L'instabilité étant la règle. Or paradoxalement, un équilibre instable peut quand même comporter des directions stables. Celles-ci sont données, dans le cas linéaire, par l'espace engendré par les vecteurs propres dont les parties réelles des valeurs propres sont strictement négatives. Les rigidités sont alors susceptibles de maintenir le processus dans sa direction stable et d'atteindre un équilibre qui paraissait à priori instable.

Hystérésis et rigidités

Chocs exogènes et rigidités
Un des arguments le plus souvent évoqué à l'encontre de la planification est sa capacité à faire face aux nombreux évènements imprévus pouvant surgir. Dans ce domaine les illustrations abondent: catastrophes atmosphérique détruisant une partie des récoltes, conflits internationaux accroissant le prix des matières premières ... Du point de vue de la modélisation, tous ces imprévus prennent la forme de "chocs exogènes" qui se traduisent par le déclenchement de fluctuations erratiques du processus. Les rigidités en limitant les mouvements du système empêche l'apparition de ces fluctuations dont le résultat est incertain.

Rigidité et Etat
Pour la plupart des économistes, l'Etat est perçu comme une source de rigidité et d'inefficience. Etant donné ce que l'on a dit dans ce chapitre, on peut objecter qu'en imposant des règles et des normes, l'Etat exerce une influence sur les croyances et les anticipations des agents.

Rôle des rigidités, effets de seuil et interprétation de l'hypothèse de fixité du nombre d'entreprises

Section III Un modèle de planification

VIII.III.1 Exposition

A la base de ce nouveau modèle se trouve une petite astuce que l'on peut résumer ainsi: plutôt que faire varier les prix en espérant par itération arriver à l'équilibre mieux vaut agir sur leur marge de fluctuation.

Raisonnement
Le raisonnement est donc le suivant : à l'instant initial t_0 le planificateur choisit au hasard un vecteur prix que devra atteindre l'économie en T. Pour la clarté de la présentation, on va se situer exclusivement dans un monde à trois biens. De plus, on pose la condition de normalisation p_3=1. Le vecteur prix à atteindre en t_n est alors noté: \bar{P}=(\bar{p}_1(T), \bar{p}_2(T)).
Des périodes t_0 à T le planificateur va progressivement diminuer la marge de fluctuation des prix comme illustrée ci-dessous.

D'emblée le raisonnement de l'auteur ne semble pas correspondre à ce que nous observons, et qui existe déjà aujourd'hui. En effet une des hypothèses de l'auteur consiste à penser qu'il existe un prix d'équilibre, auquel le marché va être efficace. La réalité est différente dans la mesure où, nous l'avons déjà exprimé plus haut, les pratiques commerciales consistent à créer la demande pour écouler le stock à un prix déterminé en fonction de la rentabilité mais également d'objectifs stratégiques tels que l'entrée dans un nouveau marché, le positionnement de barrières à l'entrée pour les nouveaux entrants, ...
En d'autres termes, dans la réalité, le prix n'est pas l'objectif de l'équilibre.
Ce qu'on observe dans la réalité correspond à une approche systèmique qui emploie des moyens technologiques, humains dans tous les domaines de la société pour contraindre l'avenir et non pour s'adapter à l'avenir avec une approche par tâtonnement.
Cependant on observe également une flexibilité de cette approche systèmique, mais la flexibilité provient surtout de l'organisation, de l'architecture système (Internet, TV, presse, radio) plutôt que d'un réel mécanisme automatisé d'adaptation au prix d'équilibre.

Commentaire

VIII.III.2 Vitesse de convergence

Section IV Problèmes pratiques de la planification

VIII.IV.1 Le socialisme de marché

Présentation
A la base du modèle de socialisme de marché, se trouve un point commum entre la concurrence parfaite et l'économie planifiée. Dans les deux cas, les prix annoncés respectivement par le commissaire priseur et le bureau central de la planification sont paramétriques. Ils s'imposent aux agents.

Partant de ce constat, Oskar Lange propose de s'en remettre au marché pour converger vers les prix d'équilibre. Ce qui, bien entendu, ne pose pas de difficultés spécifiques dans les quelques secteurs de l'économie socialiste qui échappent à la planification. En revanche, dans les secteurs planifiés, le bureau central doit imiter la loi de l'offre et de la demande. Il lui incombre d'agir par itérations et de mettre en oeuvre la procédure de tâtonnement pour atteindre le vecteur prix d'équilibre. Ce mécanisme pouvant alors être perçu comme une sorte d'application naturelle du théorème de la dualité permettant de déduire des prix d'équilibres, les quantités correspondantes.

Socialisme et stabilité du tâtonnement

Lorsqu'on s'intéresse à la litterature de l'époque, il est étonnant de constater que la convergence du processus de tâtonnement ne faisait que peu de doute.
(...)
On trouve des extrapolations identiques au court des années soixante. Ces dernières ont largement été renforcées par l'annonce de résultats encourageants concernant la stabilité du tâtonnement dans des modèles avec échanges hors équilibre.

(...)De façon plus surprenante, la conviction de la stabilité du tâtonnement a perduré après la publication de l'article de Sonbnenschein (1973). Preuve sans doute, de l'existence d'un délai d'assimilation des résultats théoriques.

La vitesse de convergence

Recherche d'un coefficient adéquat et algorithmes d'approximations

Des résultats peu satisafaisants
En réalité ces deux voies de recherches sont apparues très tôt comme bien peu satisfaisantes. Citons à nouveau J. Waelbroeck (1964):
"Par contre, ces procédures demeurent sans exception assez artificielle. Sans doute n'est ce pas là un vice nouveau des études d'économie mathématique, qui se sont toujours largement reposées sur des simplifications radicales lorsque celles-ci permettaient de mieux cerner une difficulté. Ce qui est plus grave, c'est qu'il n'apparait pas très clairement comment pourrait être abordé le problème capital de la vitesse de convergence de ces procédures. Ici, comme pour le problème de l'évaluation du coût des procédures de transmission des informations, l'approche rigoureuse de la théorie économique mathématique risque de conduire à une impasse ou a des résultats trop faibles pour être vraiment intéressants;" (p 22)

Conclusion
Au terme de ce bref commentaire, il apparaît que le socialisme de marché est un système plutôt décevant. Ceci étant dû à l'abondance des informations à transmettre et à recueillir qui ralentissent considérablement la vitesse de convergence et élèvent le coût de la procédure. On rejoint, ici, l'opinion de Jean-Hervé Lorenzi (1975) qui souligne "l'inefficience actuelle des systèmes d'informations des "socialismes de marché" (p.198)

VIII.IV.2 La décomposition du domaine
Les techniques de décomposition du domaine partent d'une interrogation simple: est-il possible de scinder un problème global en une suite de sous-problèmes, de taille plus restreinte, dont les solutions engendreront la solution globale ?

Le simplexe

L'objectif est de disséquer un programme en sous programmes indépendants uniquement reliés entre eux par l'intermédiaire d'un programme principal.

La principale application de la procédure Dantzig-Wolfe, dans une perspective de planification, a été l'élaboration du S.O.F.E.

Le projet S.O.F.E: la planification par automate
L'idée est de s'appuyer sur la méthode du simplexe, et sur son traitement informatique, afin de partitionner l'économie en différents "blocs" (ou régions) indépendants les uns des autres. Chaque bloc se trouve sous la tutelle d'un ministère chargé d'appliquer un principe d'optimisation. Fédorenko (1974) résume ainsi le changement d'approche que véhicule le projet SOFE, dont il fut le principal responsable:
"Le point de vue du planificateur, quelque peu unilatéral, cède la place à une approche systèmique de l'économie socialiste, beaucoup plus large et exprimant les processus réels. Dans la présente conception de l'économie comme système cybernétique complexe, la programmation mathématique n'est plus considérée comme le seul instrument d'optimisation mais devient un des éléments d'un ensemble de modèles liés réciproquement [...]"

Autrement dit, sous le projet SOFE se cache la perspective de l'élaboration d'un modèle général tenant largement compte de l'autonomie de décision des agents économiques. La procédure d'élaboration d'un plan respectant cette perspective est présentée dans Fedorenko et al (1974):
"L'élaboration du plan passe alors par trois étapes:
1. Calcul, dans une première approximation, de l'importance de tous les objectifs du plan, ainsi que les besoins nationaux en ressources matérielles pour la défense, l'administration, la science, et permettant d'honorer les engagements contractés dans le commerce extérieur, .etc
2. Optimisation des plans économiques particuliers des régions, du niveau supérieur de l'économie nationale, et ajustement de tous ces éléments entre eux. A ce stade, on peut procéder de deux façons: en premier lieu, les projets du plan optimalisé par branches (par complexes) peuvent tout d'abord être coordonnés au sein du plan économique national, puis s'accorder aux possiblités des différentes régions. En second lieu, les régions se voient investies d'une plus grande initiative dans le choix des spécialisations et des structures économiques.
3. Harmonisation du plan avec les processus sociaux qui dépendent de sa réalisation (mouvement de la population et des ressources de main-d'oeuvre, formation de la demande en biens de consommation, etc.) A ce troisième stade, on met l'accent sur la création planifiée des conditions qui peuvent le mieux favoriser la réalisation du plan." (p36)

Schématiquement, le SOFE se présente comme un système de guidage établissant des relations entre trois niveaux: le centre, des régions et des unités de base. Un découpage approprié, du deuxième niveau, est la condition sine qua non pour assurer la cohérence de l'opération d'optimisation qui a lieu lors de la seconde étape de l'élaboration du plan.

C'est précisément cette démarche que l'on voit à l'oeuvre aujourd'hui lorsque l'on parle de l'impérialisme économique américain,chinois,allemand. On s'étonne que l'auteur ait passé les deux tiers de sa thèse sur des théories économiques périmées, alors que la théorie économique dont nous parlons depuis le début du commentaire de sa thèse, existe sans doute déjà sous une forme relativement aboutie.
On remarque que le système d'information inefficace des années 80, a laissé place à un Internet.

Condition élémentaire de l'efficacité de la décomposition

Conclusion
Pour conclure ce paragraphe, une question se pose: où en est actuellement la recherche sur les mécanismes de décompositions ?
(...)
En dépit de la conviction d'auteurs comme DAntzig ou Almon qui estimaient avoir trouvé une méthode qui "rend possible la planification globale", c'est dans les sciences naturelles (notamment en climatologie) que les techniques de décompositions ont trouvé leur débouché le plus prometteur. A l'instar de Duchêne (1978), on peut supposer que l'application de la décomposition à l'économie s'est heurté à l'existence "d'un coût humain et institutionnel " important lié aux réorganisations. On constate à nouveau la nécessité de mettre en place une méthode simple de planification ne venant pas bouleverser le système institutionnel.

En faisant un peu d'humour, le succès de la méthode de décomposition dans le domaine de la climatologie, explique sans doute pourquoi les américains font la pluie et le beau temps dans le domaine économique.

La démarche que l'on se propose de suivre dans le dernier chapitre est proche de celle des économistes mathématiciens russes. A la nuance près que l'on substitue à la technique de décomposition celle de séparabilité. Bien que sur le plan formel les démarches soient quasiment analogues (puisqu'il s'agit d'effectuer des partitions non recouvrantes), la logique qui préside à la séparabilité présente quelques différences substantielles notamment dans ces conditions d'applications. En outre, la séparabilité a l'avantge d'avoir été appliquée avec succès à Electricité de France et Général Motors. De plus, elle s'allie parfaitement avec la théorie du contrôle optimal que l'on va maintenant exposer.

admin dit :

13.10 Chapitre IX Planification étatique et contrôle optimal

Section I Présentation et utilisation de la procédure de contrôle optimal

Contrôle optimal et économie
La théorie du contrôle optimal présente un quadruple intérêt dans le cadre d'un programme de planification:

(i) Elle permet le passage d'un état initial quelconque à une situation d'équilibre en un laps de temps choisi
(ii) Elle corrige les effets des chocs exogènes.
(iii) Elle permet de stabiliser les trajectoires afin de les insensibiliser aux perturbations inhérentes à l'activité économique (état de la nature, incertitude...)
(iv) Enfin, la théorie du contrôle optimal a l'attrait de s'appuyer sur des méthodes qualitatives. Ce qui représente un avantage non négligeable étant donné la difficulté pour l'économiste d'obtenir des données quantitatives fiables.

IX.I.1 Définition et formalisation
Si on se réfère à Trélat (2005), "la théorie du contrôle analyse les propriétés des systèmes commandés, c'est à dire des systèmes dynamiques sur lesquels on peut agir au moyen d'une commande (ou contrôle). Le but est alors d'amener le système d'un état initial donné à un certain état final, en respectant éventuellement certains critères." (p3)

Les variables
On distingue d'ordinaire les variables d'états et de commandes (ou de contrôles). Les premières décrivent la situation du système tandis que les secondes déterminent son évolution. Dans la formalisation que l'on adopte, la variable d'état correspond au vecteur-prix P(t)=(p_1(t),...,p_1(t)) \in \mathbb{R}^l_{++} alors que celle de commande est un vecteur de \mathbb{R}^l \times \mathbb{R}^l_{++} noté U(t, P(t))=(u_1(t,P(t)),...,u_1(t,P(t)))).

Modélisation du système de contrôle
La modélisation d'un système de contrôle prend la forme de l'équation différentielle suivante:

(9.1) \frac{\partial p_h}{\partial t}=f_h(t,p_1,...,p_l, u_1,...,u_l) \quad h=1,...,l

Ce qui se note encore:
(9.2) p_h^\prime(t)=f_h(t,p_1,...,p_l, u_1,...,u_l) \quad h=1,...,l

ou encore en utilisant les notations vectorielles et en ajoutant une condition initiale:
(9.3) P^'(t)=f(t,P(t),U(t,P(t)))) \quad avec \quad P(0)=P_0

On s'aperçoit donc ici que la formalisation du système de contrôle prend la forme d'une équation différentielle, dont la solution ne doit pas poser beaucoup de difficultés à un supercalculateur.
On s'interroge sur l'utilité de cette méthode de planification, car comme nous l'avons mentionné plus haut, on ne mesure pas l'intérêt de prévoir le prix d'équilibre pour en faire un outil de cohésion social comme la contrainte budgétaire pourrait le faire. Selon les articles cités dans notre mémoire de mastère, il convient d'élaborer sur le modèle de la contrainte budgétaire, une équation qui prennent en compte les échanges de valeurs entre les différents acteurs. La présente équation, si notre interprétation est correcte, possède une variable d'utilité qui pourrait être associée à l'évaluation de la valeur par le consommateur. Notre interprétation diverge dans le sens ou l'évaluation de la valeur, du partage de valeur, de l'échange de valeur est le lien fondateur de la société sur lequel repose la confiance cimentant les relations sociales. Cette évaluation de valeur devrait donc se faire dans le cadre d'une relation bipolaire marchande mais également dans des configurations de Supply Chain, de Service Chain, de configuration propres aux organisations industrielles et commerciales. Nous précisons la chose car le présent système de contrôle, ainsi que les allusions à un commissaire priseur ou planificateur étatique semblent nous imposer une relation simple à trois joueurs.

IX.I.2 La contrôlabilité
Considérons le système contrôlé (9.3):

P^\prime(t)=f(t,P(t),U(t,P(t))) avec P(0)=P_0

La première question qui intervient est de savoir s'il existe, étant donné un vecteur prix \bar{P} \in \mathbb{R}^l_{++}, un contrôle U tel que la trajectoire associée à ce contrôle joigne P_0 à \bar{P} en un temps fini ?

IX.I.3 L'optimalité

Une fois la question de la contrôlabilité résolue, se pose celle de l'optimalité et du critère d'optimisation à retenir.

Bien qu'ils ne soient pas toujours conscients, les économistes privilégient en permanence les situations d'équilibres. Pour cause : les phases de déséquilibres se caractérisent par des rationnements ou par l'existence d'effets reports extrêmement compliqués à analyser. Le principe est donc de limiter au maximum ces phases de déséquilibres en atteignant le plus rapidement possible un état d'équilibre. C'est la raison pour laquelle on retient la minimisation du temps comme critère d'optimisation.

Reformulation
Le problème de contrôle optimal revient donc à chercher les conditions nécessaires d'optimalité pour le système (9.3), agrémenté de la condition:

(9.4) min \int_0^T f_0(t,P(t),U(t,P(t)))dt

Principe du maximum

Section II Elaboration et correction d'un programme de planification

IX.II.1 Elaboration d'un programme de planification

Pour ce faire, considérons que le planificateur désigne le vecteur prix \bar{P} comme celui à atteindre, avec évidemment l'égalité \bar{P}=P_e. La mise en oeuvre d'un programme de planification suppose alors d'être capable de guider la trajectoire des prix jusqu'à parvenir à l'équilibre. En d'autres mots, on va examiner la stabilité des systèmes de contrôle.

Adaptation du théorème local de Cauchy-Lipschitz

La quasi-stabilité: application au système de contrôle

IX.II.2 Modélisation d'un choc exogène et de sa correction
A l'instar des macroéconomistes, on peut aisément imaginer qu'un évènement imprévu vienne perturber la mise en oeuvre d'un programme de planification. Pour formuler cela autrement, on considère maintenant la possibilité de chocs exogènes dus, par exemple, à la conjecture internationale.

La théorie du contrôle optimal propose, sous certaines conditions, un moyen efficace de remédier à ce genre de situation.

Formalisation
Mathématiquement, un choc exogène est appréhendé comme une "perturbation" affectant l'équation (9.3). On note cela:

(9.5) P^\prime(t)=f(t,P(t),U(t,P(t))) + \alpha(t,P(t)), U(t,P(t)))

\alpha(t,P(t),U(t,P(t))) est le terme perturbateur. Il est important de remarquer que ce dernier dépend de U. Il peut donc faire l'objet d'un contrôle.

L'idée pour contrôler la perturbation est d'associer à l'équation (9.3) une fonction de Lyapounov et de percevoir ses dérivées comme la représentation de \alpha .

Hypotheses
Usuellement l'économiste n'a que peu d'informations sur \alpha . Seules quelques propriétés qualitatives peuvent être connues. On supposera que \alpha est, comme f, continue, uniformément bornée par rapport à t et localement uniformément bornée par rapport à P. De plus, on considère qu'il existe un contrôle U=U(t,P(t)) tel que l'équation (9.3) est asymptotiquement stable en \bar{P}=P_e pour ce contrôle.

Proposition
Sous les hypothèses mentionnées ci-dessus, on peut toujours associer à chacun des membres de l'équation (9.5) une fonction de Lyapounov, de \mathbb{R} \times \mathbb{R}^l_{++} dans \mathbb{R}_+, de sorte que le système défini par l'équation (9.5) soit stable.

IX.II.3 Démonstration

Section III Insensibilisation d'un programme de planification

On apu se rendre compte de l'utilité que revêt la théorie du contrôle optimal pour faire face à un choc exogène. Toutefois, son action est susceptible d'être étendue. Au lieu de corriger les effets d'un choc aléatoire, elle peut le prévenir en "insensibilisant" une trajectoire.
Pour comprendre ce phénomène, il nous faut saisir l'origine et la signification économique du multiplicateur de Pontryaguin.

On remarque que la théorie du contrôle a donné naissance à la théorie des automates et à la cybernétique.

IX.III.1 Théorème de Khun et Tucker et principe du maximum

IX.III.2 Interprétation économique et conclusion

Interprétation
Supposons, pour les besoins de la discussion économique, que le vecteur prix en vigueur P(t), associé au contrôle U, n'égalise pas l'offre et la demande. Les plans des agents ne sont donc pas compatibles. Dans ce cas, certains d'entre eux auront intérêt à modifier leurs positions en augmentant ou diminuant la quantité de marchandises qu'ils souhaitent acheter ou vendre.
Le planificateur qui désire atteindre le vecteur prix d'équilibre, ne connaît pas avec précision le temps qu'il lui faudra pour y parvenir. Combien même sait-il que celui-ci est fini et qu'il est en mesure de déterminer une trajectoire optimale. Néanmoins, tant que l'équilibre n'est pas atteint, il peut observer que z_1(t)=...=z_1(t) \neq 0. Autrement dit, les multiplicateurs renseignent sur l'existence future d'effets reports inhérents aux situations de déséquilibres. Il appartient alors au planificateur d'en restreindre la porté en modifiant le contrôle U par itérations successives.

Le point de vue semble infaisable dans la réalité, d'un point de vue gouvernemental et du point de vue d'une entreprise. Une démarche d'ingénierie avec des valeurs démocratiques et humanistes serait-elle susceptible de produire un tel système ? Les objectifs de l'entreprise ne sont pas d'égaliser l'offre avec la demande mais plutôt , et par exemple, de créer la demande, d'organiser la rareté pour profiter d'avantages politiques, ... Objectifs qui ne sont pas forcément humanistes non plus, mais qui ont l'avantage d'être pragmatiques et implémentables.

Un planificateur ne va pas investir dans un supercalculateur pour trouver à quel prix il doit vendre sa production. C'est plutôt l'affaire du département marketing, de la direction qui règlent la chose arbitrairement, en prenant un nombre de considérations qui dépassent largement le domaine économique, pour un horizon temporaire déterminé.

L'analyse de Hayek
L'économie est-elle planifiable ? Il semble que non, si on en croît Hayek (1939).Ce dernier doute, en premier lieu, de la capacité du planificateur à être en possession de toute l'information existante:
"Mais ce qui importe pratiquement ici, ce n'est pas la structure technique du système, mais d'une part la nature et la quantité des informations nécessaires si l'on veut tenter de trouver une solution numérique [...]"(p.210)

On remarquera que l'interprétation de l'auteur repose sur la planification de l'économie, et en particulier du prix de vente. Notre interprétation repose sur la planification des organisations, des infrastructures, des approvisionnements, .... En d'autres termes, notre vision de la logistique, repose sur le "comment faire" plutôt que sur le "combien en faire". Le "combien en faire" étant une question importante mais qui ne requiert pas l'exactitude préconisée par ce genre de modèle mathématique.

"A cela Hayek (1940) ajoute que, même si le planificateur accède à toutes les informations existantes à un moment donné, il ne peut pas disposer des informations sur l'évolution future. Le plan sera donc toujours en retard sur la réalité économique." (Andreff (1993), p41).

Des objections obsolètes
Nous avons largement vu au cours de ce chapitre combien l'usage des techniques mathématiques récentes, et en particulier le contrôle optimal, rendent obsolètes les affirmations précédentes. Les multiplicateurs de Pontryaguin fournissent simultanément l'information nécessaire et une indication sur le futur. De plus, le rôle du planificateur n'est absolument pas titanesque puisqu'il se contente de guider la trajectoire des prix en exerçant un contrôle approprié. Dans la pratique, il s'agit simplement d'encadrer les prix.

admin dit :

13.11 Chapitre X La planification de l'entreprise

Section I La séparabilité

Il est intéressant de constater que ce concept est issu de la recherche opérationnelle et que ces premières utilisations ont porté sur le choix des équipements de production à EDF (voir l'appendice de Bessière (1967). Cela s'explique par le caractère particulièrement adapté de la séparabilité à l'organisation des firmes.

X.I.1 Présentation
La séparabilité se fonde sur un constat évident: l'existence plausible d'un décalage entre l'intérêt particulier et général. Ce décalage peut, par exemple, être observé entre l'intérêt global de l'entreprise et celui des différents services qui la composent. Sa cause peut être liée à une information insuffisante, en particulier lorsqu'il s'agit de "prix duaux":
"Malheureusement, en général, la réponse est négative: la connaissance des prix duaux n'est pas suffisante pour assurer la cohérence entre optimum local et global." (Bessière (1967), p783)

L'objectif
L'idée de la séparabilité est de remédier à cette situation en modifiant la structure organisationnelle. L'objectif étant que cette modification rende suffisante l'information transmise par les prix duaux. On aboutit alors logiquement à la définition suivante.

Definition
On dit qu'un problème d'optimisation périphérique est séparable du problème global d'optimisation si la connaissance des prix duaux suffit à assurer que l'optimum local soit compatible avec l'optimum global.

Structuration efficace
Parmi toutes les façons de modifier l'organisation d'une entreprise, l'une d'entre elle retient plus précisément l'attention. Il s'agit de la structuration efficace.

Une structuration efficace permet de partitionner un problème global (d'optimisation) en sous problèmes non interdépendants. Bien entendu, l'enjeu est d'arriver à trouver des conditions suffisantes, les moins restrictives possibles, qui assurent cette partition.

Intérêt
L'intérêt du concept de séparabilité est assez net puisqu'il permet de simplifier et rendre compatible des problèmes d'optimisation par l'intermédiaire d'une partition appropriée. En fait derrière la séparabilité, on retrouve la question de la coordination. Le lien avec la notion d'équilibre est donc relativement intuitif.

X.I.2 Résultats de séparabilité
Les résultats en la matière sont plutôt limités. A la fin des années soixante, l'espoir d'en voir émerger étaient pourtant de mise:
"Il reste à dire que, pour le moment, la théorie de la séparabilité n'a été sérieusement étudiée que dans le cas de programmes linéaires possédant une sous-matrice nulle, et dans celui de programmes convexes ayant une structure particulièrement simple. Mais il est a priori certain que de larges généralisations sont possibles, et des travaux sont déjà en cours dans cette voie." (Bessière(1967), p786)

Malheureusement, depuis lors, les travaux sur des thèmes corrélés à la planification ont disparu et les généralisations espérées furent peu nombreuses.

X.I.3 Généralisation
A présent, énonçons le principal résultat en matière de séparabilité.

Résultat
Un programme d'optimisation "réduit" est séparable si toutes ses solutions optimales sont engendrées par au moisn une solution optimale du programme d'optimisation principal.

Naturellement, l'enjeu est de déterminer la condition qui permet d'obtenir ce résultat.

Condition
Un programme réduit est séparable si et seulement si le nombre de composantes, stictement positif, de la solution optimale \bar{Q} est égal aux nombres de contraintes (c) saturées à l'optimum.

Cette condition peut s'exprimer également sous la forme du corollaire suivant:

Corrolaire
Un programme réduit est séparable si et seulement si le nombre de composantes strictement positif, de la solution optimale \bar{Q}^\prime est égal aux nombres de contraintes (b) saturées à l'optimum.

Section II L'exemple d'Electricité de France

X.II.1 L'intérêt pratique de la séparabilité dans le choix des investissements

En France, comme dans la plupart des pays industrialisés, la consommation d'électricité double tous les dix ans. D'où la nécessité de développer en permanence de nouveaux équipements.
Cet accroissement constant de la consommation d'électricité pose donc le problème du choix d'investissements à effectuer. Plusieurs options sont susceptibles d'être retenues. En particulier le développement de l'énergie: thermique, hydraulique, à gaz ou nucléaire.

En pratique la solution retenue est quasiment toujours une combinaison des différentes possibilités. L'interrogation porte laors sur la proportion dans laquelle chaque source d'énergie doit être utilisée de façon à satisfaire la demande et minimiser les coûts.

La "note bleue"
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le dilemme concernait surtout un choix de combinaison entre l'énergie thermique et hydraulique. Pour permettre une combinaison adéquate, une première méthode -nommée "note bleue" - a été mise au point en 1950. Son principe repose sur une adaptation de l'analyse comparative coûts/avantages. Des projets équivalents sont comparés deux à deux. Celui respectant, au mieux, la contrainte de demande et minimisant les coûts est choisi.

Bien que cette méthode paraisse relativement rudimentaire de nos jours, elle a ouvert la porte à des développements considérables. Plus que la méthode en elle-même, ce sont les difficultés qu'elle a induites qui sont à l'origine de la séparabilité.

Limite principale de la méthode "bleue"
L'inconvénient principal de cette méthode est lié à la décentralisation des choix d'investissements.
En fonction de la localisation, et donc des ressources naturelles disponibles (fleuve, ensoleillement...), un même projet prend des coûts et des valeurs différents. Il se pose un problème de cohérence global.

Les trois plans directeurs
Pour pallier ce problème de cohérence, un premier plan directeur fut élaboré en 1957. Il incorpore 90 variables et 70 contraintes. Sa résolution se fonde sur un algorithme de décomposition obtenu grâce à une collaboration entre les ingénieurs d'EDF et la Rand Corporation.

Par la suite ce plan fut amélioré par un second plan en 1958 puis un troisième en 1961, incorporant respectivement 200 et 253 variables auxquelles ont été associées 180 et 224 contraintes.

L'objectif de ces plans successifs était double. D'une part fournir une problématique agrégée des choix d'investissement nationaux. D'autre part, dégager des perspectives à long terme des politiques d'investissements.
Toutefois, bien que fournissant une approche globale irremplaçable, ces trois plans directeurs continuent de laisser un important degré de liberté aux responsables régionnaux de l'équipement. Spécialement en ce qui concerne la localisation exacte et la dimension des projets à adopter. Il était donc indispensable de coordonner les choix globaux des plans directeurs et les décisions des responsables régionnaux. Cette coordination a été permise, à EDF, par le concept de séparabilité. Son utilisation est à l'origine du programme "investissement 85".

"Investissement 85"

Les partitions
Les vingt années du programme sont subdivisées en période de cinq ans. Cette subdivision a l'avantage de caler les choix d'investissements sur les plans indicatifs du Commissariat Général du Plan. Ce qui permet d'avoir une anticipation plus fine des fluctuations de la demande d'électricité.

On remarque que le comissariat général du plan a été supprimé sous la présidence de Jacques Chirac, gouvernement Villepin.

Le programme
Au final, le modèle inclut 150 variables et 60 contraintes. Ces nombres relativement peu élevés, comparativement aux trois plans précédents, s'expliquent par son caractère non linéaire qui le rend largement plus complexe à résoudre. Il s'agit là certainement de l'inconvénient majeur du projet "Investissement 85". En effet, selon des estimations de 1969, la prise en compte de la totalité des opérations s'exerçant sur le choix des investissements devait conduire à la construction d'un modèle composé de 2000 variables et 1200 contraintes.

La solution
La solution du modèle est obtenue en avril 1965 grâce au concours d'un ordinateur IBM de type 7094.

X.II.2 Nouvelles méthodes du choix d'investissements et prospective

Plusieurs motifs sont en général invoqués pour expliquer l'abandon du choix d'investissements basé sur la séparabilité. L'explication considérée comme la plus pertinente, d'après les centres de géopolitique de l'énergie, est celle de la vague de réforme libérale.

On rappellera que la vague de réforme libérale commence avec l'ère Thatcher en Grande Bretagne, Chirac en France et a consisté à privatiser les grands industries nationales pour les rendre "soi disant" plus efficaces notamment grâce à des théories comme l'efficacité de la main invisible des marchés. Cette vague libérale a consisté également à externaliser les activités industriels de production, d'ingénierie dans les pays à bas coûts de main d'oeuvre, en conservant uniquement les organes de directions sur le sol national. Pour résumer, la vague de réforme libérale a diminué la puissance de l'Etat dans le domaine économique en lui opposant la loi de marché à ce qui était auparavant une subordination hiérarchique. Loi du marché qui a été bien sûr exploitée par des organisations internationales souhaitant rivaliser avec la puissance des Etats, comme les "marchés financiers".
On remarquera que le changement de propriété entre le public et le privé, s'est également accompagné d'un changement de propriété entre le national et l'étranger. En d'autres mots le libéralisme a engendré une perte de souveraineté sur l'économie.

Les réformes
La fin de la planification indicative conjuguée, plus récemment, à l'ouverture du "marché" de l'énergie à la concurrence a largement accru l'incertitude. A travers notamment une dispersion plus importante de la demande et une évolution moins prévisible de la consommation.

Du côté de l'offre, la contrainte fondamentale n'est plus la satisfaction de la demande mais la maximisation du profit. avec la perspective microéconomique usuelle que la maximisation simultanée - par les firmes - du profit, engendre une quantité d'électricité offerte compatible avec celle demandée.

Naturellement, un tel système ne repose plus sur des méthodes mathématiques de séparabilité mais sur la stabilité du régime concurrentiel. En particulier, cette vision se fonde sur la capacité des prix à converger et à s'avérer une information fiable.

Les prix comme indicateur du choix d'investissement

La logique à l'oeuvre

La formation des anticipations

Une aversion au risque

Conclusion
Un risque de sous-investissement, et à terme de pénurie d'électricité, apparaît bien réel. Si on ajoute à cela le caractère essentiellement instable de la "loi de l'offre et de la demande", qui permet de s'interroger sur la validité des prix comme signal d'investissement, on peut difficilement voir un progrès dans le renoncement au concept de séparabilité. C'est pourquoi nous pensons, qu'à condition de l'adapter, ce dernier peut être un outil de gestion des firmes plus efficace.


Section III Application de la séparabilité au contrôle optimal

X.III.1 Formalisation

X.III.2 Linéarisation

Linéarisation du système de contrôle

Linéarisation de la contrainte de profit

Ecriture du programme

X.III.3 Séparabilité du domaine


Section IV Remarques terminales sur la modélisation

X.IV.1 Formalisation et interprétation

Les contraintes
Pour revenir à un commentaire plus général, l'objectif de maximisation du profit que poursuit l'entreprise induit plusieurs contraintes qu'il convient de détailler de plus près. Celles-ci peuvent être classées à travers trois catégories:
1. La contrainte "instituionnelle" résultatne des obligations légales auxquelles l'entreprise doit se soumettre
2. La contrainte "physique" liée aux capacités de production
3. La contrainte financière inhérente à toute activité commerciale

X.IV.2 Les contraintes institutionnelles

Les contraintes institutionnelles sont les plus variées. L'entreprise étant plongée dans un "système" économique, elle est soumise à de nombreuses obligations ou entraves auxquelles il est impossible de se sosutraire. On en expose trois.

Contrainte sur les prix
Si l'on adopte l'hypothèse plus vraisemblable selon laquelle l'entreprise est "prices makers", cela astreint à intégrer le vecteur prix comme argument de la fonction de production.
De plus, laisser l'initiative aux entreprises de fixer les prix, implique une modification de la structure institutionnelle du modèle d'équilibre général.

La contrainte temporelle
On a supposé que le processus de production prenait place sur l'intervalle [0;T]. Mais cette hypothèse est bien peu satisfaisante à un double égard.
(...)
En second lieu, l'activité de l'entreprise, sauf faillite, ne s'arrête pas à l'instant T. Il est plus judicieux de travailler sur un intervalle de temps infini. Mais cela a l'inconvénient de rendre le profit difficilement maximisable. Il est donc primordial de pouvoir effectuer, comme on l'a fait, des "coupes" dans l'évolution du temps et de décomposer un problème complexe en une suite logique de sous problèmes de taille plus restreinte.

X.IV.3 La contrainte physique

X.IV.4 La contrainte financière

X.IV.5 Ecriture du programme

admin dit :

13.12 Conclusion générale

Dans cette conclusion générale, nous allons revenir sur notre démarche et souligner les principaux résultats auxquels on a abouti.

Caractérisation de l'équilibre
On a commencé ce travail en dégageant quelques caractéristiques inhérentes à la notion d'équilibre. En s'inspirant de l'ouvrage de Malinvaud(1991), on a pu en recenser trois:
-l'existence d'un ensemble d'interactions
-la présence d'un cadre institutionnel spécifié
-l 'existence d'un processus associé

Développement
Les chapitres II à IV ont consisté à affiner cette analyse. Pour cela, les trois principaux cadres de référence de la théorie économique ont fait l'objet d'un examen minutieux. Une première conclusion s'est alors imposée: la théorie de l'équilibre général est le modèle le plus adapté pour intégrer la notion d'équilibre.

Nature des difficultés posée par la notion d'équilibre
1. Critère d'évaluation et de sélection des équilibres
2. Instabilité des processus associés
3. Entropie
L'accroissement du désordre dans le temps, lié à la multiplication des anticipations, réduit à néant les possibilités d'existence d'un équilibre dynamique.

On se référera à notre définition de l'équilibre dynamique: une position qu'il faut maintenir avec des moyens internes contre des conditions externes. Définition qui relève du domaine des sciences économiques mais également des sciences des organisations, des sciences sociales. L'auteur mentionne ici la notion d'attraction du "désordre" réduisant à néant les possibilités d'existence d'un équilibre dynamique, ce qu'on illustrera par l'aspect viral de la division provoqué par l'équilibre de la compétition mis en évidence en théorie des jeux avec le dilemme du prisonnier.

Réhabilitation de la planification étatique
Pour remettre au goût du jour la planification étatique, on a choisi de s'appuyer sur la théorie du contrôle optimal. En outre, elle permet d'établir, de corriger et d'insensibiliser un programme de planification.
D'une manière générale, cette technique part du principe qu'il est possible de "guider" l'économie en exerçant un "contrôle". Elle est donc particulièrement adaptée à l'exercice de la planification. Mais elle invite également à reconsidérer les bienfaits des rigidités auxquelles le "contrôle" est assimilable.

Cette partie de la thèse présente une démonstration, qui permet de cautionner la planification étatique, mais qui n'apporte pas de solutions convaincantes et exhaustives.

Planification intra-firmes
Au-ddelà de l'aspect étatique, nous avons voulu montrer que la planification pouvait aussi s'avérer un outil précieux dans l'élaboration de la stratégie des entreprises.

L'extension de la séparabilité à des formes non-linéaires

Il existe des techniques élargissant les résultats de contrôlabilité à une perspective globale.

L'approche de la séparabilité est intéressante dans la mesure où elle utilise des éléments venant de la recherche opérationnelle et qui sont précurseurs des innovations dans le domaine de l'intelligence artificielle.

L'équilibre dans un environnement non convexe
Une seconde voie de recherche concerne l'étude de l'équilibre dans un environnement non convexe. Plusieurs thèses et publications ont déjà été rédigée dans ce sens. toutes ont néanmoins pour défaut de mettre en jeu des hypothèses difficilement justifiables économiquement.

Economie planifiées et démocratie

Il reste, pour achever notre travail, à lever une dernière ambiguïté: la planification est elle incompatible avec un système politique démocratique ?

Bien sûr que non ! Si l'on a pris l'option de planifier c'est bien à cause des résultats insatisfaisants auxquels conduit l'économie de marchés. Résultats, que les théoriciens tentent d'atténuer moyennant un modelage des conjectures et une remise en cause croissante des libertés individuelles. La planification apparaît alors comme un procédé judicieux pour remédier aux difficultés des économies capitalistes tout en garantissant des régimes politiques démocratiques.

En effet, la démocratie n'empêche pas la gouvernance de la nation. Au contraire comme nous l'avons précisé dans le commentaire de cette thèse, gouvernance et démocratie sont indissociables dans la mesure où un défaut de l'une entraîne la disparition de l'autre.